PRÉFACE
content poraios et surtout en écrivains de bonne . foi, mais qui ne sont cependant pas toujours dignes de croyance à cause de leurs préjugés et de leur ignorance des langues et des faits. Ils méritent qu'on relève leurs inexactitudes , ou qu'on leur rende justice en redressant les erreurs de leurs copistes, éditeurs uu traducteurs.
Bien des historiens européens qui ont écrit plus tard sur l'empire ottoman sont rarement dignes d'un tel travail, et encore moins ces nombreux auteurs qui, à chaque guerre des Turcs, ont inondé l'Europe de leurs futiles écrits. C'est pour celte raison qu'en avançant il y aura beaucoup moins de matériaux historiques â déblayer , et le lecteur devenant plus familier avec les noms et les choses, l'auteur se débarrassera d'une masse de notes et d'éclaircissements nécessaires dans les commencements. Les lecteurs qui voudraient s'épargner la peine de les examiner peuvent aussi facilement omettre la lecture de tout le premier livre, qui traite des temps primitifs de l'histoire des Turcs, et donne ensuite un léger aperçu de l'empire seldschukide de l'Asie Mineure, sur les ruines duquel s'est élevé l'empire ottoman. Toutefois, cet aperçu, l'historien ne pouvait se dispenser de le donner comme une introduction à l'histoire ottomane.
Outre les sources pour la plupart dérobées aux regards du public, l'auteur a pu encore en consulter d'autres où personne n'avait puisé : ce sont les archives d'Etat depuis les premiers temps où l'empire ottoman influait puissamment sur les nations voisines par ses rapports hostiles ou pacifiques, jusqu'à nos jours, où , faible et à demi renversé, il se soutint à peine et grâce à la longanimité de ces mêmes nations. De toutes les puissances européennes , il en est deux seulement dont l'histoire est tout d'abord étroitement unie à celle de l'empire ottoman : ce sont Venise et Y Autriche. 11 n'en est aucune contre laquellelesTurcsaient entrepris tant de guerres, avec lesquelles ils aient conclu autant d'armistices et de traités; aussi les archives de l'Autriche et de Venise sont bien plus importantes pour l'histoire que celles des autres puissances européennes, et offrent la mine la plus féconde. Les autres nations n'ont eu avec les Turcs que des rapports plus tardifs, plus éloignés et plus faibles. Pour mieux écrire l'histoire spéciale des relations diplomatiques de l'Autriche avec la Porte, j'ai obtenu sans difficulté la communi-
cation de tous les rapports des ambassadeurs vénitiens et autrichiens, de tous les traités de paix , des pièces de la chancellerie secrète de la cour et de l'Etat et des archives de l'Etat , de la cour et de la maison impériale, où sont conservées les anciennes archives de l'Empire , de la Hongrie et de Venise. J'ai aussi consulté les archives du conseil de guerre. Enfin , j'ai entièrement parcouru l'an passé, dans les archives de Venise, les plus anciens traités conclus entre cette ville,les empereurs byzantins et les sultans ottomans.
Possédant les sources et les secours nécessaires, habitué dès longtemps par mes études, mes voyages et mes occupations aux monirs de l'Orient et, en particulier, à celles des Ottomans, consacré dès ma jeunesse aux relations politiques et scientifiques de l'Autriche et de la Turquie, je trouvai encore, outre ma vocation â écrire cette histoire, vocation qu'avait réveillée en moi Jean de Müller, je trouvai, dis- je, de nouveaux moyens d'exécution dans mes fonctions d'interprète de cour ; car, des documents tirés des sources ottomanes, les plus importants ont été envoyés à Vienne par des ambassadeurs impériaux ou des officiers d'ambassade (Veranzius, Leupolsdorf, Busbek), ou traduits par des interprètes impériaux (Gaultier Spiegel, Bratutti); et la base de toutes les connaissances européennes, relativement à cette histoire, a été mise ' au jour sur Tordre de l'empereur Ferdinand Ier par son interprète.
Maintenant, j'oserai dire quelques mots sur l'esprit qui m'a dirigé et qui, au reste, doit encore mieux ressortir de la lecture de mon ouvrage. J'ai écrit sous le sentiment profond d'une Providence éternelle et juste, dont l'action plane sur le chaos de l'histoire sans que l'homme sache d'où il vient ni où il va. J'ai pris la plume sans partialité pour les personnes ou pour les peuples, pour les nations ou les religions; mais avec amour pour tout ce qui est grand et beau, avec haine pour tout ce qui est mal; sans animosité pour les Grecs ou contre les Turcs, sans prédilection pour les musulmans et les chrétiens . mais avec amour pour la force régulière, pour un gouvernement bien ordonné, pour les devoirs de la justice, pour les établissements publics et philanthropiques, pour l'avancement des sciences ; avec haine enfin pour la révolte, l'oppression, la cruauté ou la tyrannie.
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