LIVRE
cher contre les murailles des tours dont chacune contenait deux cents soldats pourvus d'échelles pour l'escalade ; enfin , on pratiqua des mines que dix mille ouvriers poussèrent sous les fortifications, et le feu étant mis aux galeries de bois qui les soutenaient, des pans entiers de muraille s'écroulèrent (1). Du côté de la mer les Tatares transportèrent aux extrémités de la di- ;rue, dont la séparation ouvrait l'entrée du port, îles pierres et des quartiers de rocher qu'ils jelèrent à la mer pour fermer les abords. Heureusement les galères avaient gagné le large avant la naissance du jour; quelques instants plus tard elles eussent été incendiées. Quoique la dixième partie des assiégeants à peine fût employée à |M>rter des pierres , en un seul jour les deux extrémités de la digue se joignirent (2) , puis des pilots de bois furent entassés dans l'intérieur même du port ; un plancher fut posé sur ces appuis, en sorte que des deux côtés de la rade fut prat iqué un chemin sur lequel les assiégean ts pouvaient s'avancer directement contrelechàteau, el combattrede pied ferme(3). I /attaque s'engagea et se poursuivit avec fureur au milieu de tor- I rents de pluie qui ne purent interrompre ou ralentir l'impétuosité des assaillants, ni l'ardeur <le la défense. Les assiégés lançaient sans cesse des traits enflammés, et du feu grégeois qui brûlait encore sur la surface des eaux. Enfin , I armée tout entière livra l'assaut , et la ville succomba après quinze jours de siège. Les chevaliers, rejrtés jusque dans l'intérieur du château , serrèrent leurs rangs, et plaçant le maître des hospitaliers à leur tète, ils s'ouvrirent un passage jusqu'à la mer, où des galères accoururent pour les recevoir. I^s habitants chrétiens de la ville les suivirent jusqu'au rivage , se précipitèrent sur les rames des bâtiments , sur les ancres, les câbles, suppliant au nom du Christ les équipages de les emmener; mais les marins les repoussèrent à coups de lances, et déployant les voiles, Us gagnèrent la pleine mer, abandonnant ces malheureux au désespoir (4). Plus de mille d'entre eux furent traînés devantTimur «lui ordonna de les massacrer tous avec les
(1) Chakoodylas , 1. i.. . 4dit. de Ba»le, p. 51.
(2) Ducas , I. xvu , p. 40.
(3) Scberefeddio , t. v , ch. 56 , p. 51. (1) Ducat, 1- xvu, p. 40.
TOM. I
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femmes et les enfants sans exception. Mais comme ce nombre était trop faible pour élever une pyramide de crânes, monument accoutumé de la conquête, cette fois on rangea des tètes et des pierres alternativement , de telle sorte que chaque couche de tètes reposât entre deux couches de pierres(l ). Néanmoins toutes les tètes ne furent pas employées à celte construction , car, après la prise de la ville, quelques galères chrétiennes, arrivées trop tard à son secours, s'étant approchées du rivage, Timur fit lancer des tètes de chrétiens sur leur bord, et les équipages, saisis d'horreur, s'empressèrent de gagner le large (2). Les commandants génois de l'ancienne et de la nouvelle Phocée, les seigneurs génois de Lesbos et de Chios vinrent apporter leur hommage et des présents à Timur et à son petit-fils Mobammed-Mirsa, qui donna au seigneur de I^esbos un sceptre comme une marque de son affection et de sa bienveillance. Smyrne fut le terme des conquêtes de Timur en Occident. De là, il se retourna vers l'Orient foulant sous ses pieds les royaumes. Il passa trente jours dans un camp près d'Éphèse, et de ce point ses hordes se répandirent tout autour, dépouillant les habitants, les poussant eu masses devant elles pour en arracher des rançons, et dévastant leurs villes. Les écrivains byzantins et ottomans sont d'accord dans leurs descriptions des cruautés excercées par l'armée tatare dans ces expéditions. Les dentiers racontent en outre le massacre d'innocents enfants, qui dans sa vérité soulève plus d'horreur que les récits d'Hérodote. Les enfants d'une malheureuse petite ville de l'Asie Mineure allèrent, le Koran à la main, au-devant du conquérant qui s'approchait, implorèrent sa pitié , demandant la vie , et récitant les sures du livre du prophète, a Qu'est-ce que ce bêlement?» demanda Timur; et apprenant que c'étaient des prières adressées à sa générosité, il ordonna à sa cavalerie d'écraser toute celte tourbe sous les pieds des chevaux (3).
La marche de l'empereur se dirigea ensuite par Mylassa(4), vers le lac d'Igirdir ( l'ancien Trogites dans la Pysidie). Il avait entendu parler
(1) Duca*, p. 41.
(2) Scherefeddin , I. v , r h. 56 , p. 52.
(3; Mohijeddin , manuscrit , 139, fol. 49. (4) Duca*, l.xvii , p. 11.
des Iles de ce lac fortifiées par la nature et par l'art ; et je d$sir |ui était veau dp |cs conquérir^). |,e scheicb ßat)a, 4pnt le tombeau a ItfWW est visité encore aujourd'hui comme un lien de pèlerinage, défendit ce poste; ef enfin il capitula en obtenant que la ville serait épargnée ($). Après la prise de possession, Timur regagna son camp d'Aksr hehr où se trouvaient Bajesid et son fijs Musa. A Iconium, perdint la fête Que luj donnèrent son fils Schahroth et son pejjt-rils lluseiu-Schah, jiour célébrer ses triomphes, il reçut les hommages des princes de Krjrmiau. cf de fcaramanje, qu'i| avait rétabli* Q>s leurs Étais (3).
Sur ces entrefaites, Çajesid mourut à Akschelu*, frappé d'apoplexie ,8 mars 1403], et quatre jour? après, a l'âge de dix-neuf ans, succomba le plus cher des petits-fils de Timur, le plus il|justrc déjà par ses exploits, le prince .Mohammed -Sultan- M douleur rut générale dans l'armée; |es princes e)t les grands se couvrirent de vêtements noirs et bleus avec des collets de feutres; les femmes se roulèrent à terre et se nieujU ir/rnt le sein avec des pierres. A la nouvelle de ce coup fayta| , Timur se contenta de répéter ccsparolesdu Koran, qu'il avait/déjà pronoAcées à Ja mort q> 0«u>sid : « iNpus appartenons î> J)|eu , et nous retournons à |ni (4). » Flus taru* fut disposé le banquet mortuaire ; des lecteurs (Jèbil.ucnt q\cs passages du Koran; le grand toniboyr funèbre faisait entendre uu sombre roulement au milieu des gémisseinents des Omîtes ; pujs il fuj rais en pièces selon uu antique usage mongol (5), comme le héros qui avsiit fait tant de bruit dans le monde avait é,lé jbruai par la mort. Le cercueil, escorté par deux ceqt^ cavaliers et sept émirs, fut transporté dans |ç pays au uel? de l'Oxus pour être déposé dans la sépulture (fc la famille de Timur (6). De même Timur permit au prince ottoman Musa de faire transporter à Brusa les restes de son père, qui provisoirement avaient été déposés .a Akscfoebr, o>ns ^ tonbeau du
(1) Scherefeddiu , t. *,<*.», p. 61.
(2) Sradeddiu, dann Bratutti.
(3) Sein rrfedom , I. v , cb. 58 , p. 00 , et cb. 59, p 6Î
(i) Jbid.,\. v , cb. 09 , p. .G5 , et ch. CJ , p. .70.
(5) Ibid. , ch. 65 , p. 85.
(6) /6«f.,l. v,ch. 61 , p. 70.
Scheie h Mahmud-Hairan ; lui-même remit au
prjuce le yéumenl d'honneur, la ceinture , le sabre et le carquois garnis de pierreries , et un diplôme revêtu de l'empreinte rouge de sa mainU).
Ajnsi f)nit Bajesid la Foudre, qui, durant quatorze ans, poursuivant le cours de »es conquêtes, av.tit laissé des traces enflammées dr son passage en ßtiro|<e et en Asie, l/erapirr qu'ii ayail tenu réuni sous son sceptre, et qu il avait agra di par ses conquêtes, perdit les acquisition fai:es sur les El ts voisins, et se partagea même rar la désunion des princes «es fils, et par la politique de Timur, qui entretint cette divisio 1. Air si, les princes d'Aid in, de Mentesche, Tekke, Kermian et de KaramaiiiV furent remis en possession de leu s États, et. de plus , les princes Mohammed, Isa et Musa se disputèrent l'empire ottoman d'Asie aia^i amoindri, tandis que Suleiman l'ainé avait établi le siège de sa domination en Europ» Cette divisiou dura dix années, jusqu'à ce que Mohammed, restant seul triomphant de «s adversaires, réunit de nouveau l'Asie et lEarope sous sou autorité, rétablit l'uni té de lïuipire, e^ donna a l'édifice politique sorti si récemment de ses ruines une nouvelle bas* sur laquelle ses successeurs purent appuyer leu grandeur colossale. Des Européens qui ont écrit l'histoire des Ottomans p ésentent comme sultan ehacun des quatre princes, en font régner plusieurs en même temps , et jettent ainsi dans le nombre des souverains et dans leurs règnes mie confusion dont les historiens nationaux se sont préservés: ceux-ci. n'adoptant pour priucipes d'unité que la possession du pouvoir, sans considérer la lui et le droit, ne reconnais ent pour sultans ni Suleiman ni Musa, quoique le premier eût pour lui l'avantage de la primogéuiiure, et que les grands de l'État, les principaux chefs de l'armée fussent xle son coté; et que le second, vainqueur de Suleiman, régnât enfcu nope. Mohammed, le plus jeune des ftère>. qui longtemps s était incliné devant i'aotoesé du plus âgé des princes, est à leurs jeux le seul véritable et légitime sultan JcsOttomacs,
(l; Schercfeddin , cb. 60, p. $5.