‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 10 sur 384 · LU · texte numérisé non relu

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il était mort de la fièvre à Malvasia , et les vastes édifices construits par lui dans le voisinage de la porte de Parmakkapu , ornés de colonnes de marbre, où l'or élincelait dans les appartements, échurent au fisc avec toute sa fortune. Un effroyable incendie, qui dévasta une grande partie de la ville , vint ouvrir une libre carrière au goût des constructions qui dominait alors. Le grand vesir Derwisch-Mohammed quitta son palais et fit réédifier celui de l'ancien grand vesir Melek-Ahmed-Pascha , derrière la cage des lions. Dans ce même temps le sultan renferma son frère Suleiman dans le sérail , dans l'appartement du jardin des buis , qui dès-lors fut désigné spécialement sous le nom de cage destinée à retenir les princes héritiers du trône. Une mesure plus utile fut prise en vertu d'un chatti-scherif qui abolit l'abus par lequel on conférait plusieurs bénéfices à une seule et même personne. En conséquence plusieurs des places les plus productives se retrouvèrent comme autant de degrés pour les dignités de la loi ; d'autres devinrent vacantes par la mort d'ulémas distingués. Parmi ces légistes on eut à regretter surtout Aaredsch-Mustafa-Efendi, maître de l'encyclopédiste Haschi-Chalfa ; Bejasisade , qui s'était fait un nom par l'application de la lapidation à l'adultère , châtiment dont on n'avait point encore vu d'exemple dans l'Islam depuis le Prophète ; Karatschelebisadc- Mahmud-Efendi , grand juge , frère de l'illustre Asis-Efendi ;.enfin le mufti Behaji, qui périt d'une esquinancie. Les hautes dignités accumulées sur une seule tête, et vacantes par la mort de Behaji , donnèrent lieu à de nombreuses réclamations des ulémas, qui demandaient dans la distribution des places l'observation des règles de la hiérarchie. Ebusaid , cousin du défunt , devint pour la troisième fois le chef de la magistrature.

Cette année la capitale jouit du rare spectacle de l'arrivée d'une ambassade indienne envoyée par Schah-Dschihan. Les anciennes relations d'amitié qui avaient été entretenues depuis si long-temps entre les eultans des Ottomans et les schahs de l'Inde avaient été animées par divers événements dont il a été question; ainsi, sous le règne de Suleiman, l'héritier du trône de Dehli s'était réfugié auprès de la sublime Porte, et le prince de

Gudschurat avait sollicité de l'appui par une ambassade , puis par des lettres dont s'était chargé le capitaine Sidi-Ali ; sous Murad IV, le prince mongol fugitif Baisankor-Mirsa s'était présenté à Constantinople , et Dschihan-Schah avait envoyé une ambassade que le sultan reçut à Moszul, sur la route de Bagdad. La réponse faite à Dschihan-Schah avait déplu à la cour de Dehli , à cause de l'omission de certaines formules en usage entre les souverains , et le ministère du grand Mongol exprima sa surprise et son mécontentement dans une lettre arrivée à Constantinople durant le grand vesirat de Kara - Mustafa, au commencement du règne d'Ibrahim; dans cette pièce étaient étalées la puissance du schah de l'Inde , l'étendue de ses provinces , et l'on signalait l'inconvenance du style employé envers un si grand monarque. En 1650 un Turc partant pour l'Inde avait demandé une lettre pour le schah ; on l'avait chargé d'une notification de l'avènement du sultan Mohammed. Maintenant ce messager revenait avec l'ambassadeur extraordinaire indien Seid Hadschi-Mohammed , qui apportait des présents d'une valeur de 30,000 piastres. Les dépêches dont il était chargé exposaient les derniers troubles éclatés chez les Usbegs, auxquels la mort de Nesir-Chan et la domination incontestée de son fils Abdulasis venaient de mettre un terme. Une réponse pour la cour mongole fut remise à l'ambassadeur, qui reçut de riches présents pour son maître et pour lui-même. Ce diplomate avait fait preuve d'une grande intelligence ; son esprit était orné, il était versé dans la littérature turque ; de sorte que les ulémas se consultèrent pour savoir sur quel homme éminent par ses lumières devait tomber le choix de la Porte pour l'envoyer dans l'Inde ; malheureusement les vues économiques prévalurent sur les idées des lettrés , et l'on nomma, pour aller représenter le sultan dans l'Inde , SulOkar, frère du feu grand vesir Ssalih , homme signalé par ses alliances et ses richesses , mais véritable Turc pour la rudesse et l'ignorance, qui offritde supporter les frais de l'ambassade. L'envoyé indien , qui s'était bien vite aperçu de la lourdeur et de l'ineptie de SulGkar, aurait bien voulu se débarrasser d'un tel compagnon. 11 représenta aux ministres qu'ayant a traverser les états de l'imam de

l'Iemen , qui n'était pas en bonnes relations avec la Porte, Sulfikar serait exposé en voyageant avec lui. On ne sentit pas ou l'on ne voulut pas sentir le véritable sens de ces observations; on s'arrêta seulement aux paroles, et il fut arrêté que l'ambassadeur ottoman accompagnerait l'envoyé indien seulement jusqu'à la Mecque , pour continuer ensuite sa route par mer. Deux jours avant l'audience de Seid-Hadschi-Mohammed, le présent annuel pour les saints lieux de l'Islam, 66,000 ducats pour la Mecque, et 20,000 pour Médine, était parti avec le chameau disposé à cet effet. Le 29 mars 1654- , arriva l'ambassadeur polonais Nicolas de Grzymata-Bieganowski , dont ta mission avait été déterminée par la paix conclue à la fin de l'année précédente entre la Pologne et le chan tatare. Déjà Nicolas de Bieganowski avait rempli deux missions à Constantinople ; la première fois il avait apporté la lettre de l'hetman Koniecpolski , dont il a déjà été question ; la seconde il avait été chargé de présenter les félicitations de sa cour sur l'avènement de Mohammed au trône. Alors il était accompagné des deux jeunes Sobieski; maintenant il avait une suite de cent personnes. Trois semaines après arrivèrent des députés cosaques. Ils sollicitèrent la protection de la Porte, et offrirent un tribut annuel de 40,000 écus, mais lorsque la guerre serait terminée, et pourvu que la Podolie leur fût abandonnée. Ils furent introduits en même temps que l'ambassadeur polonais, ce qui provoqua des plaintes de la part de celui-ci ; mais dès le lendemain ils eurent leur audience de congé du sultan. Le grand vesir fit retirer aux envoyés cosaques leurs peaux de mouton pourleschangercontredeskaflansd'honneur.

Le woiwode de Valachie , Matthieu Bessaraba, avait battu celui de Moldavie, Lupul, défait et tué Timothée Chmielnicki , et installé sur le trône princier de Moldavie le logothèle Gcorgize , dont il acheta la confirmation à la Porte moyennant 20,000 ducats , en dépit des prétentions du fils de Iladul , ancien prince de Moldavie, qui se trouvait alors à Constantinople.

Le chan tatare ayant appris par son confident, Seferaga, envoyé auprès de Chmielnicki , que le roi de Pologne se tenait à Bar avec une armée bien organisée, dans laquelle

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