‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 70 sur 297 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

belles filles mongoles à son grand-père , comme trophées de son triomphe, et neuf autres au prince, son cousin, gouverneur de Samarkand : mais celui-ci , jaloux de la gloire d une expédition faite sans sa participation, refusa ces présents (I).

Tandis que le petit fils portait ses armes triomphantes jusque dans le cœur de Turkistan, Timur passait l'hiver à l'occident de la mer Caspienue, dans la belle et vaste plaine de karabagh; et là, dans l'assemblée tenue avec tous les guerriers, était arrêtée l'expédition contre Melck-Gurgin, souverain rebelle de la Géorgie. Le prince de Schinvan. Scheich-Ibrahim et Sidi- Alimed deScheki, vinrent se prosterner comme fidèles vassaux devant le maître .suprême qui les congédia en leur donnant des vêtements d'honneur (2); mais Taherleu, souverain d'Krsendschan, qui vint offrir des présents composés de neuf espèces d'objets, contenant chacun neuf articles, et qui baisa neuf fuis la poussière, reçut l'investiture formelle d'Ersendschan par la queue de cheval et les deux cymbales (3). Le roi de Géorgie refusa l'extradition réclamée par Timur du fils d Ahmed-Dschelair, souverain de Bagdad, réfugié auprès de lui , se croyant bien assuré dans les cavernes de ses montagnes. 1 imur, pour s'emparer de ces repaires, eut recours à un moyen , dont il s'était servi pour franchir les montagnes de l'Inde. Alors ou avait suspendu des espèces de brancards à des cordes longues de cent cinquante aunes; et il av.tit fallu se faire ainsi descendre cinq fois avant de parvenir des hauteurs à la profondeur des vallées. L'emploi de ce mécanisme fut encore plus périlleux dans l'expédition de Géorgie: pour attaquer les ennemis retranchés dans leurs cavernes inaccessibles , les soldats étaient descendus des rochers taillés à pic jusqu'à ce que se trouvant au niveau des cavernes, ils faisaient pleuvoir une grêle de flèches sur les Géorgiens, ou sélançaient de leurs mobiles appuis au milieu d eux, ou bien, quand ils ne pouvaient aborder les cavernes, ils y mettaient le feu, cl brûlaient ainsi les réfugiés avec leurs vivres etleurs ustensiles (4). Forcés dans leurs repaires, les Géor-

ft) Scbcrefeddin , I. v , cb. 5 , p. 220.

2) Ibid., cb. 5 , p. 222.

(3; Ibid., <*. 8, p. 240.

t.*> /«</.. I. V ,cb. 8 , p. 242.

giens tinrent moins encore dans leurs places , dont quinze, avec Tiflis, capitale du pays, tombèrent entre lis mains de Timur ^'l). En se retirant , il en emporta sept autres , dont les murailles furent rasées, et les habitauls égorgés (2). Dans le temps que Timur pénétrait le fer A la main dans le Nord, la tr^lmon faillit lui ouvrir l'entrée de ßagdad. Ahmed-Dschelair, ITlchanqui, chassé par lui de Bagdad, avait cherché et trouvé un refuge auprès de Bcrkuk, sultan d'Egypte, pendant l'expédition de l'Inde, était revenu daus sa résidence où il avait de nou\eau affermi sa puissance, et il avait accueilli non seulement le prince des Ttirkmans du Mouton- .Noir expulsé du Diurbckr, mais encore le gouverneur du kuhistan, Scherwan, révolté contre Timur. Soit que la rébellion de Scherwan ne fût qu'un jeu, soit qu'd voulût se réconcilier avec son maître , ou peut-être s'assurer une domination indépendante, ce prince gagna les émirs de lTlchan avec des sommes «'élevant de 10,000 à Ù00,000 ducats. I.a liste des personnes ainsi séduites, parmi lesquelles se trouvait la vieille nourrice de Dnlielair, Wcfa-Chatiin , lo . ba par l'imprudence du scrétaire de Scheruan dans les mains de IT1chan. Aussitôt il se fit apporter la tète de Scherwan et celles de deux mille de ses ofriciers corrumpus ou suspects; Wefa-Chulun fut étouffée sous des coussins. Lui-même tua de sa propre main beaucoup de femmes du harem et d'ofriciers de la cour, qui lurent jetés dans le Tigre; ferma ensuite les portes du serai, et s'enfuit secrètetrent avec six compagnons dans le pays voisin de Kara-.lusuf. A peine était-il de retour aveekara-Jusuf , auquel il avait promis le pillage de sa résidence, que Timur accourut de la Géorgie contre Siwas, pour venger la rtiort de Burhaneddin, non pas sur le meurtrier, mais sur les habitants de la v ille. Aussitôt Ahmed- Dschelair et le turkman kara-Jusuf, prince de Diarbekr, se sauvèrent d'abord en Syrie; et comme Timurtasch (3), commandant militaire d'Alep pour le sultan d'Egypte, s'opposa les armes à la main a la continuation de leur fuite vers l'Egypte, ils se rendirent tous deux à la

(1) Scberefejdin, p. 243.

(2) /W.,cb. 12, p. 262.

(3) /Wtf.,ch.7,p. 233.

MP1RK OTTOMAN.

cour du sultan Bajcsid-llderim. L'asile accordé à ces princes fugitifs, et les plaintes antérieures de Tahertcn sur la prise , par les Ottomans , du territoire d'Ersendschan à lui conféré par Timur, furent les causes de la guerre entre Timur et Bajesid.

La prise de Si was et d'Ersendschan par Bajesid a déjà été rapportée. Il n'est plus besoin que de quelques mots sur la famille des souverains de Siwas, les deux Burhaneddin , père et fils, et sur la mort violente du dernier. Atimed- Burhaneddin (preuve de la foi) avait été juge du prince de Kaiszarijc, après la mort duquel ses États furent partagés avec les émirs, en sorte qu'à Hadschi-Geldi échut la souveraineté de Tokat; au scheid» Medschik, celle d'Amasia, et au juge Burhaneddin , la souveraineté de Siwas (1). La conquête de Siwas et de Tokat a déjà été rapportée plus haut, ainsi que celle de Sinope et d'une partie des États de Burhaneddin. Ahmed-Burhaneddin, puis son fils Ebul- Abbas, attaqués par Bajesid à cause de l'asile accordé aux fils des princes détrônés de Kerinianet de Mentesche, avaient un ennemi moins puissant, mais non moins dangereux dans Kara- Juluk, Turkman de la tribu du Mouton-Blanc, qui devint ensuite le fondateur de la dynastie de ce nom. Des liens de sang et d'amitié unissaient bien celui-ci à Kara-Jusuf, prince delà dynastie du Mouton-Noir ; mais ses intérêts les plus puissants rattachaient à Timur, au-devant duquel il s'avança, lors de la première apparition de ce conquérant dans l'Asie Mineure, et auquel il servit de guide (2). Les mêmes considérations le poussèrent à combattre son cousin Kara-Jusuf, les Egyptiens, et enfin Ebul-Abbas- Burhancddin, souverain de Siwas, qu'il fit prisonnier, et qu'il immola (3). Les habitants de Siwas se soumirent au pouvoir de Bajesid , qui leur envoya son fils Suleiman avec cinq émirs, et qui prit ensuite Erseudschan , ville voisiue appartenant à Taherten.

Après la campagne de Géorgie, Timur passa l'été dans la belle plaine de Karabagh , méditant d'autres conquêtes à l'ouest et au midi. Les

(1) F oy. Arab-Scbab.

(2) Dichenabi, à la bibliothèque impériale et royale, n° 489 , p. 227.

(3) /«<*., et Arab-Schab.

princes dépouillés de leurs pays par Bajesid avaient échappé à la garde sous laquelle le sultan les retenait, et avaient trouvé asile et protection auprès de Timur. I* princedekermian avait pu sortir de la prison d'Ipszala déguisé en conducteur de singes; le prince dr Mentesche, à la faveur d'une longue chevelure qui lui couvrait le visage, avait gagné le camp mongol. Celui d'Ai<lin s'était dérobé aux poursuites en faisant le métier de danseur de corde. Tous portaient leurs plaintes sur la perte de leurs États ; Taherten accusait en outre Bajesid de lui avoir enlevé son trésor et son harem. Timur envoya une ambassade chargée de lettres réclamant le redressement de ces griefs. Bajesid, furieux, voulait livrer au supplice les porteurs de cet insolent message; le grand scheich Bochari et le grand légiste Fenari eurent beaucoup de peine à le détourner de cette résolution, en lui rappelant l'inviolabilité des ambassadeurs et le respect du droit des gens en Orient; mais ils ne purent l'empêcher df maltraiter les envoyés et de leur donner une réponse insultante (1). Timur irrité fit déployer les bannières, et le premier jour de l'an 803 de l'hégire, 22 août 1400, il entra sur le territoirr ottoman, se dirigeant sur Siwas (2), l'ancienne Sebaste reconstruite entièrement par Alaeddin. grand prince des Seldschuks ; elle était l'une des villes les plus peuplées et des places les plus fortes de l'Asie Mineure; elle comptait plus dr cent mille habitants (3). Ses ouvrages étaient construits avec des pierres de trois aunes de longueur sur une d épaisseur; les murailles, d'une élévation de vingt aunes, en avaient cinq de profondeur à la base, et six au sommet; les sept portes de la ville roulaient sur des gonds de fer (4). Le courage des défenseurs était en rapport avec la force des ouvrages, l'impétuosité des assaillants et la férocité du conquérant. Comme la place était protégée de trois côtés par un fossé plein d'eau , l'attaque n'était praticable que vers l'ouest par le* tranchées et les mines. Huit mille pionniers poussèrent leurs travaux sous les murs, soutin-

(1) Aali , fol. 32, et S»olak*ade.

(2) Scberefeddin , 1. v, cb. 15 , p. 246.

(3) D'aprè» Cbalcoodylas , cent vingt mille , i, p. 47.

(4) Scberefeddin , I. v , ch. 15 , p. 26fi.

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