LIVRE
buées parmi les geiu de sa suite [ 29 mai 1692]. Un an plus tard vint l'envoyé Usbeg, chargé des compliments de Mohammed-Behadir-Chan. Au moment où arrivait l'ambassadeur de Perse , Sulfikar-Efendi et Maurocordato, après une absence de trois années, revinrent de leur mission de Vienne sans avoir obtenu aucun résultat. Leurs pouvoirs se trouvant annuités par la mort du sultan Suleiman , on avait Gni par les délivrer de la garde rigoureuse sous laquelle on les tenait depuis si long-temps à Poltendorf, à Vienne et à Koraorn , et par les laisser libres de s'en retourner. Toutefois les négociations ne furent point rompues pour cela; elles se continuèrent môme durant toute cette année par l'entremise des ambassades anglaise et hollandaise. Dès l'année précédente le représentant de l'Angleterre, Trumball, avait été remplacé près de la Porte par le chevalier Guillaume Hussey , qui était venu notifier l'avènement de Guillaume III su trône. Vainement l'ambassadeur français travailla contre la reconnaissance du prince d'Orange comme roi d'Angleterre ; les Turcs, qui avaient mis à mort leur avant-dernier sullan Ibrahim, en même temps que les Anglais immolaient leur roi Charles I*r, qui avaient détrôné leur sultan Mohammed IV presqu'au moment où les Anglais chassaient leur dernier roi Jacques II , trouvaient un accord trop frappant entre leur conduite politique et celle des Anglais, pour ne pas rester sourds aux représentations des Français (1). Hussey fut reçu à Andrinople, puis dans la capitale, avec le cérémonial accoutumé [17 juillet 1691 ]. Dans sa suite se trouvait, sous le titre d'attaché d'ambassade, le comte Marsigli qui s'en retourna d'Andrinople à Vienne , parce que Kœprili ne voulait pas entendre parler de paix (2). Il revint encore à Andrinople, où fut envoyé aussi., au commencement de l'année suivante , le conseiller impérial Ignace Quaricnt, qui se donna pour un employé hollandais (3). Marsigli alla retrouver sa cour après la bataille de
'!) Vu\n»otlo Lamolrayc, I. i.p. 35'J.
(2) Porte ottomane nouvellement ouverte, I. n, r- &liS . û6«, 57(i.
(3; Happorl de Colîcr; île Conslanlinople , du î S f'Uin \G\)2.
Slankamen , pour revenir une troisième fois auprès de la Porte l'année suivante. Alors Hussey étant mort devait être remplacé , comme ambassadeur d'Angleterre , par Harbond ; mais celui-ci mourut en route à Belgrad. Le résident hollandais Hemskeerke , successeur de Colier, se chargea de présenter les propositions de paix de l'empereur et de ses alliés. Tels étaient les points demandés au nom de l'empereur : le maintien de l'état actuel des possessions, la restitution du saint Sépulcre aux franciscains, l'affranchissement du tribut pour Haguse, la faculté de comprendre le czar dans la paix ; au nom de la Pologne , la renonciation de la Porte à l'Ukraine et à la Podolie, la tranquillité imposée aux Tatares, l'engagement bien garanti de contenir les Cosaques de l'Ukraine .et les Zaporogues; au nom de Venise, l'abandon des pays entre l'Obrovacz et la Bojana, la suppression du tribut au profit de Zanle, la faculté pour la république d'élever des forteresses (I). Le roi de Pologne avait communiqué à la cour impériale les propositions que lui avait faites le chan tatare. II s'agissait de la restitution de Caminiec, de l'abandon de toutes prétentions à l'Ukraine, et de l'offre de cent mille sabres tatares pour les intérêts polonais. Ces offres étaient dictées en partie par l'amitié personnelle entre le roi et le chan ; car au temps de la confédération le chan avait été appelé en Pologne, et de là il avait été envoyé en ilussie avec le roi, alors simple enseigne. Les liens de l'amitié s'étaient resserrés et fortifiés, quand , après la victoire de Kalusz, Ali-Aga , confident du chan et maintenant grand vesir , était tombé comme prisonnier entre les mains du roi, qui l'avait noblement traité. Ilemskecrke soumit le projet de traité au nouveau grand vesir, mais rencontra des obstacles insurmontables ; car l'empereur demandait la Transylvanie, la Pologne Caminiec, et Venise plus encore (2). Le diplomate hollandais n'avait pas obtenu plus de succès durant son séjour à Vienne, pour Tœkœli qui l'avait re-
(1) Litlerœ ad G. V. adjuncto projcclo pacîs, l'.oin. iuip. e jusque ftrderatornm. 13 ocl. <G93.
(2) Rapport de flciroteerle , au* archives de U maison impériale.
vêtu de tes pleins pouvoirs (l). Le chan ta- I tare et l'ambassadeur français Ferriol Ûrent des efforts tout aussi infructueux pour amener un traité séparé avec la Pologne. Le chan avait envoyé un aga au roi de Pologne, et Ferriol désirait que la paix avec la Pologne fût conclue sous la médiation française. Depuis dix années , c'est-à-dire depuis le commencement des hostilités entre la Porte et Venise en Dalmatie , Raguse n'avait payé aucun tribut à la Porte ; et durant un certain temps elle fit verser assez régulièrement 500 ducats à la cour de Vienne. Après la conquête de Belgrad par Mastafa-Kœprili , voyant la fortune incliner vers le Croissant , elle fut réduite à envoyer un député à Constantinople. Quand cette même année les armes impériales eurent soumis Groszwardein, et qu'il fut question des mouvements de Hemskeerke en faveur de la paix , la République offrit de se placer sous la protection commune des impériaux et des Turcs , et de payer 500 ducats à chacune de ces puissances (2). Toutes les tentatives pacifiques restèrent sans résultat, en dépit des succès des armes impériales cette année; la chute de Groszwardein , qui fit tomber un matériel immense entre les mains des vainqueurs, ne disposa pas les esprits à un accommodement. Il avait été stipulé que la garnison aurait la liberté de se retirer; mais cette condition ne fut pas respectée , parce que les Turcs n'avaient pas tenu leurs engagements quand leur avaient été remis les retranchements de Pisca-Bona et de Mare-Gobila. A six lieues au-dessus d'Orsova , sur la rive gauche de la Drau, où cette rivière se resserre entre les rochers , s'ouvre une caverne que le baron d'Arnau occupa sur Tordre de Veterani , et qu'il défendit vaillamment ; mais les Albanais, à l'aide de crampons de fer étant parvenus à grimper sur les rochers qui dominent la caverne , firent rouler des quartiers fie rocher sur les défenseurs. Sur la rive opposée des canons étaient pointés contre l'entrée de la retraite des trois cents braves, quit
(1 ) Rapport de Hemskeerke. Rapport de Werdeo . berg, du 13 septembre 1692.
S) Le* actes, atu archives de la maison impériale
dévorés par la soif, iuftbqués par la fumée de la poudre , tinrent cependant encore jusqu'à ce que leurs armes se trouvèrent hors de service. Contre Venise la Porte n'avait obtenu d'autre avantage que la possession de Karabusa, massif de rochers situé en face de la Crète , que le commandant napolitain , Luca délia Rocca, vendit aui Turas. Une tentative pour se saisir ainsi de Spinalunga et de Suda , au moyen de la trahison, fut découverte et punie sur les complices [décembre 1691 ]. Le siège de Santo-Todero par les Vénitiens échoua complètement. En Dalmatie , Erizzi chassa Suleiman-Pascha de la tour de Noncovik, et fut réduit à défendre Trebigne, Gazzo et Nevesigne. En Pologne les Tatares poussèrent leurs courses jusqu'à Halicz et Stanislaw , investirent Snyatin et Nerairova ; les Cosaques Lipkans dévastèrent le pays de Caminiec à Lemberg. Sorocka, attaquée par le chan tatare et Daltaban-Mustafa avec des forces supérieures, fut maintenue par la brillante valeur des défenseurs , et à une lieue de Camiuiec le roi éleva un fort auquel il donna le nom de la Sainte- Trinité.
Le changement de grand vesir détermina comme de coutume des destitutions et des supplices : le gouverneur de Chypre AU- Pascha tomba, comme on l'a vu, victime des ressentiments du mufti Feisullah plutôt que pour satisfaire aux plaintes des sujets. Ce mufti fut encore cause de l'exécution de Chalil , pascha d'Erserum , qui avait été pris jadis avec le gouverneur de Silistra, le vesir Mustafa-Pascha , dans la bataille de Parkany, et n'avait été mis en liberté que tout récemment. Le mufti dénonça ses extorsions, et la tête de Chalil-Pascha fut abattue par le fer du bourreau. En Syrie, la tribu des Surchanoghlis, qui s'était liguée avec les Druses Maanoghlis pour la révolte, et s'était saisie de toutes les fermes autour de Saida et de Beirut, fut ramenée à la soumission par le gouverneur de Tripoli, Ali- Pascha. Cette année la campagne du grand vesir s'était bornée a la réparation des ouvrages de Belgrad. Une partie des sommes envoyées d'Andrinople à Belgrad fut enlevée par les brigands serviens qui épiaient le passage du convoi sur la route à Alexinza. Les Albanais qui auraient dû en assurer le transport firent