LIVRE
lier* de ses htritémirs qu'il laissa comme gouverneurs dans Alop, avant de partir pour Dumas Le lendemain fut proclamée la mesure sanglante, qui était comme Tordre du jour accoutumé pour toutes les villes prises par l'empereur tatare, de couper un certain uombre de tètes en souvenir de la conquête. Le grand juge et l'historien furent mandés devant le souverain pour la troisième fois. Son molla les informa qu'un leur demandait un fetwa dans ce sens ; que l'exécution du gouverneur de Damas, qui avait fait mettre à mort le premier ambassadeur de Tinur, était légale. Ibn-Schohnc répondit: «Comment donc tant de têtes de moslims sontelles abattues sans fetwa, et au mépris du serment que personne ne serait tué sans qu'il y eût des coupables ?» Le molla alla trouver Tireur, que le kadi et le mufti voyaient à quelque distance prendre son repas de viande bouillie. L'empereur leur envoya des mets de sa table ; il donna des ordres à haute voix, chargeant ses gens de divers messages. Enfin se présenta un émir qui congédia le juge et le professeur avec cette excuse : que le sultan n'avait pas commandé d'abattre les tètes des moslims, mais celles des meurtriers, afin d'élever un monument en son honneur, comme c'était son louable usage, mais que l'ordre avait été mal compris; quant à eux, ils étaient libres maintenant et pouvaient s'en aller où il leur plairait ( 1 ). Après Alep, tombèrent Hama, Himsz et d'autres places fortes de la Syrie. Timur se dirigea ensuite vers Raalbek (Héliopolis), qui alors était une ville bien peuplée, au milieu d'un pays bien cultivé; aussi fournit-elle à l'armée d'amples approvisionnements (m2), et néanmoins dans ses temples Timur ne vit que les œuvres des démons; mais, à une journée de là , il visita le tombeau de Noé, et marcha droit sur Damas où se trouvait alors le sultan d'ftg) pte en personne. Celui-ci envoya au conquérant un ambassadeur revêtu du costume de derwisch, accompagné de deux jeunes hommes dont l'extérieur parut suspect au secrétaire d'Etat. En les visitant, on trouva dans leurs bottes des poignards empoisonnés, et ils avouèrent qu'ils avaient été envoyés par le sultan, afin de saisir l'occasion de l'audience
(1) Arab-Scbab.
(2) Scberefeddin , 1. y , cb. 23 , p. 312.
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de l'ambassadeur pour poignarder Timur (1). l*e derwisch ambassadeur fut percé des fers même destinés à l'assassinat ; aux deux instruments du crime on coupa seulement le nez et les oreilles, parce que l'on devait les charger de porter la lettre de Timur dans laquelle il offrait la paix, moyennant la reconnaissance de son droit supérieur de haute souveraineté par les monnaies et les prières publiques (2); mais l'un des émirs de l'empereur la transmit comme ambassadeur, el un envoyé égyptien vint promettre seulement la mise en liberléd'Otlamisch. l a bataille décisive fut perdue par le sultan sous les murs de Damas (5 janvier 1401], et parmi les prisonniers se trouva le neveu de Timur, Husein-Mirsa, qui .jadis avait déserté à
I cnnemi avec quelques conjurés. L'empereur Timur, toujours si féroce , était plein d'indulgence pour les membres de sa famille : la trahison du prince, d'après une disposition de Dschengis-Clian, ne fut puuie que de quelques coups de bâton (3). Pendant le siège de Damas, Timur visita les tombeaux d'Omra-Selma et d'Omin-Habiba, deux épouses de Mohammed, et du muezzin Bela, tous situés devant la ville.
II reçut les scheichs et les savants qui lui furent députés, les invita à un repas de viande bouillie, les excitant gracieusement à manger. Parmi eux se trouvait Ibn-Chaldun, le fameux historien arabe, qui, dans la préface de son ouvrage, expose comme Montesquieu, avec une haute philosophie et une profonde critique, les causes de l élévation et de la chute des États. Timur, très-versé lui-même dans l'histoire , s'entretint avec l'analyste des Étals arabes en Afrique et en Espagne, qui avait d'abord attiré son attention comme étranger par la singularité de sa coiffure. Il se montra, satisfait lorsque l'adroit écrivain déclara que dans l'Orient et l'Occident, dans les histoires de l'antiquité et des temps modernes, il n'avait pas trouvé un souverain qui justifiât ce titre aussi complètement que lui (4).
La ville capitula , et se racheta du pillage moyennant une rançon d'un million de du-
\l ) Scberefeddin , cb. 24 , p. 314.
(2) /but., p. 319.
(3) /Md., cb. 25, p. 326.
(4) Arab-Schab.
cats (1). Pour lever cette somme, on ferma sept des portes de la ville; à la huitième, qui resta seule ouverte, des collecteurs perçurent une taxe sur tous les habitants à leur passage. La citadelle se rendit après que l'eau eut été détournée des fossés , et que le feu eut été placé sous les échafaudages qui soutenaient les murailles minées; au mépris de la capitulation, le commandant fut exécuté , parce qu'il s'était décidé trop tard. Les soldais de la garnison , la plupart mameluks , Tscherkesses et nègres , furent distribués entre les émirs; les ouvriers, les artisans et les savants furent emmenés à Samarkand (*2). Parmi ces derniers, se trouvaient deux des plus fameux médecins du temps; dans les artisans on comptait des fabricants d'acier, si célèbres pour leurs lames de damas, dont lesecret , transporté depuis en Perse et dans la Chorasan, s'est perdu dans la ville dont elles avaient le nom. De nouvelles monnaies furent frappées au coin de Timur , et quelques pièces furent jointes aux lettres de triomphe que des courriers portèrent jusqu'aux extrémités de l'Orient. Au-dessus des tombeaux desdeux femmes, épouses du prophète, s'élevèrent des dômes somptueux, revêtus intérieurement de parois de marbre blanc admirablement ciselés, et qui, grâce aux soins des princes et des émirs chargés de diriger les travaux , furent achevés en vingtcinq jours. A cette occasion , Timur exprima dans son conseil privé une grande indignation contre les habitants d e Damas, < qui avaient jadis maltraité les prophètes, particulièrement Ali et son fils Husein. qui avaient laissédurant huit siècles l'herbe et les décombres couvrir les tombeaux des épouses du prophète, sans les protéger d'une chapelle. »Lette ferveur religieuse de Timur pour Ali et Husein contre les descendants des premiers adhérents de Moawia et de Jesid agit fortement sur les membres du conseil secret , et plus encore sur l'armée qui pénétra de force dans la ville , portant partout le fer et la flamme, sans considération pour la rançon déjà payée [25 mars 1401]. L'on s'efforça d'abord d'éteindre le feu ; mais comme les étarces supérieurs de toutes les maisons de Damas étaient en bois (3), en peu d'instants les flammes
(1) Dachenabi ,p. 157.
(2) ScherefeddiH , I. v , ch. 27 , p. 340.
(3) Ibid., h ch. 27, p. 343.
s'étendirent ; la ville entière fut enveloppée dans un vaste incendie, d'où s'exhalait le parfum des cèdres et des cyprès qui formaient les boiseries, du sandarach et du sumach dont elles étaient vernies(l). Timur dépêcha un émir pour sauver au moins le plus ancien chef-d'œuvre de l'architecture sarrasine , la grande mosquée de> Ommiades. Mais le plomb qui couvrait le don* se fondit en ruisseaux enflammés; le seul minaret sur lequel , d'après la légende des moslitns, Jésus -Christ doit descendre un jour lorsqu'il viendra sur terre (2) pour juger le? vivants et les morts, fut épargné par le feu, quoiqu'il fût couvert en bois, à la grande admiration des assistants et des habitants, et des pèlerins qui , de nos jours encore , occupent ou visitent la ville de Damas. Après l'incendie, Timur campa dans la belle plaine de Ghuta (3), l'un des quatre paradis de l'Asie : les trois autres sont la plaine de Samarkand, la vallée dr Bcwwan en Perse, et celle qui s'étend sur les rives de l'Euphrate, à son embouchure prêt d'Obolla. Nul de ces séjours enchantés n'échappa aux armées du conquérant : car, partant de Samarkand, sa résidence, il avait pénétré en Perse dans sa seconde expédition par la vallée de Bewwan, et maintenant il envoya de la plaine de Damas et des ruines fumantes de la ville, une division de son armée par les ruines de Tadn.or ou de Palmyre, où s'était réfugiée b tribu turkmane de Sulkadr, vers les bords et ) embouchure de l'Euphrate. Lui-même, passant par Haina, qui avait été épargnée dans U première marche de l'armée, et qui alors fut dévastée, se mil en route pour Mardin, où les maîtres de la forteresse de Hoszn-Keif et de la villed'Ersen, vinrent se prosterner devant luî(4 Il leur conféra le kaflan d'or, la ceinture et le cimeterre à poignée d'or.
Isa-Taher, souverain de la famille Ortok, qui. dès la dernière campagne de Perse , s'était confié en la force extraordinaire de sa résidence de Mardin , fit une réponse laconique à la sommation brève et impérieuse de Timur, et goûta le triomphe de voir le conquérant se détourner du roc qui supportait ses murailles, pour marcher
(1) Soherefeddin, p. 346.
(2) Ibid., I. v,ch. 27, p. 346.
(3; fbid.,cb. 28, p. 347.
(4) Ibid., ch. 30, p. 355