‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 102 sur 384 · LIVRE LVII · texte numérisé non relu

LIVRE LVII

très-bien , » dit le sultnn , réponse qqe le grand vesir reproduisit en quelques mots, et que l'interprètede la Porte Induisit plus Iongoement. On assigna pour l'entretien de l'internonce et des soiinnte-seizc personnes de sa suite un traitement mensuel de raille écus au lion. Quinze jours après s'ouvrirent les conférences avec le rets-efendi,let*chauschbaschi et l'aga des janitschares [ 22 juin 1682] ; le premier entretien ne conduisit point à on rapprochement pacifique, et comme le second ne produisit pas plus de résultat, la Porte interdit à l'ambassadeur l'expédition d'un nouveau courrier, qui aurait simplement confirmé la teneur des dépêches envoyées a Vienne , à l'issue de la réunion du 22 juin. Les députés transylvaniens Dalthasor Markhasi , Sigismond Boier, arrivés dès le commencement de l'année , et le délégué de Wesselenyi , Luiloik, qui offrit une somme considérable pour qu'il fût interdit à Apafy de dépasser les limites de son territoire, contrarièrent tous les efforts de l'ambassadeur impérial, et jetèrent tant qu'ils purent de nouveau» brandons de discorde. Cependant les étendards furent arborés à Daud-Pascha quatre jours après l'expédition du diplôme qui parait Tœkœli du titre royal , et l'on amusa l'inlernoncc avec de vaines paroles. Il contempla les processions où figurait lu sullnu aux fêtes de Bairam , puis les funérailles de la Validé , enfin le départ du sultan pour Andrinople. Jamais on n'avait vu de si magnifique cortège. Le résident et l'intcrnonce impérial suivirent le sultan et le grand vesir à Andrinople , où, à la fin de décembre, ils eurent avec le reisefendi et le tschausch-baschi une troisième conférence tout aussi infructueuse que les précédentes.

Le 2 janvier 1G83 , devant la porte du palais de la seconde capitale de l'empire, furent arborés les étendards de la guerre contre la Hongrie. Le sultan ordonna une grande chasse, pour laquelle furent ramassés trente mille rabatteurs charges de lancer et pousser le gibier. Pour les entretenir, il fallut frapper une contribution de 150,000 écus sur les districts depuis Gallipoli jusqu'à Philippopolis. Tant de frais donnèrent pour produit un verrat , sept chevreuils et trente lièvres i mais, il périt un plus grand nombre de

rabatteurs , qui succombèrent épuisés. En rencontrant leurs cadavres, le sultaii dit: « Sans doute ils auront médit de moi , et déjà ils ont subi leur châtiment (1). » Le 15 janvier les tentes du sultan furent plantées une demi-heure sur leChamp des tombeaux; leur magnificence et l'éclat des ornements surpassaient tout ce que l'on avait vu jusqu'alors. Le harem brillait au milieu de ce belliqueux appareil plus nombreux que jamais ; aussi les soldats murmuraient que l'armée des femmes n'était guère moindre que celle des hommes. Le sultan Murad IV, disaient-ils, s'était mis en campagne avec une femme et deux pages ; maintenant le harem occupe plus de cent voitures. La sultane Chaszeki avait un carrosse tout garni d'argent , les bandes des roues étaient de même métal ; les selles et les harnais des chevaux étaient doublés de velours. Les équipages du grand vesir offraient la même richesse. Il y eut successivement doux défilés ; d'abord on vit se déployer et marcher en ordre les corporations et les artisans de Constantinople, qui avaient été convoqués à Andrinople , afin que le camp ne manquât de rien ; des bouffons et des bateleurs égayaient ce spectacle (2). Le lendemain [18 mars], dix mille janitschares furent passés en revue, après quoi le sultan sortit du sérail pour se rendre dans sa tente. En ce moment s'éleva une tempête si violente que le turban de Mohammed faillit tomber, ou fut enlevé en effet, ce qui fut regarde comme un mauvais présage. Le 31 mars , jour où fut signée l'alliance offensive et défensive entre l'empereur Léopold et le roi de Pologne, les janitschares décampèrent; le lendemain le sultan quitta Andrinople. L'inlcrnonce impérial , comte de Caprara , était confié avec toute sa suite à la garde des janitschares , et fut toujours traité honorablement. Les villages que traversait l'armée étaient tenus de fournir de la paille, du foin , du grain ; des gardes empêchaient les habitants de prendre la fuite jusqu'au passage du sultan ; ensuite ils étaient libres de mettre le feu aux maisons et de gagner les

(l) Description dn voyage de llcnaglia. p. 97. (5) Caprara, rcl. pari. fol. 95.

montagnes pour échapper aux cruautés des troupes asiatiques qui formaient l'arriéregarde. Tous les soirs était proclamée la prière , les soldats la récitaient , puis faisaient des vœux pour la santé du padischah, et finissaient par prononcer le nom d'Allah. A Philippopolis se présentèrent les envoyés de Tœkœli , le Hongrois Etienne Sirmey et le capitaine allemand Pierre Feir, avec une suite de plus de trente personnes et vingt voitures. Tandis qu'il faisait à Vienne de prétendues offres de médiation , Tœkœli pressait la marche de l'armée turque sur cette capitale dont les députés présentèrent le plan au grand vesir. A Belgrad le sultan accorda audience aux représentants de Tœkœli , ainsi qu'aux Ragusains qui lui apportaient 12,000 ducats pour le tribut de trois années. Le 1-2 mai on apprit la signature du traité d'alliance conclu le 31 mars entre l'Empereur et le roi de Pologne (1) , et le lendemain le sultan remit avec une pompe inusitée jusqu'alors le saint étendard du prophète au seraskeren l'investissant d'une autorité illimitée durant la campagne. Avant le départ du généralissime , le sultan et le prince héréditaire lui firent une visite.

A Essek il y eut une halte de douze jours à cause du paiement des troupes et de l'audience solennelle accordée à Tœkœli. Tout en négociant avec des commissaires impériaux , Tœkœli tenait investies les places fortes de la Haute-Hongrie ; il relâchait des prisonniers , mais en môme temps poussait les Turcs a une attaque sur les îles de Tschakaturn et sur l'île de Schitt (2). L'internonce impérial obtint une audience pour recevoir la réponse à la lettre de rappel adressée par le président du conseil aulique , le prince de Bade. Le reis-efendi la prit des mains du grand vesir et la remit au secrétaire d'ambassade Benaglia. Il était signifié à l'internonce que, puisqu'il était rappelé, il pouvait partir et rapporter a, sa cour ce qu'il avait vu. Trois jours après Tu-kœli fit son entrée à Essek avec une escorte de cent vingt volontaires que suivaient cent cinquante hussards hongrois. Une foule

(1) Bonaglia , p. 11 G.

(-2) Dans rhisloirc des Iroublca de Hongrie, I. n.

de nobles hongrois était mêlée aux Turcs, fraternisant avec eux, puis venait Tœkœli revêtu du plus riche costume, la tête ornée d'un grand panache de plumes de héron; derrière deux voitures d'apparat était porté un grand étendard hongrois déchiré, comme symbole de l'état de la nation. On admirait ensuite une compagnie d'eiduques en uniforme bleu avec de gros boutons d'argent; leur coiffure était surmontée d'une touffe de plumes ; ils avaient pour armes des sabres et des lances; enfin quatre cents cavaliers fermaient la marche. Le roi des Kruczes, installé comme roi de la Haute-Hongrie par le grand vesir, fut accueilli avec les honneurs dus à son rang , et revêtu d'une pelisse de zibeline, garnie de riches étoffes. Soixante-dix kaftans furent distribués parmi les personnes de sa suite [ 10 janvier 1083]. Kara-Muslafa dans cette circonstance affecta d'imiter la réception faite jadis par Suleiman à Zapolya dans la ville de Mohacs. Pour compléter la ressemblance, Tœkœli, de son côté , parut jouer auprès du grand vesir le même rôle que Zapolya envers Suleiman , et guida la marche dévastatrice des Turcs sur la capitale de l'Autriche.

Hasim-Pascha , passé du gouvernement de Nicopolis ù celui d'Erlau, reçut, ainsi que Kuru-Beg, l'ordre de marcher sur Buczin. Le gouverneur de Diarbekr, Kara-Mohammed - Pascha , dut conduire l'avant -garde ; le commandement de l'arrière - garde fut donné au gouverneur de Damas Hasim-Pascha. Le premier fut détaché avec Chalil- Pascha, beglerbeg de Siwas, trois mille janitschares et cinq cents dschebedschis contre Weszprim, dont il se saisit heureusement. Les habitants de Stuhlweiszenburg, les ulémas à leur tête, représentèrent au grand vesir, qu'il valait mieux raser Weszprim que de l'occuper ; mais Kara-Mustafa , loin de se rendre à leurs raisons, laissa quatre cents hommes de garnison dans la place. Des députés de Zriny i et de Batthyanyi , étant venus apporter la soumission de ces puissants magnats, reçurent un gracieux accueil. A Stuhlweiszenburg parut le chan de Krimée Murad-Girai avec ses deux fils; on lui rendit les honneurs accoutumés. Dans un conseil de guerre où assista le prince tatare la marche sur Vienne fut résolue. Ensuite

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