‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 105 sur 384 · LIVRE LV1I · texte numérisé non relu

LIVRE LV1I

mal ; n'ayant plus de boulets . ils chargèrent leurs canons de pommeaux dVpée , de clous et de pierres. Dans la nuit même ils s'élancèrent à la pointe de la contrescarpe du ravelin sous une grêle de balles, de javelots et de flèches empoisonnées; là trois barons de Lottulinsky déployèrent un courage héroïque; deux périrent sur le champ d'honneur ; le troisième fut grièvement blessé. Le 15 août les Ottomans s'étaient logés au rebord du bastion du Lion ; les assiégés travaillèrent avec la plus grande ardeur à garnir de nouveaux ouvrages de défense ce bastion et celui du Château. Le 17, l'eunuque noir, trésorier Ali , apporta au grand vesir un chatti-schérif rempli d'éloges et de riches présents. Le 20, mille Tatares sortirent du camp pour aller au secours de Tœkœli. Les comtes Drascovich , Nadasdy et Zichy, vinrent au camp turc où ils jouèrent le même rôle que jadis leurs compatriotes Vardai , Athinai et Pereny au temps du premier siège. Le jeune Zrinyi, beau-frère de Tœkœli, avait été pris à la tête des Tatares dont il dirigeait les dévastations sur l'Enns, et emmené au château de Rottenburg dans le Tyrol. Le quarantième jour du siège, la troisième partie du ravelin fut enlevée. Mais dès ce moment le courage des assiégeants commença à faiblir, parce que, suivant les coutumes militaires des Turcs, nul siège ne doit durer au-delà de quarante jours. Des milliers de moslims avaient déjà péri dans les assauts et les sorties; le beglerbeg de Romili , kutschuk-Hasan , avait été tué par un boulet dans la tranchée devant le ravelin , et sa place conférée à Choschsade-Uasan- Pascha , resté à Altenburg. Le compagnon inséparable de l'aga des janitschares ftlustafa- Pascha , le poète Besmi , avait été blessé au pied d'un éclat de bombe; le defterdar Ahmcd-Pascha était mort naturellement. Le 31 août, les Égyptiens, sous les ordres du gouverneur d'Alep, abandonnèrent la tranchée de l'aile droite devant le bastion du Château. Les prédications mêmes du grand scheich Wani, qui s'était rendu sous les murs de Vienne, ne purent ranimer les moslims ; elles purent à peine déterminer les janitschares à rester encore quelques jour*. Des mines éclatèrent , des sorties furent repoussées, des assauts furent tentés, |

mais tout cela sans résultat décisif. Le 3 septembre, les Turcs se trouvèrent maîtres du ravelin du château, défendu par les chrétiens avec tant d'intrépidité , où des milliers de musulmans avaient trouvé la mort. Les assiégeants s'y retranchèrent aussitôt, et, dans la nuit même , ils établirent en ce lieu deux canons et deux mortiers, avec lesquels ils battirent maintenant en brèche le bastion du Château. Le lendemain ils firent jouer une grande mine contre cet ouvrage , auquel trois à quatre mille hommes livrèrent l'assaut durant une heure et demie ; ils y plantèrent même une bannière , mais ne purent se maintenir contre îe feu de la grosse artillerie des assiégés , qui les prenait par le flanc. La brèche fut bien vite comblée avec des tonneaux et des sacs de sable, retenus avec des pieux. Le serviteur d'un médecin arménien, ayant apporté de la ville une lettre où il était dit qu'il n'y avait plus que cinq mille soldats dans la ville, que le désaccord régnait entre les militaires et les bourgeois , que le commandant était dans le plus grand embarras , le grand vesir sentit se ranimer son ardeur et résolut une nouvelle attaque. L'assaut fut livré durant vingt-quatre heures au bastion du château, afin de reconquérir la position enlevée et perdue la veille; mais les balles, les coups de massues armées de pointes de fer pouvaient sur les assaillants, qui roulèrent en bas des remparts. Le lendemain G septembre une suite de mines fit explosion sous le bastion du Lion , et renversa le mur sur un espace de six toises. Aussitôt plusieurs milliers de Turcs s'élancèrent ; mais les défenseurs de ce poste opposèrent un obstacle infranchissable. Là périrent le comte Starhemberg et le comte Horazio Sicco de Padoue. Le 7, le grand vesir passa en revue son armée réduite d'un quart.

Le 9 le camp fut levé et transporté du côté de la forêt de Dornbach et du Calenberg; l'on marchait en ordre de bataille, car l'on avait appris l'approche de l'armée chrétienne ; les quartiers établis près de la tour du Chien et de Gumpendorf forent transférés au côteau de Vienne , ceux de Prêter également au Calenberg. Le lendemain les Polonais et les Bavarois se dirigeant vers Klosterneuburg passèrent par Kœnlg-

stetten , Saint-André , les vallées d'Hagen et de Kirliug, et firent leur jonction avec les impériaux et les Suons, qui s'étaient avancés vers le Danube par Hœflein. Le 11, les chrétiens gravirent la montagne d'où ils devaient anéantir les Ottomans. A la nuit se présenta un cavalier qui avait traversé le Danube à la nage pour apporter ce billet laconique de Slahremberg au duc de Lorraine : « Il n'y a pas un moment à perdre , monseigneur, pas un moment. » Au même instant des fusées lancées de la tour de Saint-Etienne annonçaient l'extrême détresse de la ville. Un bouquet d'arti6ce du haut du mont Hermnnn répondit à ce signal , et trois coups de canon du bastion de Melk déclarèrent que Vienne attendait sa délivrance. Sur le Calenberg Sobieski écrivit dans la nuit a la reine, sa chère Mariette, une lettre pleine d'expressions de tendresse ; il n'oublia pas non plus d'y peindre l'état de l'armée et la négligence de l'ennemi : « Les Turcs , ditil, n'ont rien Tait jusqu'alors, sinon de lancer une cinquantaine de leurs escadrons avec quelques milliers de janitschares contre notre aile gauche, où commandent le prince de Lorraine et l'électeur de Saxe au couvent des Camaldules. Les Turcs paraissent vouloir défendre le chemin creux , j'y cours ; il me faut donc terminer cette lettre. » Le dimanche 12 septembre , aux premiers rayons d'un beau jour d'automne , le saint prêtre Marco d'Aviano célébra la messe sur l'autel de Leopoldsberg , et le roi de Pologne servit l'officiant pendant le sacrifice. Sobieski fit ensuite agenouiller son fils , et l'arma chevalier en souvenir de cette grande journée à laquelle il allait assister ; puis, se tournant vers ses officiers , il leur rappela en quelques mots la victoire de Chocira, en ajoutant que le triomphe qu'ils allaient remporter sous les murs de Vienne ne sauverait pas seulement une ville, mais la chrétienté. Cinq coups de canon donnèrent le signal de la bataille. Sobieski et sous lui le grand hetman Jablonowski commandaient l'aile droite, qoi , franchissant les hauteurs au-delà du Kogel, déboucha près de Neustift et de Dornbach ; en tète marchaient les nobles polonais Seniawski , Leszinski , Lanckoronski , Potocki , Rzewuski; l'aile gauche qui s'avançait sur

Nuszdorf était dirigée par le duc de Lorraine qui avait sous lui les deux markgrafs Herman.et Louis de Baden, les généraux comtes Caprara et Leslie , le prince de Salm , deux ducs de Croy , le prince de Lubomirfky, les majors-généraux comtes Mercy et Taaffe. Parmi les trente-trois princes rangés sous la bannière du duc de Lorraine se trouvait Eugène de Savoie, alors âgé de dix-neuf ans ; au centre les électeurs de Bavière et de Saxe, tous les frères de l'impératrice, Jean- Guillaume, Charles-Philippe, Louis- Antoine , Alexandre-Sigismond et François- Louis, sous les ordres du prince souverain de Bavière , Maximilien Emmanuel. Les troupes bavaroises, saxonnes et franconiennes avaient pour chefs les ducs d'Eisenach-Weiszenfels, Saxe-Lauenburg, Brunswick-Luneburg, Wurtemberg, tiolstein , Pfalzneuburg. Ou voyait encore sous les étendards opposés au croissant les princes de Baireuth et Waldeck , les feld-maréchaux Golz , Flemmingen , Rabatte , Dunewald ; les lieutenants feld-maréchaux barons de Lcihe et Degenfeld, les quartiers-maîtres généraux Bannau, Steinau, Thungen, Kunpel et Munster ; les majors-généraux Gondola et Paliïy. L'armée , formée sur trois lignes, brûlait d'en venir aux mains avec les musulmans. L'attaque commença par l'aile gauche , où les chemins creux de Nuszdorf et de Heiligenstadt furent défendus par les janitschares. A la première charge le duc de Croy fut blessé, son frère Maurice tué. Le grand vesir voyant les janitschares plier se porta au centre , tandis que son kiaja des tranchées canonnait la place sans suspendre le feu. Les Autrichiens et les Saxons gagnèrent du terrain pied à pied, enlevèrent le chemin creui d'Heiligenstadt, et parvinrent à Dcebling, où le noyau des janitschares , avec dix canons, s'était jeté dans les gorges sablonneuses appelées encore aujourd'hui les Redoutes des Turcs. A deux heures de l'aprèsmidi le centre, où se trouvaient les Bavarois et les Franconiens, n'avait pas encore donné. En ce moment les Polonais sortirent des bois de Dornbach et s'élancèrent sur l'ennemi. Parmi les braves guerriers tombés dans celte charge furieuse ils eurent à regretter surtout Stanislas Potocki , Maçxioski et l'intrépide Montreoski, déjà signalé par la victoire

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