LIVRE
l'âme de la rébellion en Hongrie, imprimait et répandait les cent griefs des Hongrois contre les Allemands (1), et, tout en se faisant inscrire sur ses bannières comme le champion de Dieu et de la patrie (2) , il recherchait l'appui du croissant. Trois de ses envoyés, Ghizi, Redin et Domoghi (3) parurent à Constantinople dans les derniers jours de l'année, et, le 9 janvier 1C82, obtinrent une audience officielle. Apafy appuya par ses agents les demandes des mécontents hongrois que l'on appelait à Constantinople les Hongrois du centre, et Tœkœli que l'on désignait par le titre de roi des Kruczes, et qui baisait en esclave la poussière de la sublime Porte.
Les rebelles hongrois qui avaient pris pour devise a Dieu et la patrie, » et combattaient sous les bannières des Turcs, parodiaient les défenseurs de la foi , comme leur nom de Kruczes offrait une corruption de celui de croisés. Leur chef, Emerich Tœkœli, alors dans la fleur de l'âge , aspirant â saisir la couronne de Hongrie et la main de la veuve de Rakoczy, Hélène Zrinyi, offrait au grand vesir de se reconnaître vassal de la Porte. Au mois de juin , il célébra son mariage avec la fille de Zrinyi, et négocia en juillet avec le gouverneur d'Ofen , Ibrahim, affectant de se porter médiateur de la paix avec l'empereur, tandis qu'il était animé de tous autres sentiments. Le peu de sincérité des Turcs dans ces négociations se manifesta dans les prétentions du vesir gouverneur ; il osa demander que l'empereur remit la Hongrie dans l'état où elle était vingt-sept ans auparavant , payât au sultan un tribut annuel de 500,000 florins , rasât les places de Leopolstadt et de Guta, restituât tous les' biens aux mécontents , et accordât une liberté religieuse illimitée avec un pardon entier; sinon les choses resteraient fixées comme au diplôme octroyé à Tœkœli ('♦). A Constanti-
(1) Histoire d'Emerich comle de Tœkœli. Cologne 1664, p. 97.
(2; Stirmay, 1. 1, p. 251.
(3) Rapport de Khunilz, de dcc. 1681.
{&) Feszler, I. ix , p. 311. D'aprJ* l'Epistola Michaelis Lecsinski ad slrasoldo t jvarini , 19 mai 1682 , ad pray. cpp. procc. p. ni, p. 481.