‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 144 sur 384 · E LX · texte numérisé non relu

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l'assaut sur ce point , lorsque Kaplau-Girai s'élança sur l'ouvrage construit par les assiégeants et les en chassa au prix de flots de sang ottoman ; il poursuivit les Russes dans leur retraite , leur tailla en pièces deux mille hommes et ramena deux canons ; mais les Russes laissèrent trois mille hommes dans deux tours dont ils s'étaient emparés , et , Scheremetew étant déjà maître du château de Doghan , il y avait de grandes précautions à prendre pour fermer l'embouchure du Dnieper aux Cosaques.

A l'orient , les Arabes inquiétaient aussi les navigateurs de l'Euphrate aux environs de Baszra. Pour les contenir on ordonna la construction de dix bâtiments sur les rives de l'Euphrate; le gouverneur de Kakka , Uusein-Pascha avec ses troupes et les Arabes , les Turkmans et les Kurdes soumis à son autorité, et le gouverneur de Bagdad avec les troupes de sa maison , reçurent ordre de marcher contre les Bédouins. Le premier , étant mort bientôt après , fut remplacé par le silihdar-aga deRakka , Ahmed, et le grade de ce dernier chef fut donné à Osman, fils de Sulûkar. La fortune du serasker de Morée , le vieux Chalil décédé, fut confisquée, non point, comme beaucoup d'auteurs le pensent à tort, parce que les biens de tous les gouverneurs font retour au trésor public , mais parce que Chalil n'avait pu régler certains comptes avec la chancellerie. Quant aux rebelles qui agitaient l'Anatoli , l'inquisiteur Jusuf - Pascha , frère du gouverneur d'Alep, Dschaafer-Pascha , les écrasa dans le canton de Karahiszar ; en récompense , aux sandschaks de Kirschehri et d'Amasia dont il jouissait déjà , l'on joignit ceux d'Akschehr et d'Eskischehr. L'aga de laChaszeki, Mustafa d'Oslranidsche, Ibrahim, trésorier de l'ancien grand vesir Karalbrahim , avaient été dénoncés au sultan comme receleurs de grands trésors ; tout-àcoup l'on surprit leurs maisons, qui furent fouillées de fond en comble sans que Ton pût rien découvrir; pour ne pas perdre entièrement le fruit de celte expédition, on saisit 100 bourses d'argent à l'aga de la Chaszeki. Seid-Feisullah (ancien chodscha du sultan ), qui avait eu des démêlés avec Gurdschi- Mohammcd, quand celui était gouverneur d'Erscrum, fit éloigner cet adversaire ; Gurd-

schi dut aller prendre le commandement des Dardanelles , et bientôt un chambellan fut expédié pour saisir les biens et abattre la tôte du pascha ; mais celui-ci prévoyant le coup s'enfuit sans laisser aucun indice qui pût mettre sur ses traces. Sous le règne du sultan Ahmed II, alors que Feisuliah était encore à Erserum, il avait envoyé son fils Feisuliah à Constantinople pour le lancer dans la carrière des ulémas. Le mufti lui offrit une medrese de l'extérieur , ou du dernier degré , que le candidat refusa parce qu'il désirait une place d'aspirant des huit, ou du premier rang. Quand le sultan Mustafa occupa le trône , l'influence future de son ancien précepteur n'étant pas douteuse, le fils de celui-ci obtint ce qu'il avait demandé ; il franchit les degrés des muderris , fut nommé juge de Jenischehr, et quelques jours après, sans passer par d'autres emplois intermédiaires , il devint tout-à-coup juge de Constantinople , au mépris des règles de la hiérarchie , dont on n'avait pas encore vu de violation aussi insultante.

Les préparatifs de la campagne prochaine que le sultan voulait entreprendre en personne étaient poussés avec la plus grande ardeur. Plusieurs chefs de familles riches et puissantes ayant offert de lever des troupes à leurs frais , on leur en donna le commandement : ainsi Ibrahim-Chansade-Ali-Beg , qui avait pour aïeul le grand vesir Gendsch- Kapudschi , vit ranger sous ses ordres treize cents hommes, Kœprilisade-Nuuman-Beg quinze cent cinquante, Dschowan-Kapudschisade-Ahmed treize cents. Les inspecteurs des chancelleries durent mettre des soldats sur pied, chacun suivant ses facultés ; le defterdar fournit cent cinquante hommes ; l'on tira mille bostandschis du sérail de Constantinople, cinq cents de celui d'Andrinople, et tous furent revêtus de jaquettes, de pantalons et de bonnets uniformes. Les prestations en argent et en nature furent exigées très-rigoureusement ; cependant les pensionnaires de l'état, auxquels on avait retenu jusqu'alors un tiers de leur pension comme contributions de guerre, en leur payant les deux autres tiers en paras évalués sur le pied de quatre aspres, touchèrent intégralement ce qui leur avait été attribué po paras comptés è trois aspres seulement.

Maintenant les étendards furent arborés à Daud- Pascha [8 avril 1690], et douze jours après le sultan se mit en marche pour Andrinople. Immédiatement avant ce départ, deux fêtes de famille avaient donné à la capitale le spectacle de pompeux cortèges et de brillantes illuminations. Fatima, fille de Mohammed IV, avait épousé le gouverneur de Silistra , Tirnekdschi-Mohammed-Pascha, et le sultan avait rendu grâces au ciel de la naissance d'une fille, la sultane Aisché. Occupé des préparatifs de guerre, Mustafa II ne portait pas moins son attention sur l'administration intérieure, où de nombreux abus s'étaient enracinés par une trop longue tolérance; il envoya l'ancien defteremini Mohammed-Beg en Égypteafin de rétablir la régularité dans la livraison des grains, pour les pauvres de la Mecque et de Médine; il rendit une ordonnance rigoureuse pour mettre un terme au débordement des mœurs des Zigeunes. Après un séjour de six semaines à Andrinople, l'armée poursuivit sa marche vers Sotia. Là se rencontrèrent les Musulmans de la suite du beg de Maina, le fameux Liberaccio, auquel oa avait donné pour épouse la veuve d'un prince de Moldavie , pour plus grande garantie de sa fidélité , et qui n'en rompit pas moins sa foi et passa du côté des Vénitiens avec tous les Grecs. Craignant les efforts réunis de ce transfuge et des Vénitiens sur Salona , le serasker de Morée, Miszirlisade-lbrahiro- Pascha, détacha le sandschakbeg de Livadia , Mobammed-Pascha , avec vingt compagnies, pour maintenir les habitants de ces cantons. Les gens de Salona et des environs prêtèrent un nouveau serment de fidélité au sultan, remirent en otages trois de leurs kodscha-baschi et se firent inscrire au nombre de deux cents sur les rôles de la capitation. Quatre galères vénitiennes avaient enlevé Liberaccio-Geratschari , investi récemment comme beg de Maina par le tambour et la bannière. C'était là une triste nouvelle; mais en compensation Ton apprit au camp du sultan que le serasker de Babataghi , Jusuf-Pascha , à la tête de mille ottomans, et Ghasi-Girai avec trente mille Tatares, avaient heureusement ravitaillé la place de Raminiec. Le grand maréchal de la couronne de Polo gne réunit toutes ses forces afin de protéger

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