‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 114 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

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avec une solde de 3 aspres par jour ; et comme les deux dernières campagnes avaient jeté un grand désordre dans les chancelleries des frontières, qui, devant assurer le paiement des troupes de ces cantons , se trouvaient hors d'état de suffire à la solde des corps d'Ofen , de Kanischa , Jenœ , Erlau et Neuhœusel , le trésor public vint à leur aide en leur avançant 600 bourses. Pour l'approvisionnement si important de Neuhacusel, le nureddin des Tatares dut fournir douze mille kilos sur les grains achetés à Erlau , et l'on remit encore au roi des Kruczes, Emerich Tœkœli, 50,000 piastres pour qu'il se procurât dix mille boisseaux de blé et la même quantité d'orge. A Belgrad étaient accumulées des munitions de guerre pour une armée de vingt mille hommes pendant sept ans ; on y comptait six cent quarante canons (1 ). On attendait d'Alger , de Tunis et de Tripoli , pour le printemps, vingt-cinq vaisseaux de guerre (2.) Le chan tatare seul s'excusa de ne pouvoir envoyer que deux mille cavaliers, au lieu de dix mille qu'on lui demandait , parce qu'il avait besoin de forces considérables pour les opposer aux Cosaques et aux Polonais (3) . On renouvela les ordres adressés dans tout l'empire dès l'année précédente , pour que les champs fussent doublement ensemencés et que les wakfes laissés incultes fussent cédés à d'autres laboureurs. Le gouverneur de Damas , Ibrahim-Pascha, qui tardait à transporter ses levées en masse d'Asie en Europe , avait reçu du trésor un secours de 100 bourses ; comme les expéditions se firent encore avec lenteur, on accusa sa négligence , et à peine arrivé à Andrinople , il fut déposé et incarcéré ; son kiaja fut arrêté aussi et ne put obtenir sa liberté qu'en donnant 150 bourses. Tous les équipages du gouverneur , ses tentes et ses baraques militaires , ses chevaux et ses mules furent inventoriés et remis plus tard à Schahin-Aga , premier valet de chambre du sultan, uomméau commandement de Damas.

Pour la solde des équipages des dii-neuf

(1) Rela*. di CosUnlinopoli. Codex 893, p. SIS.

(2) Cod. 88S. p. 24, 21 febr. 1685.

(S) Rel. di CoManlinop. Codex 88», p. 228.

vaisseaux de guerre, des quinze galères nouvellement construites et de la garnison d'Assov, le trésor privé du sultan avança 1,W7 bourses. Les commandants de Candie et de Caminiec furent changés. A la place de Mohammed-Pascha , blessé d'un coup de canon , Biiklu-Mustafa-Pascha fut envoyé i Caminiec, et Ahmed-Pascha Burunsis, déposé pour ses iniquités, fut remplacé à Candie par le rusnamedschi Feid-Mustafa-Efendi.

Le sandschakbeg de Boli , Ferhadsade- Ahmed- Pascha, dont les extorsions avaient soulevé de nombreuses plaintes , fut arrêté à Andrinople , comme il entrait avec ses troupes , et aussitôt exécuté en présence du sultan.

Les Ottomans accoutumés jusqu'alors à prendre l'offensive et à envelopper les cités ennemies, s'occupèrent maintenant d'opposer à la fois de la résistance à la Pologne , à Venise et à l'empereur , et de défendre l'empire avec trois armées; l'histoire de la sainte ligue nous la montre attaquant les Ottomans sur quatre points, du côté de la Pologne, de la Hongrie, de la Dalmatie et de la Morée. Jusqu'alors la Russie avait été retenue au moyen de manœuvres diplomatiques. Des tschauschs envoyés l'année précédente à Moscou et en Perse essayèrent d'affermir la paix (1). Le résident polonais Proski, traîné jusque sous les murs de Vienne, puis mis en liberté, fut mandé devant le grand vesir, et d'après ses conseils une lettre contenant des propositions pacifiques fut adressée par un tschausch à Zolkiew, au roi de Pologne, dont les dispositions pouvaient donner quelques espérances , attendu que Tannée précédente, après avoir inutilement assiégé Chocim et tenté vainement de passer le Dniester, il avait été réduit à se retirer (2). La lettre resta sans réponse ; Proski fut envoyé à Isakdschi, auprès deSuleiman-Pascha , serasker contre la Podolie.

Le 21 mars 1685, le nouveau provveditore de Dalmatie, Pietro Valiero, ouvrit la campagne en Dalmatie en menant sept mille Morlaques et six cents fantassins vénitiens

(1) Beregani, bbioria délie guerre tTEuropa, l.i, p. 232.

(2) Garxoni. hisloria délia repnbl. di Veneiia, p. 74 et 75.

sous les mars de Sign. Le pascha de Bosnie, avec les troupes de 1'Herzegovina et de Corbavie , s'avança au secours de la place. Les Mortaqucs furent battus , Valicro se vit réduit à lever le siège en abandonnant ses trois mortiers. Outre les Morlaques, anciens sujets de la Porte, les Vénitiens avaient encore poussé à des mouvements hostiles les habitants de Maina et ceux du mont Chimarra ; avec ces trois peuplades chrétiennes montagnardes, la république porta de rudes coups à l'empire ottoman , qui sentit ainsi déchirer ses entrailles. Les Mainotes, impatients du joug appesanti par les forts élevés sous Ahraed-Kœprili , le secouèrent et attaquèrent Siawusch-Pascha , gouverneur de Morée , qui marchait contre eux avec dix mille hommes : les Turcs fureut défaits et laissèrent deux mille morts sur le champ de bataille (1). Les Ghiroarriotes, fatigués des exactions dont on les accablait, tuèrent leurs oppresseurs dont ils envoyèrent les têtes aux Vénitiens : la république les encouragea et leur adressa des présents avec des promosses de secours (2). De leur côté les Turcs armèrent les marins des rochers Acrocérauniens , les corsaires de Dolcigno et de Castelnuovo , qui débarquèrent sur les îles du canal de Corzola etNarenta. et enlevèrent des esclaves (3). Dans l'Ile d'Opus, formée par la Narenta, le provveditore Valiero avait élevé des ouvrages de fortification l'aimée précédente. A deux milles au nord de cette île s'élève la tour de Norin , éloignée de cinq milles encore de Ci dut, résidence de l'aga turc. Valerio s'était emparé de la tour de Norin, et au moyen de ce poste et des ouvrages d'Opus il gênait les mouvements de l'aga de Ciclut (4). A Mana aussi , à vingt-quatre milles au sud de Zara , et à Ostroviz , à cinquante milles plus avant dans les terres, furent élevées des fortifications. Les Morlaques enlevèrent huit cent six chevaux et plus de cent cinquante têtes de bétail , et entraînèrent comme esclaves autant d'habitants du territoire de Zappa, désolé par l'incendie (5;.

(i) Bercgani . I. i . p. 274.

<2) lbid. p. 27».

(3) lbid. p. 2C0.

(4) lbid. p. 248.

(5) Boclhius, I. ii , p. 64.

En llongrie, pendant l'hiver, les Tara avaient obtenu quelques avantages et enlevé du butin; mille Tatares, pénétrant dans l'île de Saint-André , située au-dessus d'Ofen , où étaient établis les hôpitaux des impériaux, avaient haché neuf cents malades et enlevé cinq cents soldats chargés de la garde des bagages (1). Dans l'île de Sainte-Marguerite, à un mille au-dessus d'Ofen , ils avaient surpris environ mille hommes dispersés sur une surface de sept milles, les voitures des malades et les bagages'du comte Piccolomini. Waizen même retomba au pouvoir des Turcs, qui parurent sous les remparts au nombre de cinq cents tout au plus, tirés des places d'Ofen, Erlau et Novigrad; la garnison, quoique bien supérieure , évacua la place, soit par suite d'intelligences entre les Hongrois et les Ottomans, soit par la faute du commandant Boserzki. La garnison, qni se retirait, fut en grande partie taillée en pièces; sa lâcheté offrait aux Turcs une trop belle occasion de venger la violation delà capitulation de Verovitz, dont les Croates s'étaient rendus coupables l'année précédente (2). Maintenant les troupes postées dans Verovitz coupèrent aux Turcs les communications avec Kanischa , et le général Ucisler empêcha la plupart des convois d'arriver à Neulueusel, de sorte qu'une extrême disette de vivres se fit sentir dans cette place, et la garnison s'agita. Après que S/oInok et Szarvas furent tombés entre les mains d'Heisler, les troupes de ce général en vinrent aux mains avec celles d'Ismaïl-Pascha, bcglerbeg de Kumili : les Turcs sahirent quelque butin , mais Israaïl n'en fut pas moins réduit à se replier surTemesvar(3). Heisler échoua dans son projet de surprendre Szcgedin, et plus tard Waizen (4). Les Turcs ne furent pas plus heureux dans leurs tentatives sur Raab et Wissegrad : ils cartonnèrent cette dernière place durant onze jours, puis brûlèrent ses faubourgs ainsi qu'Heisler avait fuit devant Waizen. Ce fut seulement vers le

(!) Guerre des Turcs et triomphe de* ehr{ticn«, p. 68.

(2) Roeihius, I. i, p. J.M.

(3) Rascbid, t. i, loi. il y.

(4) lbid. et Bovthius, I. w. p. 27.

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