‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 104 sur 384 · LIVRE LVII · texte numérisé non relu

LIVRE LVII

ces deux ouvrages. Dans la naît da ik au 15 les travaux des tranchées furent ouverts sur les trois points par lesquels la ville impériale pouvait être embrassée. Au centre, en face du ravelin dont il vient d'être parlé, le grand vesir lui-même prit position avec l'aga et le premier lieutenant-général des janitschares et les troupes de Rumili , le beglerbeg Kutschuk-Hasan-Pascha. A droite contre le bastion du château, furent établis les gouverneurs dcDiarbekr, Kara-Mohammed-Pascha, d*Alep, Ebubekr - Pascha , et d'Anatoli, Ahmed-Pascha, avec le troisième lieutenantgénéral des janitschares, le saghardschibaschi. A gauche, vis-à-vis du bastion du Lion , se logèrent le gouverneur de Temesvar, Ahmed-Pascha , le beglerbeg de Siwas, Chalil-Pascha , celui de Karamanie , et le second lieutenant des janitschares, 1c ssamszundschi-baschi. Ce jour-là môme peu s'en fallut qu'un accident ne fît réduire la ville en cendres. Le feu, ayant pris à la cour des Écossais, dévora les palais de Traun, d'Auersperg et de Palffy, menaça l'arsenal et le magasin à poudre près de la porte Neuve et delà tour Rouge; heureusement Guido de Stahrcmberg , jeune homme de vingt six ans, neveu du commandant de la ville , conservant sa présence d'esprit, fit démolir des bâtiments et couper la marche du feu, qui n'était plus qu'à une distance de quarante pas de dix-huit cents tonneaux de poudre. L'artillerie de la place était dirigée par le colonel Christophe de Bœrner de Mccklenburg , le lieutenant-colonel Gschwind , dont l'aïeul s'était signalé au temps du premier siège parmi les Carinthiens; les capitaines Wcidlinger, un gentilhomme bohémien, les Salons Micd et Zimmerma'nn , le Danois Cressel , elle Viennois Guillaume Jemagne(l). Lo 16 juillet le gouverneur d'Adana , Eszeid- Mohammed-Pascha, à la tête de ses troupes, le snndschakbeg d'Hamid-Hasan avec ses *o!dats et ceux d'Égypte , le sandschakbeg de Ssaruchan ou de Magnesia, Ahmed-Pascha, celui de Nicopolis, Ali Pascha, furent détachés à la poursuite du corps d'armée du prince de Lorraine , qui évacuait la cité

(l) Vœkcm . p. M , et Histoire des troubles do Hongrie , p. 58,

Léopold et se transportait au-delà du Danube avec dix régiments de cuirassiers, cinq de dragons , trois de Croates , et les Polonais conduits par le prince Lubomirski. Le mouvement de retraite n'était pas encore entièrement opéré*, quand les Turcs, passant le Danube, en vinrent aux mains avec l'arrière-garde du prince de Lorraine. Le combat dura trois heures, les Turcs firent quatre cents prisonniers et rapportèrent au camp deux cents têtes. Le général Schulz, qui couvrait la retraite , parvint toutefois à détruire le grand pont du Danube. Ensuite toute la cité Léopold fut livrée aux flammes. Les assiégeants travaillaient continuellement À disposer leur artillerie. Peu à peu dix batteries se dressèrent contre les deux bastions menacés et le ravelin , et deux autres dans la cité Léopold. Dans la ville on éleva des contre-batteries qui furent armées de trente pièces ou obusiers. Pour remédier à l'insuffisance de la garnison , l'on forma cinq corps des étudiants, des négociants, des officiers et des affranchis de cour, des teneurs de livres ou employés de la chambre. Toute sonnerie fut interdite ; le signal d'alarme devait être donné par la grosse cloche de Saint-Êticnne ; au premier tintement les soldats devaient courir sur les remparts, les bourgeois se réunir dans la cour; les étudiants dans la Freyung, les marchands et les employés sur le marché Neuf.

Le camp turc enserrait la ville et les faubourgs dans un immense demi-cercle , qui , partant de la rive droite du Danube , de la Schwechat et du nouvel édifice, et, passant par Vœsendorf et Inzersdorf , Schœnbrunn, Hiezing et Ottakrtng, Herrnals, Wœhringet Dœbllng, se prolongeait jusqu'à Ileiligenstadt etNuszdorf , et venait aboutir encore sur le bord du Danube, comprenant ainsi une étendue d'au moins sept lieues; en outre, les troupes dont il a déjà été question plus haut occupaient l'espace qui' s'étend depuis la maison de plaisance du Prater jusqu'à la chapelle de la prairie de Brigitte , à l'extrémité de laquelle un pont de bateaux rétablit la communication avec Nuszdorf. C'étaient les woiwodes de Valachie et de Moldavie qui se chargeaient de ces travaux comme de la disposition des routes. Le 2 août les Turcs firent descendre

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le canal du Danube à tous les bateaux trouvés à Kloslerneuburg et Nuszdorf , aûn de remplacer le pont incendié par un pont de bateaux qui facilitât les moyens de livrer l'assaut. Quelques volonlf ires de la milice urbaiuc enlevèrent ces embarcations et les amenèrent dans le canal de l'arsenal, ou les brûlèrent. L'artillerie des troupes autrichiennes, postées sur la rive gauche, empêcha la construction du grand pont que les Turcs voulaient entreprendre. Les eaux gonflées du fleuve emportèrent le pont de Nuszdorf , mais les Turcs le rétablirent bientôt. Les travaux des assiégeants contre les bastions du Château et du Lion , et le ravelin, se poursuivaient toujours ; les batteries établies sur ces points faisaient un feu continuel , ainsi que les pièces dressées dans la cité Léopold contre le rempart appuyé à la tour Rouge. Comme on n'avait pas pleine confiance aux six mille Valaqueset Moldaves postés de ce côté, les paschas de Magnesia et de Bosnie étaient chargés de les surveiller. La porte de la tour Kouge , celles du château et des Écossais avaient été murées dès le commencement du siège ; toutes le furent ensuite , à l'exception de la Smbenthor. Le dixième jour du siège éclatèrent les premières mines pratiquées à l'extrémité des contrescarpes des bastions du Lion et du Château. Dans tout le cours du siège les assiégeants ne firent jouer que quarante mines et les assiégés dix contremines; mais en revanche les sorties et les assauts, les progrès continuelles des tranchées, les efforts des assiégés pour y opposer d'autres travaux de terrassement, donnèrent lieu à des engagements de tous les instants, où la valeur et l'acharnement se signalèrent de part et d'autre. Les Ottomans assaillirent dix-huit fois les remparts ; les Autrichiens attaquèrent vingt-quatre fois les assiégeants. Durant cette lutte désespérée, qui se prolongea soixante jours , les assiégés ne reçurent que sept fois des nouvelles de l'armée impériale. Le septième jour du siège un marinier traversa le fleuve à la nage , pour leur apporter un message du camp du duc de Lorraine. Puis vint Jacques Haider, serviteur du résident impérial de Khuniz, retenu captif dans le camp turc , tandis que l'internonce, comte deCaprara, avait été en-

voyé sous bonne escorte à Tuln. Ce même homme fit encore le trajet de la ville au camp et du camp à la ville; cette môme tâche fut remplie par le lieutenant Gregoroviz , et enfin par le Polonais Georges-François Koltschitzky de Szombor, ancien interprète de la compagnie de commerce de l'Orient, qui se présenta au camp des Ottomans en chantant des chansons turques avec son domestique , le traversa , y revint ou bout de trois jours , et fit répéter deux fois avec succès cette redoutable expérience par son brave serviteur. En récompense de tels services l'interprète obtint, après la délivrance de Vienne, la faculté d'ouvrir le premier café dans cette ville ; car la quantité de caré trouvé dans le camp turc en fit introduire l'usage dans la capitale de l'Autriche. La lettre du duc de Lorraine apportée par Koltschitzky annonçait au comte de Stahremberg l'arrivée des troupes impériales, l'approche du roi de Pologne, la prise de Presburg et les deux victoires remportées sur Tœkœli. Un avis en chiffres, adressé au duc de Lorraine, était tombé entre les mains du grand vesir, qui le fit lancer au moyen d'une flèche dans le ravelin, après y avoir fait ajouter quelques lignes où il disait a qu'il n'était pas besoin d'écrire eu* chiffres; que le mauvais état de la ville était assez connu ; que si la bourgeoisie ne voulait pas se confier à la clémence du grand vesir, elle éprouverait bientôt les effets de la colère divine. * Mais ces menaces n'obtinrent pas même de réponse. Maintenant la tranchée avançait lentement parce que les Turcs voulaient travailler en sûreté et avec toute la commodité convenable. On protégeait les terrassiers et les soldats contre les boulets et les grenades ; on creusait pour les paschas et les sandschakbegs des chambres souterraines que l'on garnissait de sofas et de tapis, que l'on ornait d'images de saints enlevés aux églises. Le dix-huitième jour du siège les Turcs avaient poussé enfin les tranchées jusqu'à la contrescarpe , où ils en vinrent aux mains avec les assiégés. Le lendemain k août , les Musulmans , diriges par des renégats et des Hongrois rebelles, lancèrent des bombes particulièrement sur Saint-Élienne et l'église des Capucins; leurs projectiles causèrent plus d'effroi que de

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