‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 130 sur 384 · LIVRE L1X · texte numérisé non relu

LIVRE L1X

avec le commandant des troupes postées sur le rivage pour obtenir la faculté de continuer leur route ; on était d'accord moyennant 200 bourses ; trois commissaires devaient recevoir l'argent, quand arriva Tœkœli qui se saisit des commissaires et empêcha les fugi tifs de naviguer plus loin (1).

Les Turcs en partant avaient mis le feu aux faubourgs de Belgrad; l'armée impériale accourut pour l'éteindre et prit des positions dans la ville basse pour ouvrir le siège. L'électeur de Bavière avait le commandement supérieur des troupes; les travaux étaient dirigés par le lieutenant- général d'artillerie Sereny. Pendant vingt jours la ville essuya le feu de quarante gros canons et de quinze mortiers. Sur ces entrefaites , Jegen-Osman quitta aussi Semendra en y mettant le feu , et se retira sur Sofia. Les Turcs abandonnèrent également Golumbacz. Trois cents femmes musulmanes, qui tombèrent entre les mains des Heiduques, furent baptisées et se marièrent pour la plupart. Semendra et tîolumbacz retombèrent sous la domination hongroise. C'était un heureux présage pour les opérations ultérieures ; Stuhlweiszenburg fut emporté d'assaut ( 6 septembre 1688 ). Beaucoup d'officiers distingués parmi les Impériaux périrent dans cette action ; entre autres, les comtes Scherfenberg , Furstenberg, Thurm, le prince de Liechtenstein, deux comtes de Stahremberg (2). Les comtes Rabutin et Taxis avaient été blessés à la première sortie des assiégés. Dans l'assaut, le duc de Mantoue, le prince Eugène de Savoie, reçurent deux blessures. Les assaillants furieux immolèrent tout ce qui leur tomba sous la main ; les maraudeurs égorgèrent avec leurs couteaux des Turcs renversés et sans armes (3). La perte des Impériaux fut évaluée à sept cents morts, celle des assiégés à sept mille (4). Mohammed- Pascha, l'aga des janitschares, et treize cents soldat* restèrent prisonniers; le pascha fut transporté à Vienne et logé chez l'interprète de la cour, Marco Antonio Mamucca délia Torre. Le butin ne fut pas immense, car

(1) Itaschid, 1. i, fol. 148.

(2) Boetbius, 1. m , p. 591.

(3) Boethius, I. in. p. 590.

(0 Buoxcri, I. ii, p. 320.

beaucoup d'objets avaient été évacués par le Danube. Parmi les soixantedix-neuf canons conquis se trouvèrent deux pièces énormes, dont l'une lançait des boulets de trois cent vingt, l'autre de quatre cent quarante livres. L'électeur Maximilien envoya deux drapeaux turcs à Rome, au pape Innocent XI. Maximilien -Emmanuel avait emmené avec lui à la guerre le peintre Buyg ; les tableaux de batailles et de prises de villes exécutés par cet artiste décorent encore aujourd'hui la galerie royale de Schlciszheim. Les mosquées de Belgrad furent transformées en églises , dont l'une devint la possession des Jésuites.

Pendant le siège de Belgrad, le général Veterani avait conquis Karanscbcs et Sickovar en Sclavonic. Le markgraf Louis de Baden avait fait une brillante campagne en Bosnie. Mohammed -Beg, fils d'Ipckli, Hasan-Beg et Siawusch, pascha de Busin , au premier avis de l'approche de l'ennemi , étaient accourus avec la levée en masse de leurs sandschaks vers Usidscha, Begbasari . Hiszardschik , Tschatsclika , Percpol et Zwornick, et avaient même défait les chrétiens qui assiégeaient Hiszardschik ; Siawusch-Beg avait porté ensuite le ravage dans le district de Komorn , voisin de Percpol, et entraîné des femmes et des enfants en esclavage. Mais le markgraf de Baden vengea bientôt ces échecs par l'incendie de Butica , Jcsnewicz , Gradiska, et par la défaite complète du pascha de Bosnie (1).

Piccolomini commandait l'aile droite, Castcl l'aile gauche; le massacre fut effroyable. Cinq mille Turcs couvrirent le champ de bataille ; le markgraf en tua six de sa propre main ; deux mille furent pris , tout couverts de blessures. Le markgraf aurait voulu se saisir du pascha , mais ce vaillant guerrier, auquel on avait arraché son sabre , se défendit encore à coups de poignard ; il fallut l'abattre sous une décharge de fusils. Le camp, les bagages, les approvisionnements de vivres, Banyaluka avec ses belles mines de fer, tombèrent au pouvoir du markgraf (2).

(1) Boethius, I. m, p. 591, ctBiioicri, I. h. p. 330.

(i) Mémoires sur le prince Louis de Bade dan» les Mvlangvs inilil. et srnliment. 1. in., p. hS-àb.

l 'n mois après il conquit Zwornik, dont les habitants , au nombre de quatre mille , s'étaient retirés à Bosnasérai (1). Le ban de Croatie Erdœdy ne fut pas aussi heureux devant Bihacz; néanmoins, en se retirant par TUnna , il défit le serasker de Bosnie , Mohammed-Iwanowicz.

Dans cette année les expéditions des Polonais et des Russes ne furent pas aussi heureuses que celles des Impériaux. Quarante mille Tatares allèrent dans l'hiver, sous les ordres du nureddin Ahraed-Girai, porter le fer et le feu dans la Volhynie , massacrèrent les habitants de Santomir et du château du prince Csartorinski , ravitaillèrent Caminiec , poussèrent leurs courses dévastatrices jusque sous le canon de Leraberg et de P>ar, repassèrent au printemps le Dniester près de Czekora pour jeter encore des vivres dans Caminiec, et battirent les Polonais sur leSireth (1). Les Cosaques étant divisés entr'eux, et menaçant d'une insurrection à Tarnow, les Tatares mirent à profit cette occasion, pour faire irruption en automne dans les districts de Kaniow et Czerkassy sur la rive droite du Dnieper , et désoler le pays entre le Ros et l'Asman. Galitzin battit quelques troupes de Tatares, leur enleva quelques prisonniers; mais, en s'avançant vers Perekop, il ne trouva plus que de la fumée , des flammes et des cendres , parce que les Tatares avaient mis le feu aux steppes. Pour contenir ces barbares il éleva des fortifications à l'embouchure de la Samara dans le Dnieper.

Si la victoire avait couronné les armes vénitiennes en Dalmatie , la fortune les abandonna en Grèce. Après les vains efforts du pascha de Skutari Suleiman contre les populations des monts acrocérauniens soulevées I ir Venise, les tentatives inutiles du pascha d<; l'Herzegovina pour s'emparer de Demis et surprendre le fort d'Opus , Cornaro , rumine on l'a déjà rapporté, avait enlevé limportante place de Knin et bientôt après rdle de Verlica , ainsi que la tour de Norin au-dessus de l'embouchure de la Narenta ; avril 1C88). En Grèce la guerre avait exercé

(I) Bizoteri, 1. t, p. 3$1.

de furieux ravages ; les habitants de Sparte et d'Athènes avaient été chassés de leurs murs ; la citadelle de cette dernière ville avait été ruinée (1). Morosini se proposait de tirer parti des insurrections militaires des Turcs pour s'emparer de Salonik ou de Candie ; mais ses plans échouèrent (2), il n'obtint pas plus de succès au siège de la capitale de Négrepont, qui dura cent jours, où les princes de Wurtemberg, de Brunswick et d'Harcourt , reçurent de glorieuses blessures.

Le sultan reçut à Hafsza la nouvelle de la chute de Belgrad , et résolut de passer l'hiver à Andrinople pour se mettre lui-môme au printemps à la tète de l'armée. Il était sorti de sa capitale sous les plus tristes présages ; car au moment où, près de la mosquée du Conquérant, il voulut monter à cheval , son turban tomba. Du moins son chagrin fut adouci par la délivrance de Négrepont. Le kapudan -pascha Miszerlisadelbrahim, qui avait été chargé de chasser les infidèles loin de cette île , et de rétablir les fortifications, après avoir rempli sa mission, était arrivé aux Dardanelles avec la flotte. Il reçut ordre de retourner aussitôt à Négrepont, pour veiller avec le commandant Ibrahira-Pascha à la conservation de ce point si important. Par le crédit du kislaraga Mustafa, la place de kapudan-pascha fut conférée à Kalailikos-Ahmed-Pascha. Dans un grand conseil de guerre il fut décidé ( 29 décembre 1688 ) que , pour remplir les vides de l'armée, les habitants de la capitale, moyennant la remise de l'a wâ ris , enverraient au camp, pour la campagne prochaine, un soldat sur quatre hommes d'une maison. A cette fin des chatti-schérifs furent adressés à Constantinople pour enjoindre au kaimakam Orner - Pascha, à l'ex-dcfterdar Rustem et au vesirde la coupole Kilidsch- Ali-Pascha , de procéder à un recensement rigoureux de tous les habitants, en se faisant seconder par le juge de Constantinople et de Galata , et par le prédicateur de la mosquée de Sélim, Scheich-Osman. Le kaimakam

(1) Le même, p. 349.

[2) Le même, p. 355. Cantemir ctRaschid , I. i.

foi. m.

Page 1