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Avant qu'il eût atteint la frontière orientale de son empire , déjà les flots des Tatares avaient roulé loin vers le sud , désolant tout sur leur passage. Si Timur avait eu à venger les insultes et l'arrestation de ses ambassadeurs sur Bajesid , il voulait maintenant châtier une plus grande violation du droit des gens sur le sultan d'Égypte. Déjà Berkuk, pour toute réponse , avait fait exécuter l'ambassadeur tatare, le savant scheich Sawe, dont il a déjà été question, et Ferrudsch, fils de ce prince, sultan régnant , retenait encore dans les fers le gouverneur d'Awenik(Wan), l'un des meilleurs généraux de Timur, OtlamischkuLschin (1), qui dans un combat avait été fait prisonnier parkara-Jusuf, IcTurkmandu Mouton-Noir, et envoyé en présent au sultan. De nouveaux ambassadeurs que Timur avait envoyés pour demander satisfaction de l'attentat commis sur le premier, et la mise en liberté de son général , furent arrêtés aussitôt qu'ils atteignirent Alep, place frontière du sultan , et enfermés dans ce lieu (2). Dans sa marche au midi, Timur emporta d'assaut Malatia, le jour même où il parut devant ses murs (3) ; Bchesna , après une courte résistance, en dépit de son château bâti sur un rocher à pic (4), laissa de côté Kalaater-Rum , après une attaque inutile, et entra dans Aintab, dont les portes lui furent volontairement ouvertes (5). Devant Alep il y eut une action décisive avec l'armée égyptienne, formée de troupes réunies de toutes les villes de Syrie (6). Timur, placé au centre de la sienne, dirigea le combat derrière une rangée d'énormes éléphants, du haut desquels les archers et les artificiers lançaient des flèches et le feu grégeois. D'abord ces animaux se tinrent tranquilles , les trompes retirées (7); mais lorsque la mêlée s'engagea, ils s'y jetèrent, lancèrent les ennemis en l'air avec leurs trompes et les foulèrent sous leurs picds(8).
(1) Arab-Scbab nous apprend qu'il était le mari de la nièce de Timur. DaiuBratutti , p. 169, OUamfr Cocino.
(2) Scherefeddio, 1. v ,cb. 17, p. 227.
(3) Ibid., ch. 17 , p. 278.
(4) Arab-Scbab.
(5) Scberefeddiu , I. ▼ , cb. 19, p. 282.
(6) Ibid., I. v , ch. 20 , p. 288.
(7) Ibid., 1. v ,cb. 20, p. 21*5.
(8) Ibid., p. 297.
L'entassement des va'ncus auprès des portes de la ville en fit faire un horrible carnage ; les fuyards se précipitèrent péle-mèle dans les fossés, qui bientôt furent corob'és par toutes ces masses dans lesquelles s'enfonçaient ensuite les lanecs ennemies, perçant d'un seul coup plusieurs corps. Les vainqueurs pénétrèrent ainsi dans la ville sur te pent de cadavres [30 octobre I400j. Le pillage fut général; tous les habitants passèrent sous le tranchant du sabre; le château se rendit ensuite. Tin ur y resta pendant deux jours pour y jouir du spectacle de la destruction Knsuite ii novembre ], il envoya le fils do gouverneur qu'il avait fait prisonnier dans le château, proposer au sultan l'échange d'Otlamisch contre les généra x égy ptiens Tinnirtasch et Schadun.
Pendant son court séjour dans le château , Tin ur occupa ses loisirs à propaser aux légistes la solution d» questions captieuses, pour trouver dans leurs réponses des prétextes a de nouveaux châtiments, â de nouveaux supplices -fil vous faut ine résoudre, disait-il, des points sur lesquels n;es légistes de Samarkand , Boc ara et Herat n'ont pas pu me satisfaire.» Le grand juge dAlep(l) déclina le dangereux honneur de la réponse , se rejetant sur Ibn-Schohue. l'historien d.Mep, comme | le plus savant mufti, le professeur le plus habite. «Parmi les guerriers tombés dans la bataille d'Àlep, quels sont les martyrs?» demanda Thnnr. Le mufti échappa au piège par la réponse que le prophète avait faite â un Arabe sur une question de même nature : « Ceux qui combattirent pour la parole de Dieu. » Ensuite Timor sortit de sa sombre réserve : « Je ne sois, disait-il, qu'un demi-homme (faisant allusion ä son infirmité), et néanmoins j'ai conquis la Perse, l'Irak, l'Inde et la Tatarie. — Rends « es » grâces à Dieu et ne tue personne , répondit le j mufti. — J'atteste Dieu que je ne tue personne avec préméditation, reprit Timor; c'est vousmêmes qui tuez vos âmes. Je le jure, je ne tue personne, et, quant à vous, je vous garantis la vie et vas biens.» Cette assurance ouvrit les lèvres aux scheichs et aux professeurs; ils se mirent à parler cornu e ils auraient fait du haut de la chaire, jusqu'à ce que le grand juge j
(I) Scbercfcdclin, I. \ , ch. 21 , p. 301.
leur cria : «Taisez-vous et laissez parler cet homme qui sait ce qu'il dit. Voici la secondquestion : Que pensez-vous de Moawia et de Jesid (dont le premier avait expulsé Ali du chalifat et le second avait fait exécuter fhzsein, fils d'Ali ?» Un juge sunnite répondit : «Ils soutinrent la guerre sainte pour la vraie fols Alors Timur s'enflamma de colère et s'écria : a .Moawia fut un usurpateur et Jesid un criminel, et vous, habitants d'Alep, vous êtes, comme ceux de Damas, coupables du meurtre accompli sur Husein. » lbn-Schohne excusa soo collègue, dont les paroles étaient la conséquence de ce qu'il avait lu dans les livres, Le conquérant loua le grand juge pour sa rectitude, l'historien pour son savoir et son éloquence, leur demanda leur âge; et l'heure de la prière du soir étant arrivée, il accomplit avec eux ses dévotions, suivant tous les mouvements d'Ibn-Schohne, se tenant à ses côtés, s asseyant, se levant, s agenouillant en mein, temps que lui (i). Le lendemain, Timor quitta le château qui était rempli de malheureux prisonniers enchainés, torturés de mille manières, et se rendit au palais du gouverneur de la ville, où fut disposée une grande féte suivant l'usage mongol (2). Pendant que le vin se versait, le sang ruisselait dans les rues de la ville: les uiaisous, les écoles et les mosquées furent dévastées; le sac dura quinze jours. La veille de son départ, Timur manda encore le grand juge et le mufti pour avoir de plus grands développcmenls sur les questions relatives à Moawia et Jesid. L'historien s'expliqua suivant les idées du vainqueur, disant qu'il n'y avait aucun doute que le droit ne fût du côté d'Ali et que Moawia n'eût pas été chai ire légitime ; d'après les paroles du prophète : «Le chalifat ne durera que trente années apri* moi;» mais, ajouta i il, selon l'expression don des plus grands docteurs (3), des souverains illégitimes pourraient conférer valablement des fonctions de juge. Cette reconnaissance de la validité de ses actes de gouvernement plut à celui qui dominait par la force, et il recommanda le kadi et le mufti aux soins partial-
(1) Arab-Scbah.
(2; lbu-Scbohne , dann Arab-Schab.
Selon le rédacteur de Medajet, Arab-Schab.