‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 55 sur 297 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Papblagonie presque tout entière. Quelque ! sériaient la Cappadoce, ensuite par des colonies

temps après la chute de l'empire des Seldschuks, le dernier rejeton de cette famille exerça dans ces lieux une infame piraterie; de son temps, ou immédiatement après lui, les fils d'isfentiiar avaient régné sur ces contrées : l'un d'entre eux , Kœturum-Bajesid (le perclus), occupait alors le pouvoir , mais il ne put s'y maintenir contre Bajesid-lldirim (la foudre). Les principales villes du pays de Kastemuni, Ssamszun, Dschanik et Osmandschik, avec les ru nes mines de cuivre, tombèrent entre les mains du conquérant. Kœturum-Bajesid se réfugia à Sinope, extrême forteresse de ses États et port de mer ; de là il négocia avec le vainqueur. Bajesid lui laissa la ville de Sinope et son territoire; il exigea qu'on lui livrât les fils des princes de Mentesche et d'Aidin, mais ceux ci se réfugièrent auprès de Timur, et furent bientôt suivis par Isfendiar lui-même. Kastemuni fut donnée comme gouvernement au prince Suleiman : ce pays est le plus abondant en mines de tout 1 empire ottouan ; ses richesses naturelles et son industrie l avaient placé dans l'état le plus prospère. Kastemuni , la capitale, renferme plusieurs mosquées remarquables; on y convertissait autrefois en vaisselle de cuivre une partie des riches produits des mines voisines (I), mais aujourd'hui elle ne possède plus de manufactures, bien qu'habitée par douze mille Turcs, trois cents Grecs , et cinquante familles arméniennes (2). La ville est située dans une vallée profonde, au milieu de laquelle se dresse un rocher escarpé couronné d'un ancien château, autrefois forteresse appartenant aux Comnénes (3) et, plus tard aux Turkmans; elle renferme le tombeau d'un saint , et a donné naissance à plusieurs poètes et à la fameuse Semeb. Dschanik, l'ancienne résidence des tzanes , dout le nom se reconnaît encore aujourd'hui dans celui du pays, est fameuse par l'àpreté de ses montagnes et la rudesse des Turkmans qui y habitent dispersés (4). Ssamszun, l'ancienne Amisus, peu-

plée d'abord par les

(t) DnctithauDuma , p.

(2) Mackiiuieir, p. 2*2.

(4)St«bo,L«H;

athéniennes ; plus tard gouvernée par des rois, enbellie par plusieurs d'entre eux, surtout par Eupator et Mithridates ; enlevée à Pharnace par Lucullus, après un siège opiniâtre ; déclarée libre par Jules César ; de nouveau soumise à des rois par Antoine ; maltraitée par le tyran Strabo ; rendue à la liberté par l'empereur Auguste, après la victoire d'Actium, et de plus érigée en capitale de toutes lesvillesdu Pont(l); plus tard, une des principales villes de l'empire des Comnenes; enfin, passant des mains de Bajesid le Perclus à celles de Bajesid la Foudre, n'est plus aujourd'hui peuplée que de deux mille hahitans, et entourée de murs à demi ruinés (2). Les marins turcs estiment surtout surtout sa poix , son goudron , ses cordes et ses câbles. A l'orient de Ssamszun s'étend la plaine de Phanarxa (3) , arrosée jiar l'Iris, et plus loin celle de Themiskyra, qui, traversée par le Tliermodon, était le pajs des Amazones. Sur les bords de l'Iris (aujourd'hui Tscheharschenbessuji , c'est-à-dire eau du mercredi , se trouve Amasia, dont le nom (chose merveilleuse!) s'est conservé intact jusqu'à nos jours, en passant à travers tant de siècles, et par la bouche de tant de peuples barbares. Enlevée aux Grecs par lesDanischmendes , à ceux-ci par les Sddschuks, aux Seldschuks par les lsfendiars, aux IsFvndiars par les Ottomans, elle est surtout remarquable par les ruines de l'ancien château royal , les tombeaux des rois qui y sont creusés dans le roc (4), par les anciens aqueducs et le palais d'Isfendiar. Tant d'avantages l'ont fait généralement appeler la Bagdad de Rum (5).

Bientôt après la conquête faite par Ildirim, Amasia brava pendant sept mois, derrière ses fortifications, toute la puissancedeTimur,qui fot obligé de lever le siège. Plus tard, pendant les révoltes de Karajasidscbi et de Karasaid, ce fut le refuge assuré de tous les biens meubles de la contrée. Parmi plusieurs mosquées, on distingue surtout celle de Bajesid, non pasde Bajesid Ier, la

(1) Mannert , ibid.

(2) Madtinneir, p. 304.

(3) Pbauarxa se trouve sur la carte du DschihaDDuioa sous le nom de Kanaris.

(4) Morier'« fira jouroey, p. 348-352

(5) üscbibannuraa.p.

Foudre , niais de Bajasid II, le Pieux ; elle a cent pieds carrés: on y remarque les sculptures élégantes de la chaire et de r autel, et sa coupole. Le même prince construisit aussi le tombeau du scheich Pir-Elias, lieu fameux de pèlerinagc.Pir- Klias, contemporain de Bajesid la Foudre et connu de Timur, se retira à Amasia; il est enseveli dans le site ravissant de Suwadije, à côté du couvent des Chalwi ti , fondé par Bajesid 11. Non loin de là est un autre lieu de pèlerinage fréquenté par les musulmans : c'est le tombeau du gendre et successeur d'Elias, du scheich Ilosaraeddiu, qui, recevant la visite des trois fils de Murad 1er, permit à deux d'entre eux de lui baiser la main ; mais il se jeta aux pieds du troisième , Mohammed . qui fut ensuite sultan , et le conjura en présence de ses frères de veiller aux intérêts de l'islam. Les musulmans pieux s'arrêtent devant ces deux tombeaux ; mais l'ami de la poésie est attiré par celui du poète Mumin, vesir du prince Ahmed, gouverneur de Bagdad, et surtout par celui de Mihri, la sapho des Ottomans, qui consacra a l'amour ses poèmes et sa vie passionnée. Les beautés turkmanes d' Amasia trouvent de puissants aliments à leur imagination ardente, à leur passion pour les aventures extraordinaires, dans le roman de Ferhad etSchirin, dont les scènes se sont,dit-on, passées dans cette ville. D'aprèsla tradition turque, l'ancien aqueduc serait le canal creusé dans le roc par Ferhad pour recevoir le lait des bergeries de Schirin, et la promenade de Kanli-Binar(fbntaine sanglante) serait le lieu où Ferhad apprit d'une vieille femme la fausse nouvelle de la mort de Schirin, et se précipita sur sa hache pour se tuer(l). Cette nouvelle tradition suffi taux Amasiennes, et a remplacé celle de leurs anciennes voisines, les Amazones, qu'elles ont entièrement oubliée. Amisus et Amasia forment un triangle avecOsmandschik, une des principales villes du pays de Kastemuni , nouvellement conquise et conhécaugouvt rnement du princcSuleiman.EUc occupe une situation pittoresque sur le kisilirmak (l'tlalys), dans une plaine fertile en vin et en blé (2). Près du grand pont jeté sur le fleuve et supporté par dix-neuf arches, l'un des plus beaux de l'empire ottoman, construit par le sul-

(t) Dscbibannuma , p. 626 , et Ewlia , I. n , fol. 314. (2) Morier'« flmjourwy , p. 352.

tan Bajesid II, on voit le tombeau du saiul Burhandede(l). Mais dans la ville même d'Osmandschik se trouve le mausolée bien plus célèbre du saint Kujunbaba, c'est-a-dire Père- Mouton, compagnon du scheich des janitschares Hadschi-Begtasch. Il reçut ce surnom parce qu'il ne parlait point, et se bornait cinq fois par jour, auxheuresde la prière, à faire entendre un bruit semblable au bêlement d'un mouton. Le sultan Bajesid II, surnommé lui-même le Pieux ou le Saint, construisit au saint Père-Mouton, qui lui était apparu en songe, un magnifique tombeau et un cloître aveedes étables, des cuisines, et de nombreux appartements pour recevoir et entretenir gratuitement les voyageurs; c'est un des plus beaux et des plus riches couvents de l'empire.

Bajesid, emporté sur les ailes de la victoire et enivré par ses conquêtes, commença à négliger son royaume et ses propres devoirs. Le premier des princes ottomans, il transgressa la loi de l'islam qui défend l'usage du vin, et il se montra indulgent pour le luxe et les débauches monstrueuses de son vesir Ali-Pascha. Celait la princesse servienne, son épouse, qui lui avait inspiré sa passion pour les orgies. Pour satisfaireseshonteuxp!aisirs,levesir ne fit plus seulement serv ir les nombreux enfants chrétiens à recruter le corps des janitschares (adschemoghlan), mais ceux d'entre eux qui se distinguaient le plus par leur beauté et leur esprit étaient employés comme pages (Itschoghlan) au service intérieur de la cour. En quittant ces infames Fonctions, ils entraient en possession d'un fief, où ils étaient promus aux premiers emplois militaires et civils. Ainsi les habitudes contre nature de la corruption orientale, dont les Perses et les Grecs se sont jadis mutuellement reproché l'origine (2), se glissèrent dans l'empire ottoman, et se propagèrent, non-seulement par l'exemple des sultans et des vesirs , mais encore par ceux des jurisconsultes. Bientôt ce vice dev int dominant à la cour , à l'armée et parmi le peuple ; il fut le moyen le plus sûr de parvenir aux hon-

(1) fcwlia, I. n, fol. 320.

(2) Hérodote, 1. 1 , p. 135. Pluiarque, dan* son Trailé nur les calomnies d'Hérodote, contredit cette accusation. Àmmieii témoigne dans le sens d'Hérodote , I. xxiv , et

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