‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 147 sur 384 · TOM. IU · texte numérisé non relu

TOM. IU

neur à Mezzomorto pour le récompenser de cet exploit. A Belgrad, deux ponts avaient été construits l'un sur le Danube , l'autre sur la Save, afin que l'on pût se transporter à volonté dans le Banat ou en Sclavonie. Deux conseils de guerre furent tenus, le premier chez le grand vesir , l'autre en présence du sultan. Les vesirs, blessés par les dures paroles que leur avait adressées El mas- Mohammed-Pascha, s'étaient concertés pour le contrarier sur tous les points. Amudschasade-Husein, pascha de Belgrad, s'exprima sans partialité et avec indépendance : « Voilà trois fois , dit-il , que vous vous mettez en campagne sans avoir enlevé un pouce de terrain aux infidèles ; si vous êtes en mesure, assiégez Peterwardein. » Il démontra les conséquences funestes de l'opinion des vesirs , qui conseillaient de franchir le Danube et la Theisz , pour aller fondre sur le camp ennemi le long de la Bacska. Il représenta que le passage de tant de rivières et de marais serait fort difficile ; que l'ennemi, adoptant le même système qu'à la bataille de Saint- Gotthard, laisserait une partie de l'armée s'engager sans lui opposer de résistance, pour l'attaquer ensuite ; qu'il était impossible d'emporter des vivres pour plus de vingtcinq jours; que l'on souffrirait donc de cruelles privations ; qu'en cas de revers la retraite serait extrêmement périlleuse; qu'en se portant sur Peterwardein, au contraire, on était assuré des transports de vivres par le Danube ; que par conséquent il fallait franchir la Save plutôt que le Danube. Ces raisons bien conçues et bien exposées, appuyées d'ailleurs par le grand vesir, ne purent l'emporter sur les idées soutenues par des adversaires ligués pour perdre Elmas-Mohnmmed- Pascha; l'on franchit donc la Ternes, la Bega et la Theisz, et l'on rampa sur la rive droite da cette dernière rivière. Là parut Schehbas- Girai avec les Tatarcs; il excusa son frère Sélim-Girai . qui n'avait pu se rendre à l'invitation du sultan, parce qu'il lui fallait défendre son pays contre les Busses, et fut gracieusement reçu par Mustafa II.

L'armée ottomane sous 1rs ordres du grand vesir, et celle des chrétiens conduite par le prince Eugène, se portèrent toutes deux sur Titel, forteresse située au-dessus de j l'embouchure de la Theisz dans le Danube.

Le grand vesir devança le prince, culbuta les troupes du général Nehm , chargé de couvrir Titel, et livra l'assaut à cette place, qui fat incendiée (1). Un corps de hussards tombé entre les mains des Turcs fut massacré sans pitié. Le général Nchm se retira tout en combattant. Le grand vesir marcha dans la direction de Peterwardein. Les chrétiens avaient mis le feu au pont de Valova, long de deux cents aunes ; mais les deux extrémités seules avaient été incendiées. On le rétablit en toute hâte, et le grand vesir s'occupa lui-même des détails de celte opération , ce que les vesirs affectaient de prendre pour de la petitesse d'esprit. De là jusqu'à Peterwardein, il y avait encore neuf autres ponts à établir, dont chacun exigeait quelques jours. Eugène , qui était posté sur la Theisz avec la principale force de son armée , détacha en avant le prince de Commercy avec quinze bataillons et douze canons, et le suivit de près. Les impériaux étaient établis dans le camp retranché près de Peterwardein, avant l'arrivée du grand vesir (2). Ce jour-là l'armée turque avait fait une marche de huit heures, et avait cruellement souffert de la soif [ 7 septembre 1697 ] . Comme il parut impossible de réussir dans une attaque sur le camp retranché , et que toutes les tentatives pour attirer le prince hors de ses lignes restèrent sans résultat , les Ottomans tinrent un conseil de guerre ; il y fut résolu de marcher vers Szegedin , et de faire entrer la flottille du Danube dans la Theisz , pour que l'armée tirât facilement ses approvisionnements. Eugène, informé par ses espions des projets du grand vesir, donna l'ordre au comte Schlick d'aller se jeter dans Szegedin avec dix-sept cents fantassins , et lui-même se mit à la poursuite du grand vesir, marchant sur douze colonnes, six de cavalerie et six d'infanterie. Le petit Dschaafer-Pascha , saisi par quatre hussards et menacé de mort , déclara que le sultan avait renoncé au projet, inspiré par Tœkœli, de

(1) Raschid.l. 1, fol. 232. Porto ottomane nouvellement ouverte. I. ti, p. 778. Histoire du prince Eugène de Savoie, 1. i ,p. 203. Amsterdam i7A0. Exploits héroïques du grand général Eugène, 1. i, p. SIS. Krankfurt et Lcipiig ,

(2) Ibidem.

marcher sur Szegedin ; qu'il avait pris la résolution de passer la Theisz, près de Zenta, en se dirigeant vers Temesvar, pour envahir ensuite la Haute-Hongrie ou la Transylvanie (1). Eugène pressa la marche de son armée pour atteindre les Ottomans avant qu'ils passassent la Theisz. Du marais de Sirk il se porta sur Saint-Thomas , où alors se trouvait un pont sur lequel ou franchissait le marais , et qui a été remplacé par un canal unissant le Danube à la Theisz, et coupant le chemin de Szegedin. Le pont ayant été brûlé par les Turcs, on en établit deux pendant la nuit : l'un pour l'infanterie , l'autre pour l'artillerie. Eugène resta d'abord avec la cavalerie contre le marais, puis se dirigea vers Pecske. Le 11 septembre , à deux heures après midi , il atteignit les bords de la Theisz. La cavalerie traversa aussitôt la rivière sur le pont de Zenta , se lançant à la poursuite du sultan sur la rive gauche , où déjà était parvenue la plus grande partie de la grosse artillerie et des bagages ; mais la force de l'armée , l'infanterie était restée en deçà de la rivière, où elle s'était retranchée derrière un double rem part de terre, aussi élevéque les murailles d'une forteresse. Descanons établis sur la rive môme de la Theisz la protégeaient contre l'ennemi qui aurait voulu la prendre à revers, et défendaient en même temps les abords du pont. L'action se passa ici comme à Saint- Gotthard : l'armée ottomane fut attaquée au passage de la rivière , avec cette différence toutefois qu'à Saint-Golthard elle franchissait le Kaab pour fondre sur les impériaux, tandis qu'ici elle voulait mettre la Theisz entre elle et l'ennemi , qui la chargea rudement avant que le mouvement fût entièrement opéré ; et il arriva justement ce que le grand vesir et Husein-Pascha avaient prédit dans le conseil de guerre de Belgrad. L'aile droite des chrétiens était commandée parle comte Guido de Starhemberg, la gauche par le comte Bussy-Rabutin ; au centre se tenait Eugène. La droite des Turcs avait pour chefs le bcglerbeg de Rumili , Dschaafer-Pascha et le sandschakbeg d'Awlona , Kaplan - Pascha,etFasli-Pascha, guide de l'armée ; l'autre

(1) Histoire du prince Eugène, I. i, p. 210.

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