‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 129 sur 384 · LIVRE L1X · texte numérisé non relu

LIVRE L1X

dent grand vcsir Israail-Pascha. Le grand chambellan Hasan-Aga , expédié avec le diplôme et le kaflan d'honneur de serasker pour le gouverneur de Bclgrad, avait été arrêté par Jegen-Osmon, qui, se saisissant de ces deux insignes d'investiture, s'était mis en marche sur Belgrad afin de prendre le nouveau serasker et de le mettre à mort; en môme temps il avait expédié un message secret au sagardschi-baschi Osman, commandant des janitschares à Belgrad, qu'il voulait gagner. Hasan, informé de ces manœuvres, réunit les paschas et les officiers dans le diwan , leur exposa la situation des choses , et leur demanda s'ils voulaient lui prêter appui comme serasker ou soutenir les rebelles. Ils protestèrent de leur fldélité comme sujets du sultan, et assurèrent qu'ils ne voulaient obéir qu'au serasker. Hasan-Pascha flt apporter le koran , et tous jurèrent par le livre sacré. Néanmoins le serasker ne se confiait pas beaucoup dans leurs serments . car il savait que Jegen-Osman entretenait une correspondance secrète à Belgrad ; aussi fit-il embarquer tous ses bagages pour Widdin afin d'être prêt à tout événement. Alors parut le quartier-maître de Jegen-Osman, qui, à côté des trois queues de cheval de serasker, planta les étendards de son maître. Interpellé par Hasan-Pascha sur les motifs d'une telle bravade, il répondit qu'il avait suivi les ordres de Jegen-Osman. Bientôt après se montra le chef rebelle en personne à la tête de troupes brillantes ; les janitschares allèrent à sa rencontre et se rangèrent en haie pour le saluer. Hasan-Pascha s'enfuit sous la tente du sagardschi-baschi. Cet officier et les janitschares prièrent Jegen-Osman de préserver Hasan-Pascha de tout mauvais traitement. Le rebelle triomphant se rendit tout gonflé d'orgueil dans la tente où s'était réfugié son rival : «Vous êtes, lui dit- il en affectant une dignité gracieuse , vous êtes comme moi vesir de notre padischah , et je ne veux pas qu'il vous soit fait aucun mal. Transportez votre tente sur un autre point , et emmenez avec vous les gens de votre suite. j> Hasan-Pascha obéit, et, d'après un ordre de Jegen-Osman rendu l'après-midi, il partit pour Widd in. Jegen-Osman s'étant mis ainsi en possession du pouvoir de serasker, il fallut révoquer l'ordre d'armement de toute

la Buraili lancé contre lui ; on alla bien plus loin encore , les principaux tondis, ses complices, obtinrent des sandscliaks tels que ceux d'Akschehr, Ebkischchr, Siwas, et son ancien page Mustafa vit s'ouvrir les portes de la prison où il était renferme'. L'ex-defterdar Husein, sur l'intervention du précepteur du sultan , Arabsade-Abdulwchhab- Efendi , fut mis en liberté, et reçut le gouvernement de Baszra avec la dignité de vesir. Ilamazan-Efendi , qui venait d'occuper aussi le poste de defterdar, fut banni à Uadschioghlibasari, lieu de sa naissance , et ses fonctions passèrent à l'inspecteur des cuisines , Funduk-Mohammcd. L'écuyer du sultan, Elmas-Mohammed, sortit du sérail comme secrétaire pour la signature du sultan , en prenant le rang de beglerbeg de Bumili. Le beau-frère de Funduk-Efendi , Suleiraan- Efendi , obtint la place de baschi-bakikuli , employé de la chancellerie ou agent du trésor ; Husein-Aga , son prédécesseur , était parti pour l'Asie-Mineure , revêtu de la dignité de gouverneur de Meraasch pour faire rentrer des arrérages de fermages et des sommes en retard dues par les woiwodcs turkmans. L'on changea l'aga des janitschares et le kulkiaja, qui n'étaient pas en état de contenir leurs troupes ; l'aga Uasan fut nommé gouverneur deWan ; le kulkiaja Mustafa, auquel fut d'abord conféré le sandschak de Perscrin , finit par être banni à Rhodes. La place d'aga fut donnée au segban Kodschi- Mahmud, celle de kulkiaja au sagardschibaschi Osman , mandé à cet eflet de Belgrad, où il avait soutenu Jegen-Osman contre le serasker Uasan. L'ei-defterdar Kilidsch-Ali- Pascha, transporté à Trabesun sous le grand vesirat d'Ismail , fut rappelé à Constautinople pour y siéger en qualité de vesir sous la coupole.

Des actes d'une bien plus grave conséquence furent les innovations apportées par le grand vcsir dans la fabrication des monnaies et la répartition des impôts. Dans les premiers temps de l'empire on avait fait usage d'espèces de cuivre; mais bientôt les monnaies d'or et d'argent avaient seules été mises en circulation. Maintenant on ordonna de frapper de ta monnaie de cuivre; l'okka valant huit cents deniers, il fallait deux pièces de ce genre pour faire un aspre. Un re-

négat de Livoumc et un certain Morgan furent le9 inventeurs de cette funeste mesure dont ils dirigèrent l'exécution. Un nouvel hôtel des monnaies fut construit à Tawschantaschidans l'intérieur deConstantinople; un établissement de ce genre se forma également à Bosnasérai afin de solder ainsi les milices enrôlées contre Zara et les Uscoques. La taxe sur les boissons, qui, à l'instigation deWani, avait été supprimée depuis quelques années, fut rétablie , et le tabac à fumer, jusqu'alors exempt de tout droit, fut également imposé ; le tabac de Jenidsche dut payer à la douane 10 aspres par okka, celui de Kirdscha 8 aspres. La place de receveur de l'impôt sur les boissons fut conférée à Kufri - Ahmed moyennant G millions d'aspres. L'inventaire de tous les ornements d'argent dans les écuries impériales avait été déjà entrepris sous le grand vesirat d'Ismail-Pascha, et tous les objets superflus avaient été livrés à la monnaie, ce qui avait produit 545 bourses d'argent. Le nouveau defterdar, Funduk- Mohammed-Efendi , créa de nouveaux impôts sous les noms de rachats de la levée générale, droit de repos et de sommeil , rachats de fournitures de vivres. La moitié de tous les revenus des wakfs, toutes les pensions et gratifications annuelles, furent séquestrées comme contributions de guerre, et l'on nomma des commissaires spéciaux pour réunir toutes ces ressources. En outre, on leva les contributions extraordinaires établies antérieurement sur l'exemption des corvées sur les galères , dans les mines , sur les routes, et des prestations en nature. Dans le mois de mars, qui ouvre invariablement l'année fiscale des Turcs, on vendit plus de cinquante mille emplois; de plus, tout riche et tout village composé de deux à trois cents maisons furent taxés à une bourse d'argent. Le defterdar Funduk-Mohammed , le provocateur de toutes ces mesures, n'en dirigea pas long temps l'exécution ; car le grand vesir voyait en lui un rival. Funduk, appelé devant la Sublime Porte, fut investi du gouvernement de Candie; il devait quitter la capitale cette nuit même , se reposer seulement à Daje-Chatun, et se rendre à sa destination sous trois jours. Son beau-frère le fiscal fut aussi transporté en Crète en qualité de defterdar, et le secrétaire des dépenses

impériales , Jahja-Efendi , fat mis en prison L'cx-intcndant de l'arsenal Eli-Efendi devint defterdar à Constanlinople ; Ahmed-Aga fut nommé fiscal , Ahmcd-Efendi secrétaire pour les dépenses impériales.

Malgré tant de moyens forcés employés pour le paiement des troupes*, l'armée ne se mit en mouvement que le 26 juillet 1688 ; elle quitta Constanlinople pour Daud-Pascha, et n'arriva que le 1er septembre à Andrinople. Les Impériaux avaient tout naturellement mis à profit les troubles intérieurs de leurs ennemis et la marche des troupes ottomanes des frontières sur la capitale , pour faire de brillantes conquêtes. La campagne avait été ouverte en Hongrie par le siège de Stuhlweiszcnburg; en Transylvanie , Carafia avait pris Lippa d'assaut ; en Bosnie , le prince Louis de Baden avait occupé Gradiska incendiée, lllock et Pcterwardein avaient été abandonnés, et par conséquent la route de Bclgrad se trouvait libre. Aussi les chrétiens étaient déjà devant cette ville quand les Ottomans se mettaient à peine en mouvement de Constanlinople sur Daud Pascha. Le serasker rebelle Jegen-Osman-Pascha, qui devait défendre les places menacées, se posta en face pour empêcher la fuite des habitants et des soldats. Après avoir abattu de sa propre main la tète d'Husein, ancien pascha d'Erlau, et fait sabrer le pascha de Bclgrad (1), il chargea Ibrahim, pascha de Szekszard, du commandement de la place attaquée , en lui conférant le rang de pascha d'Ofen , c'est-à-dire d'une ville alors entre les mains de l'ennemi , et revêtit Ahmed-Pascha du titre de serdar. Mais à peine l'ennemi , soutenu par les sujets chrétiens, eut commencé à se transporter avec des radeaux sur l'île des Zigcunes , pour jeter ensuite un pont vers Bclgrad, Jegcn-Osman précipita sa marche dans la nuit avec Tœkœli vers Semendra ; alors les habitants de Belgrad épouvantés s'enfuirent dans toutes les directions; quelquesuns, se jetant sur des bâtiments, descendirent le Danube, d'autres coururent du côté de Temesvar. Huit mille fugitifs arrivés par le Danube en face de Fethislam négocièrent

;t) Uociliius, l. m, p. 5<>a.

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