‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 115 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

milieu do mois de juillet que l'armée impériale commença ses grandes opérations ; l'armée torque se mit en mouvement quinze jours plus tard encore. Les forces chrétiennes agirent dans cette campagne en trois corps : le premier en Hongrie, sous les ordres du duc de Lorraine, réunissait cinquante mille hommes ; le second, commandé par le comte Leslie, en comprenait trente raille sur les frontières de Croatie et de Styrie; le troisième, dirigé par le lieutenant feld-maréchal Schulz , présentait une masse de vingt-cinq mille hommes dans la Haute- Hongrie. Le duc de Lorraine, après avoir fait mine de menacer Neograd, s'avança de Gran contre Neuhaeusel. Quelques jours avant son arrivée était mort le beglerbeg Hasan, long-temps la terreur de la frontière hongroise et surtout de la ville de Freystadt ; quelques instants avant d'expirer, il s'était dit en prenant sa barbe : « Je vois bien qu'il n'y a plus de succès à espérer contre les chrétiens. » Les travaux du siège furent poussés de deux côtés par le duc de Lorraine et par l'électeur de Bavière, ou plutôt par le général Sereni ; des troupes bavaroises et polonaises, commandées par le prince de Hanovre , des Franconiens sous le prince de Waldeck, des soldats de la Souabe et de Luneburg, partageaient les fatigues et la gloire du siège. Lorsque, le vingt-troisième jour du siège, tout était prêt pour l'assaut, le duc de Lorraine, voulant épargner l'effusion du sang, envoya un trompette et un interprète porter une sommation dans la place. Le commandant répondit que les clefs de Neuhœusel n'étaient pas en sa possession , mais bien entre les mains du pascha d'Ofen. Sept jours après arriva la nouvelle que le serasker Ibrahim- Pascha assiégeait Gran avec quatre mille hommes. En vertu d'ordres venus de Vienne , dixneuf mille hommes durent rester devant Neuhsusel, tandis que le duc de Lorraine marcherait avec le reste de l'armée au secours de Gran. Cette place était investie par le serasker, qui avait tracé une double ligne autour de ses murailles , et la canonnatt avec avec sept batteries. Le duc se mit en mouvement de Neuhaeusel , et le 16 août il attaqua le camp des Turcs : ceux-ci reconnaissaut l'immense supériorité de l'ennemi se

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retirèrent, en abandonnant une prodigieuse quantité de munitions.

Cependant à Neuhxusel les cinq batteries avaient été poussées jusqu'au fossé; alors elles foudroyèrent les remparts, et le 19 août l'assaut fut livré. Au milieu du combat, les assiégés arborèrent le drapeau blanc, mais les impériaux, emportés par la fureur , ne tinrent nul compte de ce signe de soumission et immolèrent tout ce qu'ils rencontraient , de sorte que , de trois mille hommes dont se composait la garnison , deux cents seulement survécurent. La tète du pascha, plantée sur une longue perche , fut exposée à la porte de Vienne ; quarante prisonniers chrétiens furent délivrés, les femmes et les enfants turcs vendus à des seigneurs impériaux. Les quatre-vingt-treize canons dont on s'empara venaient pour la plupart des Allemands; ils avaient été fondus sous Mfiximilien et Kodolphll, Ferdinand III et Jean Frédérick de Saxe.

Le plus magnifique trophée de Nenhœusel fut la grande bannière de la place : longue de dix-huit pieds et large de dix, elle ne pouvait être portée par aucun homme , et on l'avait fixée sur un piédestal. Elle était eu étoffe de soie verte du plus beau tissu , de la même couleur que le drapeau sacré du Prophète. Le markgraf de Baden en fit don aux Etats du cercle de Souabe. Si la perte de Neuhieusel avait jeté l'alarme dans la chrétienté vingt-deux ans auparavant , la reprise de celte ville remplit de joie toute l'Allemagne, la Pologne et l'Italie; il y eut des réjouissances à Nuremberg, Frankfort, fireslau. Stuttgard, Hamburg, Lubeck, Brussel, Naples(l). Le kislaraga employa les plus grands ménagements pour apprendre la chute de Neulurusel au sultan , qui s'en consola par la pensée qu'Ofen n'était pas encore assiégé (2). Le serasker Ibrahim envoya un de ses affidés, Ahmed-Tschelebi, porter au duc de Lorraine une lettre contenant des propositions pacifiques (3) ; il n'y fut point fait de

(1) Voyez la description de cr.s l/lcs dans Boetbius, !. il . p. 1 54 139.

(2) Relai. di Codant impoli. Cod. hi»t. prof. 883, p. 3 3S.

(S) Canlemir-Mob. IV, $113.

réponse, non plasqn'aux offres adressées en même temps à Vienne par Tœkœli. Tandis que l'armée de Hongrie se signalait devant Gran et devant Neuhœusel , celle de Croatie, sons les ordres de Leslie et d'Herberstein, cueillait aussi des lauriers. Joseph , comte d'Herberstein, général de Carlstadt, avec mille fantassins et trois cents cavaliers , pénétra dans la Licca et dans la Corbavie, emporta et rasa Wuniz [ 22 juillet 1685 ] , ravagea la vallée d'Udwina. De son côté, le comte Leslie avait marché pour surprendre Essek et brûler le grand pont : avec dix-sept cents cavaliers et deux mille Croates, il campa dans la plaine devant Essek , emporta d'assaut la ville fortifiée et mit le feu au pont de trois mille cents pas construit par Suleiman ; la partie seule de cet ouvrage, conduisant par le marais de ce côté de la Drau, fut dévorée par les flammes ; mais au-delà du fleuve , ce fut dans Essek même que l'incendie exerça ses ravages, et les troupes impériales furent saisies d'une terreur si subite que les Turcs l'attribuèrent à l'apparition du Prophète lui-même (1). Les garnisons turques de Costa noviz, Jesenoviz, Gradiska, qui étaient accourues, poursuivirent les Croates dans leur fuite précipitée (2). Un mois après , Leslie entreprit une autre expédition contre la Licca ; il ordonna aux colonels Orschitz et Purgstall de marcher sur le château de Gretenar, le brûla, campa sur la Liccavoda, investit Budak, capitale de la Licca, ravagea tous les alentours, s'avança ensuite sur Serbaz, dans la direction de Novi et de Ribnik, poussa jusqu'à Bellay, et revint ensuite à Carlstadt par Peruschin. Plus de quatre mille maisons avaient été réduites en cendres dans cette expédition. Le lieutenant feld-maréchal comte Palffy conquit Dubiza. Le ban de Croatie, comte Erdœdy, arrêté par le gonflement des eaux de l'Unna dans son plan d'attaque contre Krupa , se porta contre Belassena avec le comte Mathias Strasoldo , prit et abandonna cette place , brûla Ozazin, Mutinisa , Troczad , et revint à Carlstadt chargé de butin, après une expédition de douze jours (2). Dans la Haute-

(1) Cod. 883, p. 885, Bibliothèque de la cour impériale.

(2) Boelhius. I. h, p. 16*.

Hongrie les commandants turcs de Novigrad etdc Wissegrad firent sauter eux-mêmes les fortifications de leurs places en les abandonnant ; Waizen fut livré aux flammes. Le général Schulz ènleva Ungwar, Crasnahorka et Eperies à Tœkœli.

Tœkœli , roi de Transylvanie , Scherban et Démétrius Cantacuzène, woiwodes de Moldavie et de Valachie, s'étaient attiré tous trois le mécontentement du grand vesir. Déjà son prédécesseur, Kara-Mustafa, avait rejeté sur Tœkœli la faute de la triste issue du siège de Tienne ; maintenant Ibrahim lui attribua aussi les désastres des deux dernières campagnes. Le pascha de Wardeiu manda auprès de lui le roi des Kruczes, qui, sans défiance, s'y rendit avec sept mille cavaliers, fut aussitôt chargé de chaînes et emmené à Constantinople. Irrité de ce traitement envers son chef, Petrozzi livra Kaschau au feld-maréchal Caprara. Les deux Cantacuzènes devaient être déposés : Démétrius, woiwode de Moldavie, à cause de sa lourdeur d'esprit et de son inexpérience ; Scherban, prince de Valachie, parce que son caractère entreprenant l'avait rendu suspect. Le dernier parvint à calmer le grand vesir au moyen d'une somme d'argent ; quant à Démétrius, il lui fallut céder la place à Constantin Cantemir, fils de Théodore Cantemir, qui tirait son origine de la famille tatare Noghai de ce nom. Sous les woiwodes Ghika , Dabizaet Dukas, porte-glaive, puis commissaire et guide de l'armée turque dans l'expédition de Chocim , il fut confirmé dans ses emplois par Petreischik , successeur de Dukas sur le trône princier de Moldavie, puis nommé serdar de Moldavie. Reconnu en cette qualité par Dukas à son second avènement au pouvoir suprême, ensuite persécuté par Démétrius Cantacuzène, il avait fini par être nommé prince de Moldavie (1). Sa confirmation dans cette dignité lui avait coûté 220 bourses ou 100,000 piastres (2). Sobieski essaya d'ébranler la fidélité de Cantemir envers la Porte , et celui-ci représenta inutilement au roi qu'une invasion des Polonais en Moldavie resterait sans résultat tant qu'ils

(i) Cantemir-Moh. IV, nol. 85 Cod. 882, de la bibliothèque impériale. Mario 168*.

(î) Cod. 885. p. 345.

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