LIVRE LVIII
RETRAITE ET EXÉCUTION DE KARA-MGSTAFA. — LES TURCS EN STYRIE. — LES COSAQUES EN BESSARABIE. — LE REIS-EFENDI PENDU. — LE DEFTERDAR ÉTRANGLÉ. — LE CHAN DE KRIMÉB CHANGÉ. — CHUTE DE W1SSEGRAD , WAIZEN , UAHSABEG. — BATAILLE D'HAMSA- BEG. — LEVÉB DES SIEGES D'OFEN ET DE CAM1NIEC. — LA SAINTE LIGUE. — LES VÉnitiens font la conquête de santa-maura bt db prevesa. — conduite tenue a l'égard des capitaines de la flottb ottomane, des envoyés de francs, de russie, de transylvanie. —ouverture db la campagne en dalmat1b. — délivrance
DB GRAN. — CONQUÊTE DB NEUHiEUSEL. — IRRUPTIONS EN CROATIE. — NO VIGR AD, WIS- SEGRAD, WAIZEN INCENDIÉS. — TOBKOELI, SCHERBAN BT DEM ET RI US CANTACUZÈNE. — CANTEMIB. — AMBASSADE FRANÇAISE. — MISSION RUSSE. — MORT DE WANI. — EXÉCUTION DE SCHEIT A N-IBR A H IM . — DÉPOSITION DB KARA- IBRAHIM. — SUI.ElMAN GRAND VESIR.
— SON CARACTÈRE BT SON ADMINISTRATION. — SIÈGE D'OFEN. — PRÉPARATIFS DE CAM- PAGNE. — EXILS. — DÉFAITE A MOHACZ. — PERTE DE CHATEAUX EN CROATIE ET EN SCLAVON1B.— SOBIESK.I EN MOLDAVIE. — PRISE DE CORON, ZBBMATA , CALAMATA, CHI- LAFA, PASSA VA, GOM1NIZZA, NAVARIN, MODON , NAUPLIA, ARCADIA , THERMIS, SIGN, CASTBLNUOVO, PATRAS, LBPANTB, CASTBL-TORNBSB , CORINTHB, MISISTRA BT ATHÈNES.
— SOULÈVEMENT DANS LE CAMP. — DÉPOSITION DU GRAND VESIR SPLEIMAN. — SIAWUSCH GRAND VBS1R. — MOHAMMED IV EST DÉTRÔNÉ.
Si la délivrance de Vienne a laissé un glo- *:f.ux souvenir de la valeur chrétienne , si le siège n donné un témoignage de la constance intrépide de la garnison et des habitants ; ces faits si grands , si éclatants , dénotaient en même temps la convoitise et l'orgueil de Kara - Mustafa , ainsi que son incapacité militaire. Par avarice et pour n'entrer en partage avec personne dans les trésors de la ville, il ne voulut pas la livrer au pillage de l'armée, et, au lieu de tenter de l'emporter par un assaut général , il visa toujours à s'en rendre maître par capitulation. Par orgueil il dédaigna de s'informer de ce qui se passait derrière le Calenberg. H ignorait complètement que les forces dont les mouvements devaient opérer la délivrance de Vienne , attendues pendant deux mortels mois , étaient réduites à un mauvais pont de bateaux pour passer le fleuve ,
TOJI. III.
qu'elles manœuvraient dans un autre sens , que de longues colonnes traversaient la vallée deHagen, Kirling et Weidling, en tendant à se concentrer , et qu'elles gravissaient sans obstacle le Calenberg sur ses derrières. Dans le moment même où les chrétiens marchaient contre Tuln et Kœm'gstetten , la ville était perdue si un assaut vigoureux avait été tenté. Maintenant précipitant sa faite vers Raab , la sainte bannière à la main (1), Kara-Mustafa vit se dissiper ses rêves orgueilleux qui fondaient dans l'occident un empire musulman , ayant Vienne (2) pour capitale, où lui-même régnerait- en sultan. En arrivant à Raab , il donna un libre cours à sa colère, en accablaut de reproches le gouverneur d'Ofen, Ibrahim-Pascha, qui.
(\) Cantriv.ir, lxvviii.— (2) Ibid. iaiv.
dans la grande bataille en vue de Vienne, avait été le premier à prendre la faite, a Toi, lui dit-il, vesir blanchi an service de la Porte, par ressentiment personnel ta as entraîné les fuyards et tu as été la première cause de lu défaite; tu vas en porter la peine ; » (1) et aussitôt il le livra au t>ihausch-baschi,qui le mita mort. Le lendemain dans le camp devant Raab , le grand vesir opéra des mutations dans les gouvernements. Le commandement d'Ofen , vacant par la mort d'Ibrahim , fut donné à Kara-Mohammed , et le gouvernement de Diarbekr qu'il quittait passa au précédent gouverneur d'Erserum , lbrahim-Pascha ; le silihdar Husein- Pascha fut envoyé à Erserum. Après une halte de trois jours devant Raab, Kara-Mustafa ordonna de faire sauter les ouvrages de Tata , et fit poursuivre la marche sur Ofen. Les dévastations des Turcs avaient encore été cette fois , comme au temps du siège sous Suleiman, détournées des frontières de Styrie par la vaillante landwehr de l'Autriche supérieure. Les gens de Lilienfeld, qui avaient repoussé deux assauts de leur couvent, sortirent avec trois cents tirailleurs pour expulser de Klcinzell les Ta tares retirés en ce lieu avec leur butin, comme dans un repaire; ils y parvinrent avec l'aide des paysans de Hohcnberg; deux cents esclaves chrétiens furent délivrés par les vainqueurs , qui rentrèrent en triomphe à Lilienfeld avec dix-huit tôles de Turcs, portées au bout des lances comme des tro- -, '.«-es. Le prélat Mathieu Kahlweis, ayant jcçu (le la poudre du prélat de Saint-Lambert, nu nom des états styriens » plus un secours <ie deux régiments de dragons pour la défende de Lilienfeld, boulevard de la Styrie en Autriche, préserva heureusement la haute Styrie des Turcs. Mais les Musulmans qui avaient concentré des forces à Saint-Gotthard ri *,œssing, pénétrèrent de Friedberg et de Hartberg par la belle vallée de Keistriz dans la basse Styrie, et entraînèrent hommes e'. troupeaux ; des fruits de cette expédition, ils vendirent sept cents esclaves à Kanischa seulement (-2). Ils campèrent à six heures de Grau sur la Raab, franchirent cette rivière.
(V) Raschid, 1 .i, fol. 108.
(2\ Feigius. dan» l'Adlcrschwung , p. 412.
saccagèrent Limbach , Neuhaus , Fehring et la fertile vallée de la Raab. A Gratz fut convoquée la landwehr, qui forma trois mille hommes- Le comte d'Herberstein occupa la Mur. A Wildon se réunirent des troupes auxiliaires de Carinthie et de la Carniole; ces dernières étaient commandées par l'historien Valvasor , qui voulait préserver Furstenfeld et Radkersburg. Valvasor répartit ses hommes entre Burgau, Neidau , Hohenbruck, Rittengrab, Kapfenstein, Bertholdstein et Hainfeld , délicieux château situé sur la Raab , dont le possesseur , le comte de Purgstall, en récompense des services rendus à sa patrie par l'élévation à ses frais d'une forteresse en ce lieu , fut nommé colonel par l'empereur Léopold. Le comte de Diclrichstcin , accouru avec les cuirassiers du régiment de Metternich pour soutenir Valvasor, battit les Turcs près de Klech, au nord de Radkersburg . en tua trois cents, les poursuivit au-delà de la Raab, plus loin môme que Riegersburg , cette forteresse imprenable qui renferme des champs de blé et des vignobles dans son enceinte, et dont les Turcs ne tentèrent jamais le siège durant leur domination en Hongrie.
Le roi de Pologne et le duc de Lorraine descendirent le long du Danube, jusqu'à Gran , en vue de Parkany , située de l'autre côté du fleuve et que les Turcs nomment Dschigerdilen (qui perce le cœur). En se dirigeant de Komorn sur ce point, les Polonais attirés au moyen d'un troupeau de bœufs dans une embuscade dressée par les Turcs au milieu d'un bois, prirent deux mille hommes qui furent taillés en pièces ; le roi et le prince royal coururent le plus grand danger, et n'échappèrent à la captivité que grâce à l'arrivée du comte Dunewald. envoyé à leur secours par le duc de Lorraine [7 octobre]. Maintenant neuf mille cavaliers, dix-huit compagnies à pied, chacune de quatre cents hommes, marchèrent à l'aile droite, où se tenaient aussi les Polonais sous le markgraf de Baden , avec Mercy et Gondola ; à la gauche étaient le duc de Lorraine et Dunewald , avec Palffy et TaafTe ; Stahremberg et le duc de Croy commandaient l'infanterie (V. Les Polonais étaient divisés en
(1) Wagner, hisl. Leop. I. î , p. 653.