‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 146 sur 384 · LIVRE LX · texte numérisé non relu

LIVRE LX

ducats de Constantinople ayant ainsi été réduit, ces espèces, que l'on ne voulait pas prendre d'après leur valeur réelle , disparurent toutes, et Constantinople fut inondé de ducats égyptiens, algériens, tunisiens, et antres dont la valeur était bien moindre , et les excellentes monnaies sortirent du pays. Maintenant, pour les ramènera la monnaie , l'on ordonna de frapper une sorte de ducats au titre de 300 aspres , qui , ne devant pas être confondue avec les anciens, porterait l'empreinte de la tughra. Les vieux ducats, qui avaient été fixés à 100 drachmes d'or de 100 aspres, furent fondus et convertis en tughralis. Les piastres turques, écus au lion et solotas, qui jadis avaient eu plus de valeur que les écus étrangers , et qui ensuite étaient retombés au même cours, descendirent depuis la dernière refonte des monnaies, de quatre paras au-dessous. Maintenant les piastres étrangères furent rassemblées par la monnaie et converties en espèces turques qui reçurent l'empreinte du chiffre du sultan. Outre les établissements de Constantinople, on fit frapper l'or à Andrinople et à Smyrne ; l'argent à Andrinople, Smyrne, Erserum. Au Kaire, l'inspecteur des monnaies, le juif Joseph, qui pour sa charge payait annuellement au trésor vingt-cinq bourses , fut tué dans une insurrection parles troupes, mécontentes qu'il eût expulsé son prédécesseur. Toutefois l'on confisqua tous les biens de ce fonctionnaire immolé par des rebelles, et ceux du kiaja des tschauschs Jusuf, parce que, durant l'administration de ce Jusuf, les daents égyptiens appelés eschrefis avaient offert une plus mauvaise composition que ceux de Constantinople ; en sorte que la somme envoyée annuellement par l'Egypte au trésor subissait une réduction de quatrevingts bourses.

Comme il fallait se procurer de l'argent par tous les moyens pour aider à supporter les frais de la guerre, on taxa aussi les eunuques noirs. Ceux de l'étrier impérial et ceux que l'on bannissait en Égypte durent abandonner à l'état un quartier de leur traitement annuel. Des ordres furent adressés en conséquence au gouverneur d'Égypte ; mais le trimestre qu'il fit passer à Constantinople n'offrit que quarante-quatre bourses et demie. Afin de couvrir les dépenses de la

flotte et de l'arsenal pour l'année suivante , Jusuf-Efendi . intendant de l'arsenal impérial à Constantinople, avait ouvert, trois mois avant le commencement de l'année, les paquets contenant les bordereaux de la capitation , et levé cette taxe ; cette faute le fit mettre à mort. Des plaintes élevées contre les oppressions de Tariakdschi-lbrahim-Pascha , gouverneur de Karamanie, déterminèrent aussi le supplice de ce dignitaire. Jusqu'alors les gouverneurs de Dschidda avaient été tenus d'envoyer en Égypte une somme d'argent sous le nom de kaschufije ou taxe du kasehif , et une autre à Constantinople, appelée awaid ou excédent. De là bien des vexations et bien des plaintes. Maintenant le dey des Mamluks, Ahmed, fut investi du sandschak de Dschidda , et revêtu en môme temps du titre de scheichol-bcled de la Mecque, avec la seule obligation pour lui de faire passer annuellement à la Mecque 15,000 piastres pour l'entretien des pèlerins nécessiteux. Tscherkes-Kutschuk-Osman-Pascha fut envoyé dans l'Asie-Mineure avec deux cents bostandschis et 20,000 piastres pour mettre en ordre les affaires de ce pays.

La sultane Validé s'était approprié l'emplacement d'une église brûlée à Galata, afin d'y construire une mosquée; maintenant ce temple était achevé, et du haut de ses minarets les mue7zims appelèrent les fidèles à la prière. Ce qui avait plus d'importance pour l'empire, alors en guerre avec des puissances redoutables, c'était l'établissement d'une nouvelle fonderie de boulets à Pirauschla. Jusque là il n'y avait eu qu'une seule fonderie de ce genre à Ranyaluka , encore ne travaillait-elle que l'été. Un habile colonel d'artillerie, Ali-Aga, dut se transporter, avec les ouvriers et les artisans nécessaires, de Constantinople à Pirauschla, pour diriger la nouvelle construction, et faire convertir en boulets le produit des mines de fer du pays, sans aucune interruption pendant l'été. Les sujets de dix villages des juridictions de Pirauschta, Kawala, Rereketli, employés jadis dans les mines d'argent de Sidre-Kaisi, furent attachés à la nouvelle fonderie , obligés d'y transporter la terre, le minerai, le sable et le charbon, de fouiller les mines, et de conduire les boulets fondus au port de Kawala.

MP1RE OTTOMAN

Pour assurer l'embouchure du Kuban contre le» tschaiks russes , on éleva sur ce point du littoral de la mer d'Assow une forteresse en forme de parallélogramme , à laquelle fut donné le nom d'Atschu; un beglerbeg l'occupa aussitôt avec une garnison suffisante. Une tribu tatare qui jusqu'alors avait vécu parmi les Kalmuks, à l'état d'esclavage, secoua le joug et se réfugia dans une île située au milieu du Kuban , entre la nouvelle forteresse d'Atschu et celle de Temruk, d'une circonférence de vingt-cinq lieues à peu près. Poursuivie par les Kalmuks, elle combattit en désespérée, pour la vie et la liberté, et se fortifia dans l'île.

La Porte ne ralentissait pas ses préparatifs militaires; on poussaitaveclaplus grande activité la construction et l'équipement des ▼aisseaux de guerre , afin de compléter les flottes destinées à entrer dés le commencement de la campagne dans la mer Noire , l'Archipel et le Danube. Vers l'Archipel furent expédiés vingt galions, six galères des begs de la mer et quelques frégates. Les vingt galiotes construites près de Sinope, les vingtcinq tschaiks équipées à Rusdschuk sous la direction du kapudan du Danube, quinze galères et cinq galions durent prendre la mer au plus tôt. Pour la flotte du Danube on tira de Nicopolis, Rusdschuk. Silistra, et même de Belgrad , douze tschaiks ; les directeurs des ports d'Ismaïl, Isakdschi, et les commandants des redoutes à l'embouchure du Danube fournirent chacun une tschaik ; le commandant du port de Kilia en livra deux ; on en demanda cinq aux woiwodes de Valachie. En outre la Porte arma encore dix galiotes , treize frégates, et se procura trente-neuf autres tschaiks et cent radeaux. Pour la solde des marins envoyés dans l'Archipel il fallut 1166 bourses , pour la flotte de la mer Noire 593 , pour la flottille du Danube 713. La plus grande partie de cette somme fut donnée en argent comptant, le reste s'acquitta au moyen d'assignations.

Un peu avant que les queues de cheval fussent arborées , l'ambassadeur persan Abulmaassum , chan du Chorasan , venu pour offrir les félicitations du schah au sultan Mustafa, obtint une audience solennelle [ 12 avril 1697]. Il y eut échange de présents entre les souverains. La Porte se montra ma-

gnifique envers le représentant du monarque persan , dont le séjour d'un mois et demi dans l'empire coûta 260 bourses. De son côté , le sultan envoya auprès du schah l'ancien reisefendi Mohammed-Beg , alors inspecteurgénéral des chambres. Le reis-efendi actuel Rami fut destitué , parce que le grand vesir ne voulait pas qu'il accompagnât encore le sultan à la guerre ; il se rappelait que dans la campagne précédente , Rami appelé deux fois auprès de son maître l'avait aidé à rédiger des chatti-schérifs. Confiné dans Constantinople , Rami dut céder sa place au maître des requêtes de la chambre des comptes Malie-Mohammed , connu sous le nom de Kulschuk-tschelebi.

Gomme la route de Nissa à Belgrad était couverte de forêts , infestée de brigands , le beglerbeg de Rumili, Dschaafer, reçut ordre d'éclairer la marche le long des bois en commençant à quatre lieues de Nissa jusque pardelà Hiszardschik; on lui donna pour cela des mineurs de Ssamakowa et an colonel de dschebedschis, qui avait des troupes suffisantes. Des commissaires et des ouvriers furent aussi envoyés au défilé de Kisilderbend, afin de rendre le chemin praticable pour les bagages, ou d'en établir un nouveau. Le 30 avril 1697, la tente impériale fut dressée hors de la ville , et sept jours après le sultan alla l'occuper avec le cérémonial accoutumé. Des ordres furent expédiés de tous côtés pour hâter l'arrivée des troupes, et le 17 juin , l'armée quitta Andrinople. Elle atteignit Sofia le k juillet. Là on apprit la levée du siège de Bihke(Bihacz), ancienne résidence des rois croates, que le ban de Croatie et le général Auersperg avaient entrepris avec vingt-six pièces d'artillerie et quatre mortiers; leurs efforts continués pendant un mois leur avaient coûté de grandes pertes , et ils s'étaient vus repoussés dans de sanglants assauts. Au nombre de leurs blessés se trouvèrent le comte Walmoden et le baron de Sicklngen. A Sofia, le gouverneur de Diarbekr, Daltaban-Mustafa-Pascha , contre lequel s'élevaient de nombreuses plaintes d'emprisonnements arbitraires, de vexations et de concussions, fut confronté avec ses accusateurs. La réalité des charges ayant été démontrée , le gouverneur dut d'abord restituer ce qu'il avait pris , et le sultan le con-

LIVIUL LX.

damna môme à mort ; quelques-uns des favoris du sultan intercédèrent pour le coupable, qoi toutefois ne put conserver la vie qu'au prix de toute sa fortune. Le trésor recueillit ôOO bourses de cette confiscation. Daltaban fat banni à Potschtil dans l'Herzegowina , assiégé tout récemment par les Vénitiens , avec aussi peu de succès que le chAteau de Nowasin. Canngetti , à la tète de quinze cents Morlaques, avait entrepris deScng une irruption dans les districts bosniens de Soniani , Chrck et Samissa, et, pénétrant jusqu'au cœur de Bosna et d'Hersek , dans l'espace de douze jours il avait dévasté , incendié cinquante bourgs, villages et palanques. A Sofia, le grand vesir se sentit saisi de tristes pressentiments ; ayant vu en songe Mustafa-Kceprili qui, après avoir goûté à un sorbet, lui présentait le reste, il en conclut qu'il était destiné à vider la coupe du martyre dans cette campagne. Après un séjour de deux semaines a Sofia , l'armée se mit en marche et atteignit Belgrad en vingt-cinq jours. Là le gouverneur de Temesvar, Dschaafer-Pascha, vint déposer son hommage aux pieds du sultan et recevoir lui-même des félicitations. Car il traînait à sa suite le capitaine de Karansabes, saisi dans une partie de chasse, et dont la déclaration sur la faiblesse de la garnison occupant la palanque lui avait inspiré l'idée de surprendre cet ouvrage, qui ▼enait d'être emporté et livré aux flammes.

La tâche la plus pressante de l'armée ottomane était le ravitaillement de Temesvar ; aussi dirigea-t-on bien vite sur cette place un transport de trente mille kilos de grains. Des mesures furent prises pour assurer les rives du Danube et les préserver des brigands qui les infestaient. A Belgrad , on apprit la victoire remportée par Mezzomorto dans les eaux de Lemnos, sur Molino, commandant de la flotte vénitienne (1). Deux bâtiments ennemis avaient été coulés bas , l'un dans le voisinage du port de Sakaria , l'autre près de Mitylène. On envoya une pelisse d'hon-

(l) Dans Raschid, I. i, p. 2J1 , le 15 silhidsche t 5 juillet 3; dans Biiozcii, I. îv, p. G juillet, il faut substituer, on le 16 silhidschc au lieu <lu 15 dans Hascliid. ou le 5 au lien du 6 juillet, dans BîtozcrL

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