LIVRE LIX
comme on leur signifia que s'ils persistaient à faire abstraction de la Pologne tout serait rompu, et qu'il leur faudrait retourner à Pottendorf le soir même , ils envoyèrent les propositions relatives à la Pologne. Enfin , dans la sixième conférence , on donna lecture des pleins-pouvoirs de toutes les parties [23 février] : dès-lors seulement, tout fut prêt pour engager une négociation sérieuse ; néanmoins è la septième conférence, qui se tint chez le comte de Stahremberg , n'assistèrent pas les représentants de Venise et de la Pologne. Les plénipotentiaires impériauz déclarèrent ne pouvoir répondre aui offres des Turcs tant que l'extradition de Tœkœli ne serait point accordée, que la guerre avait commencé par Tœkœli , que l'œuvre de la paix devait aussi commencer par sa destruction. Les Turcs répondirent qu'eux-mêmes considéraient Tœkœli comme un ennemi qui les avait entraînés dans les désastres de la guerre , que c'était un chien dont la vie ou la mort importait peu à la Porte, mais qu'ils n'étaient pas venus pour consommer sa ruine ; ils conclurent en disant qu'ils ne pouvaient promettre son extradition, mais qu'ils prendraient ce point en considération, en attendant que l'on fût d'accord sur les bases de la paix. L'envoyé néerlandais faisant observer ensuite, dans un entretien particulier , qu'ayant eux-mêmes traité Tœkœli de chien ils ne devaient pas hésiter à le livrer : a Tœkœli est en effet un chien , répondirent-ils , qui se tient sur «s pattes ou se couche , aboie ou se tait sur l'ordre du padischah ; mais c'est le chien du padischah des Ottomans dont la parole peut le transformer en un lion terrible.» Ensuite , dans une note écrite àllopc, ils se plaignirent des lenteurs apportées à la paix (1). Le 12 mars , eut lieu la quatrième conférence avec les plénipotentiaires impériaux , qui donnèrent à leur tour 40 contre-propositions accompagnées de quatre remorques : ils demandaient la Hongrie avec tous les domaines de sa couronne, la liberté de fortifier les frontières , l'affranchissement du commerce, la délivrance des prisonniers, la garde du Saint -Sépulcre , satisfaction pour Venise,
(!J Sulfikar, histoire, fol. 30.
la restitution des parties de la Moldavie enlevées par les Tatares ; les remarques avaient pour objet l'acceptation de la paix dans l'espace de trente jours, son exécution sous six mois, l'indication de négociations ultérieures et l'extradition de Tœkœli. Le 16 mars . se tint la neuvième conférence : les envoyés turcs lurent une déclaration dans laquelle ils se plaignaient d'avoir été renfermés quatre mois à Pottendorf , et d'être encore maintenant retenus à Vienne , depuis un mois qu'ils avaient présenté leurs propositions; ils faisaient quelques concessions, refusaient de se relâcher sur certains points et persistaient à demander avant tout la conclusion d'un armistice. On se sépara en protestant de part et d'autre que de la sorte la paix était impossible (1). Les envoyés turcs se plaignirent amèrement devant Hope de la prétention de l'empereur è porter ses réclamations sur la Moldavie et la Tatarie. Caraffa leur fit une visite et les sonda pour savoir s'ils ne seraient pas disposés à céder la Transylvanie et à ' traiter à Constantinople ; l'on discuta longuement l'abandon d'Arad, Temesvar, Jenœ et Gynla. Les négociateurs impériaux soutenaient que ces places entièrement coupées , isolées, tomberaient d'elles-mêmes; que la Morava était franchie ; que tout le pays entre le Danube, la Drau et la Save, avait été arraché aux Turcs; que Raguse était une dépendance de la Dalmatie; qu'il ne restait plus que la Bosnie et l'Herzegovina à incorporer aux conquêtes de Venise. Malgré la persistance des plénipotentiaires ottomans dans leurs premières propositions, le conseil des ministres, dans son rapporté l'empereur, conclut pour un refus de toute concession, et l'empereur approuva cet avis.
A la fin de mars , l'ambassadeur vénitien fit passer aux envoyés turcs les propositions de sa république : outre la confirmation de ses conquêtes, Venise demandait l'évacuation par les Turcs de Négrepont, Napoli di Malvasia , la fixation d'un district comme dépendance d'Athènes, la cession de Lepante, Prevesa, A rta; en Dalmatie , l'abandon du pays entre les rivières d'Obrovat et de Bojana jusqu'aux montagnes de Bosnie
(1) ibidem , fol. 35.
et de l'Herzegovina ; puis, d'Antivari et de Dulcigno, repaires de pirates; l'abolition du tribut de Zante , la restitution des sommes arrachées avant les hostilités par Kara-Mustafa à l'ambassadeur Donado ; la liberté de fortifier les frontières ; on réservait des négociations ultérieures au sujet du commerce, des bâtiments pirates et d'intérêts communs. Les envoyés ottomans exprimèrent encore à Hope leur mécontentement contre la présomption de Venise qui devait pourtant bien se persuader que , ne cédant point devant les exigences de l'empereur, ils feraient encore moins de concessions à la république (1) ; toutefois, d'après les conseils du résident hollandais, ils répondirent aux réclamations du représentant de Venise par une note dans laquelle ils reproduisaient leur déclaration de la troisième conférence, qu'ils étaient disposés à foire quelques concessions, mais bien décidés À ne se relâcher en rien sur certains points. Maintenant il ne manquait plus que les propositions des Polonais. Les pleinspouvoirs du roi de Pologne pour ses deux 4 représentants, Los et Raczinsky , étaient arrivés et avaient été communiqués aux envoyés turcs; mais comme ceux-ci, tenus sous une serveillance rigoureuse , ne pouvaient recevoir de visites de diplomates que celles de Hope, ils s'adressèrent encore à ce résident Hollandais, et, d'après son conseil, écrivirent à Raczinsky pour lui déclarer qu'ils désiraient recevoir les premières propositions de son gouvernement. La Pologne demandai t indemnité pour tous les dommages causés par les Cosaques et les Tatares , l'éloignement des Tatares de la Krimée, des Noghaïs, des hordes du Don, d'Akkerman et de Budschak, et leur translation au-delà du Danube et de la mer jusqu'en Asie ; la remise des saints lieux dans la Palestine aux mains des catholiques ; la faculté pour les chrétiens d'élever de nouvelles églises, de réparer les anciennes , de sonner les cloches, d'aller librement en pèlerinage à Jérusalem; la délivranco de tous les prisonniers , la restitution de Caminiec , de la Podolie et de l'Ukraine. Les Turcs se référèrent A leurs
i, qu'ils déclarèrent ir-
(1) SofGkar. fol. 48.
révocables; ils demandèrent encore une conférence. Les plénipotentiaires se réunirent deux jours de suite. Dans la première réunion , les représentants de Venise lurent une déclaration dans laquelle ils se plaignaient de voir les Turcs éluder toutes leurs questions, et demandèrent la liberté de se retirer, puisqu'ils ne recevaient aucune réponse acceptable à leurs propositions [ 13 avril ]; le lendemain, les plénipotentiaires impériaux exigèrent Wardein , Jenœ , Temesvar, Gyula, attendu que ces places ouvraient le passage dans les états de leur maître, « Dans quelle partie des domaines impériaux , demandèrent les Turcs? — Dans la Valachie, la Transylvanie et la Hongrie, leur répondit-on.— Pourquoi donc ne pas réclamer aussi Constantinople? reprirent les Ottomans. Quant à nous , nous ne demandons pas la Transylvanie pour la Porte; nous voulons seulement que cette principauté soit rétablie dans son indépendance , et nous ne pouvons abandonner les places en question , nos tètes en répondraient (1). » Alors les plénipotentiaires impériaux les renvoyèrent au\ représentants de Venise et de la Pologne , avec lesquels ils pourraient négocier séparément. La douzième conférence se tint le 10 mai séparément avec les ambassadeurs du roi de Pologne , Los et Raczinsky, et le noble polonais Mischlosky , alors par hasard à Vienne, qui plusieurs fois avait été envoyé en mission auprès des Tatares ; et dans la treizième, le 13 du même mois, les Ottomans se mirent en rapport avec l'ambassadeur vénitien Cornaro. L'offre de l'abandon de Caminiec, de l'Ukraine et de la Podolie, pour obtenir un traité séparé (2) , ne trouva aucune faveur auprès des Polonais, de même que Sulfikar et Maurocordato ne purent adopter les raisonnements de Cornaro, tendant à leur prouver que la cession de Malvasia était pour la Porte une nécessité aussi impérieuse que l'avait été jadis pour Venise l'abandon de Candie: car l'empire ottoman avait acheté cette île par trente années de guerre (3). Les
(1) Solfikar, fol. 56.
(2) Uist. de Sulfikar , fol. 58, avec plus de détails que dans les archives impériales.
(3) Sulfikar. fol. 60.
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plénipotentiaires turcs furent retenus encore quatre semaines à Vien ne ; enfin, le 11 juin, dans la quatorzième conférence on leur lut une déclaration qui rejetait sur eux la rupture des négociations, on leur permit d'expédier un courrier, mais eux-mêmes n'eurent point encore la liberté de repartir; on les transporta seulement de Vienne à Komorn. Ils sollicitèrent encore une fois leur congé, et s'adressèrent vainement aux chanceliers de Bohème et d'Autriche, les comtes Kinsky et Stratman, mais ce fut en vain. Sulfikar expédia donc à son gouvernement l'officier dschebedschi Mustafa-Agn, avec les rapports de son voyage et des négociations suivies jusqu'alors; Maurocordato adressa aussi un rapport de son côté. Ces deux envoyés n'avaient pour instructions que de prendre pour bases dans leurs négociations le maintien de l'état actuel des possessions de toutes les parties; mais toutes les prévisions de la Porte étaient trompées , puisque chacune des trois puissances formant la sainte ligue exigeait, outre la confirmation de ses conquêtes , l'abandon de nouveaux territoires et de nouvelles forteresses. Ainsi l'Autriche réclamait Jenœ , Gyula , Wardein et Temesvar; Venise, Négrepont, Malvasia, Antivari et Dulcigno; la Pologne, Caminiec, toute l'Ukraine, la Podolie et la Bessarabie , jusqu'à la Krimée, et la translation de tous les Tatares d'Europe en Asie.
Tandis qu'à Vienne se poursuivaient encore inutilement les négociations tendant a la paix , le sultan faisait planter sa tente devant la porte du sérail d'Andrinople ; car on avait publié le fetwa annonçant l'entrée en campagne du Grand-Seigneur pour le salut de l'empire. Par l'influence du kislaraga, Arab- Redscheb-Pascha , beglerbeg de Sofia , avait été nommé serasker sur le Danube. Le commandement des Dardanelles fut donné à Kœprilisade-Mustafa-Pascha. La Validé et et les princes durent rester à Andrinople sous la garde du kaimakam ; à peine ses tentes étaient plantées et les chevaux rangés dans la plaine, que la Marizza sortant de son lit inonda tout le quartier des Zigeunes, et submergea une immense étendue de terre. Le sultan quitta Andrinople le 6 juin, et au bout de vingt jours atteignit Sofia. Là, il fut résolu dans un conseil de guerre que le
sultan resterait à Sofia , que Husein , paseba de Bosnie, irait avec Tœkœli assiéger les châteaux sur le Danube. Seid-Ahmed-Pascha , chargé de rassembler les recrues, s'étant laissé corrompre, fut mis à mort. Trente tètes des complices de la rébellion de Keduk en Asie roulèrent devant la tente impériale. Redscheb-Pascha s'était avancé par Gregorofdscha jusqu'à six lieues en avant de Belgrad , où il tailla en pièces trois cents hussards ; contraint ensuite à reculer devant des forces supérieures, il se porta par la route entre la Morava et Widdin, droit sur Aladschahiszar , dévastant les villages le long de la Save. Quatre paschas albanais marchèrent de la Bosnie contre cinq à six mille Hongrois et Heiduques campés entre Dschadschka et Posega, et qui s'étaient fortifiés à Korgocza et Walpova. Les retranchements furent renversés, les fuyards poursuivis jusqu'aux environs de Belgrad et de Syrmium, les villages autour de Kopanik et de Sabacs dévastés , les hommes, rassemblés à Casrebina et Barenidscha , taillés en pièces ou dispersés. En Croatie , un corps turc de cinq mille hommes fut anéanti près de Castanoviza par le comte de Draskowiz [ 29 juillet] ; le camp, onze drapeaux , beaucoup d'étendards , plusieurs centaines de chevaux furent la proie du vainqueur. Le pascha de Bosnie , Topal- Husein , avec les paschas Mohammed-Kemankesch et Mohammed-Surnapa , s'emparèrent de Zwornik après neuf jours de siège. Orsova fut délivrée après un avantage remporté par laflotille turque du Danube sur les bâtiments impériaux. Fethislamfut conquis, et les vainqueurs envoyèrent trois mille oreilles et des drapeaux au camp du sultan. Mais en compensation le serasker Redscheb- Pascha, qui, supposant encore les ennemis à Seraendra, s'était avancé au-delà de la Morava , fut surpris dans son camp à Batudschina , et rejeté de l'autre côté de la rivière. [ 30 août ] ; tout le camp avec deux cents canons, trois mortiers, beaucoup de bombes, un tambour, une queue de cheval, mille chameaux , plusieurs centaines de bêtes de somme , des munitions de guerre et de bouche, tombèrent entre les mains des chrétiens. A cette nouvelle , le tschausch-baschi, les agas des sipahis et des silihdars avec leurs escadrons, furent détachés de Sofia jusqu'au
défilé de Dragoman , pour soutenir le serasker battu. Le markgraf de Baden marcha sur Nissa;le kiaja des janitschares , Redscheb, et celui du grand vesir, Mohammed-Tschelebi , s'étaient retranchés devant Nissa ; mais avant que leurs ouvrages de défense fussent achevés , ils furent pris à dos par les impériaux, et, l'armée abandonnant le camp, l'artillerie s'enfuit jusqu'au défilé de Dragoman. Ensuite Nissa , abandonnée par les Turcs , tomba au pouvoir des impériaux. Au bruit de ces désastres uu grand conseil de guerre se réunit; le grand vesir y appela le mufti, les grands juges militaires, le chef des émirs, le nischandschi-vesir, les généraux des janitschares, des sipahis, des silihdars , des canonniers , des armuriers : il y fut résolu que le sultan se retirerait à Philippopolis , et que le grand vesir marcherait en avant avec les janitschares. L'aga des janitschares Mahmud dit aux ulémas : a Savants seigneurs , vous venez avec nous. » Mais le kadiasker d'Anatoli lui répondit : a Seigneur aga , les hommes sont divisés en quatre classes, paysans, marchands, soldats et légistes : les premiers cultivent les champs, les seconds exercent le commerce et l'industrie , le devoir des troisièmes est de combattre; à nous il appartient de veiller à l'exécution de la loi. — Bien répondu I seigneur grand juge , dit le grand vesir; notre gracieux maître vous emmène à Philippopolis, et nous, conOant en Dieu , nous marchons à la rencontre de l'ennemi.» Toutefois ces dispositions inquiétaient vivement le grand vesir; il craignait pour sa place si l'un des vesirs, d'accord avec les ulémas , était laissé près du sultan en qualité de kaimakam de l'étrier. Le sultan retourna à Andrinople. Parmi les sipahis et les silihdars furent choisis des volontaires avec lesquels le beglerbeg de Rumili, Surnapa , qui avait déjà les troupes de son gouvernement , fut placé au défilé de Dragoman. L'ex-kaimakam Ali-Pascha reçut ordre de protéger Philippopolis ; mais Florentin, Fethislam et Widdin tombèrent sans résister entre les mains de l'ennemi. Alors le serdar Redscheb-Pascha fut mis à mort à cause de ses démêlés avec le kul kiaja Redscheb-Aga devant Nissa; son adversaire fut d'abord banni à Lemnos , où bientôt après il subit aussi la peine capitale. Après la prise
de Nissa , les troupes impériales avaient pénétré par le passage de Schehrkoi ou de Pirot jusqu'auprès de Dragoman , d'où elles avaient été repoussées avec perte par les paschas Omer et Kemankesch- Ahmed. Cependant le général Piccolomini, favorisé par les Serviens, avait franchi l'Orbelus et s'était avancé vers Uskub ( Scopi ) , et le chef des Serviens , Karpos , auquel l'empereur avait envoyé les insignes de prince de Comanova, s'était fortifié à Comanova, Kadschaniket Egridere. Pour arrêter les progrès ultérieurs de l'ennemi , le gouverneur de Morée, Chalil-Pascha, reçut ordre de marcher avec ses troupes et des Albanais vers Uskub et Gustendil.
Cette année les armes ottomanes obtinrent plus de succès contre les Russes , les Polonais et Venise. Galitzin , après un faible avantage remporté près de Perecop , avait subi une défaite complète; le général polonais de la couronne avait été contraint par Mustafa-Aga à lever le siège de Caminiec, et Morosini s'était vu réduit à transformer en blocus le siège de Malvasia.
Les revers éprouvés devant les impériaux et la retraite forcée du sultan déterminèrent un grand diwan à Andrinople ; on y résolut la déposition du grand vesir et de sa créature , le kaimakam , ainsi que l'élévation de Mustafa-Kœprili, frère du conquérant de Candie, à la première dignité de l'état, et la nomination d' Ali-Pascha ex-chasinedar au commandement de Gallipoli et au poste de second vesir ; l'ancien grand vesir Mustafa de Rodosto fut banni à Maghalghara. Mustafa-Kœprili , parvenu à l'âge de cinquantedeux ans, avait la réputation bien méritée d'un rigoureux observateur des lois de l'islam, ennemi du vin et des chrétiens, plus versé dans la science qu'exercé à la guerre. A peine eut-il présenté ses hommages au sultan , il convoqua les dignitaires de l'empire en conseil d'État , et leur fit un discours triste et sévère sur les châtiments infligés par le Ciel , sur les devoirs des moslims , les désordres de l'empire , les dangers qui menaçaient l'État au-dedans et au-dehors, car l'ennemi pourrait enlever Constantinople dans la campagne prochaine (1) ; il leurre-
(1) Rcl. dî Conslantinopoli.
LIVtt
commanda l'obst nation rigoureuse de la loi et abolit toutes les innovations de son prédécesseur, supprima tous les impôts établis sous les noms de prestations naturelles, de conventions de l'arrière-ban , etc.. Mais en môme temps, pour alimenter le trésor par d'autres sources , on ût rendre gorge à tous les concussionnaires qui avaient extorqué de l'argent au public sous le dernier graod vesir : ainsi, la confiscation des biens du précédent kaimakam amena 200 bourses dans le trésor , celle de la fortune d'Ismail 400. Plusieurs des instruments de ce haut dignitaire furent mis à mort ; parmi eux, l'ex-kaimakam Mohammed-Tschelebi. Afin de soutenir les nouvelles recrues en mettant dans leurs rargs de vieux soldats éprouvés par la guerre , on ordonna que le kiaja des janitfcdiares Eginli-Mohammed passât en revue les vétérans pensionnés, et les rappelât au service. Il y eut des mutations dans les principaux emplois et gouvernements : le Persan Ebubckr remplaça Husein-Paschasade- Mohammed-Dcg comme reis-efendi près du kaimakam; les gouverneurs de Bagdad, Diarbekr, Erserum, Tripoli, l'oga des janitsehares et le kapudan-pascha furent changés sur les plaintes des piinces de la mer. Le kalaili Ahmed -Pascha fut déposé, sa place conférée au commandant de Négrepont Miszirlisade- Ibrahim- Pascha ; Mezzomorto reçut le commandement de la flotte du Danube. Un conseil de guerre fut tenu avec le ehan de Krimée, qui était resté en quartiers d'hiver ainsi que Tœkœli : il fut décidé qu'il fallait avant tout se porter contre Uskub, où les ennemis, d'accord avec les Albanais et leur patriarche , s'étaient établis fortement , et contre Karpos , qui , muni d'un diplôme impérial, s'était installé à Katschaniken qualité de kral , et avait assuré sa position par la palanque d'Egridere , située devant Gomanova. Les Tatares, qui parurent pour la première fois armés de lances, parvinrent à se saisir de Karpos , et ce chef fut empalé devant le pont d Uskub. Là, le scrasker de Morée, Kodscha-Chalil-Pascha , se réunit au chan de Krimée et y établit ses quartiers d'hiver; en vertu d'un chatti-schérif il remit la bannière sacrée à Elmas-Moharomcd-P«ischa, qui la rapporta à Andrinople. Le chan négociait la capitulation de KatH'hantk quand
TON. III
E LIX. :'it
un corps ennemi déboucha dans la plaine de, Kossova, et retarda la reddition de la place. Le chan , laissant Chalil-Paseha devant Katschanik, marcha à la rencontre de l'ennemi qu'il défit complètement, et s'empara de trente canons, deux mortiers et d'une qnan tité considérable de munitions. La garnison de Katschanik obtint la liberté de s? retirer ; mais on ne tint parole qu'aux Allemands et aux Hongrois; les Albanais furent taillés en pièces (1). A Perserin étaient rassemblés sept à huit mille Allemands, Hongrois, Albanais; mais à l'approche du kalgha et du beglerbeg de Dukagin, Ilasan- Begsade Mahmud- Pascha, ces gens, qui portaient une croix brodée sur la poitrine . se replièrent sur Nissa , ainsi que les Impériaux réunis à Piris» hitina, après avoir pourtant obtenu quelques avantages à Ischlib sur deux partis de cavalerie turque [ 15 novembre 1689 ]. Novoberda succomba, et sa garnison , forte de mille hommes, fut passée au fil de l'épée. Le chan revint à Andrinople; il reçut l'accueil le plus honorable dans la tente du grand vesir et fut logé à Timurlasch dans le palais de Kara-Mustafa-Pascha. Le katgha congédié partit pour la Krimée. Le nureddin était mort dans sa marche sur Nissa ; Sélim- Girai, acenblé par la mort de sou fils, abdiqua volontairement le souverain pouvoir dont il était revêtu pour la seconde fois , et entreprit le r/élerinage de la Mecque ; après son retour il alla fixer sa retraite dans le village de Kasikoi. La Por'e éleva à la dignité de chan non pas le fils de Salira , le kalgha Dewlet Girai , mais le fils de Krim- Girai , Seadet-Girai, dont le frère puîné iladschi-Girai lui avait été préféré jadis pour la dignité suprême en Krimée. En récompense de services rendus devant Vienne, il fut appelé au village d'Aghadschlar, près de Janboli, et reçut l'investiture solennelle a Andrinople [ mars 1091 ]. Il confirma flewlet-Girai en qualité de kalgha et donna la dignité de nureddin à son propre fils Feth- Girai.
Kœprili , appliqué déjà de toute fa pensée à la guerre et aux prét aratifs d'une pro-
(i) r.aschid, I. i, fol. ICI. Ilist. du ilcfUr 'ar, fol. OelMiiv.
chai ne campagne, fut eocorc excité , fortifié dans ses résolutions par l'arrivée du nouvel ambassadeur français Castagnères, . marquis de Chateauneuf , successeur de Girardin. Châteauneuf avait pour instructions de rallumer plus vivement la guerre eontre l'empereur , de favoriser la paix avec la Pologne, d'empécher la reconnaissance du prince d'Orange en qualité de roi d'Angleterre , et de réclamer pour les catholiques la restitution du saint Sépulcre. Il obtint le premier et le dernier point à force d'argent ; mais les tentatives paciûques échouèrent, parce que le grand vesir ne voulait consentir A la paix avec la Pologne que moyennant la destruction des ouvrages de Caminiec. Relativement au roi d'Angleterre , Kœprili répondit que celui-là était véritablement roi , que les Anglais reconnaissaient en cette qualité; qu'il n'appartenait pas aux Ottomans, dont les sultans avaient été si souvent déposés , de contester à d'autres nations le droit de changer leurs souverains (1). Le courrier, que les plénipotentiaires turcs Sulfikar et Maurocordato avaient expédié de Vienne à l'ancien grand vesir Mustafa, revint a la On de l'automne dans la capitale de l'Autriche avec de nouvelles instructions , pour reprendre les négociations ; en conséquence, ils remirent au cardinal Gollonizde nouvelles conditions de paix [ 19 janvier 1690 ], qu'ils reproduisirent six mois après à Komorn, au secrétaire impérial Werdenberg. Bien loin de céder à leurs pressantes sollicitations pour êtres congédiés, on les tint sous une garde plus rigoureuse , parce que Kœprili-Mustafa , désapprouvant hautement les offres pacifiques de son prédécesseur, se préparait activement à la guerre, et en même temps prenait les mesures les plus efficaces pour le rétablissement de l'ordre dans l'administration intérieure de l'État. Quatorze chambrées de janitschares , chacune de cent hommes , soixante d'armuriers, chacune de soixante, cent vingt-deux canonniers, cent quarante bombardiers, furent expédiés au camp ; des ordres partirent pour toutes les provinces de l'empire de ménager ' es chrétiens . de ne leur imposer d'autres
{Il Flassan, I. iv, p. iîî.
taxes que la capilation fixée à quatre ducats pour la classe la plus élevée , à deux pour la moyenne , à un seul pour la dernière *. cette institution s'appela nisami-dschedid , ou le nouvel ordre, dénomination qui devait être reproduite un siècle plus tard pour indiquer d'autres formes. Pour rendre au grand vésirat son ancienne autorité , Mustafa-Kœprili s'occupa surtout d'amoindrir la puissaoce des vesirs de la coupole , et peu à peu il les éloigna du diwan en les investissant de fonctions productives (I). Quoique musulman rigoureux, Mustafa-Kœprili avait assez de coup d'œil politique pour reconnaître que la tyrannie écrasante sous laquelle les chrétiens gémissaient devait amener inévitablement la ruine de l'empire : les Morlaques et les Albanais embrassaient les intérêts des Vénitiens; les Clémentins et les Serviens étaient attachés à la cause de l'empereur. Homme d'état plus profond que son frère Ahmed, qui voulut assurer le joug sur les têtes des Mainotes avec des forteresses, et que tous les grands vesirs , ses successeurs, qui repoussèrent bien loin le projet de soumettre la Morée , comme la Moldavie et la Valachie , à des princes chrétiens gouverneurs, il nomma un Mainote, LiberiusGe- , ratschari, qui avait été enchaîné sept ans aux bancs de rameurs sur les galères, beg de Maina, afin de l'opposer aux Vénitiens (2). Il assura sa toute-puissance en éloignant d'abord le secrétaire du kislaraga et le chodscha du sultan, puis le Jtislaraga Mustafa lui-même, parce qu'ils entravaient ses mesures. Après la mort de la Validé, un chatti-sbérif avait ordonné que les revenus des odalisques fussent assignés à la kiaja-kadin , on grande maîtresse de la cour , sur les biens de la couronne ; le grand vesir fit alors de vaines objections contre une innovation doublement grave en raison de l'épuisement des finances: il lui fallut appliquer 15 bourses à l'objet demandé. Quand Kœprili parla de l'éloignément du chodscha Arab-Abdulwehab à Médine, ses premières demandes à ce sujet rencontrèrent pour obstacle l'influence du
(1) Voyages de Lamotraye , I. i , p. 858. (3) Cantcmir Sol. h, S **•