‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 15 sur 384 · LIVRE LU · texte numérisé non relu

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argent à 50i0, et se montrait en tout plutôt spéculateur qu'homme politique (1).

A Constantinople le peuple et les divers partis s'entretenaient beaucoup de la venue problématique d'Ipschir ; on se demandait ce qu'il faudrait attendre, s'il venait, qui serait rançonné, qui déposé, banni, misé mort. On consulta le mufti pour savoir s'il ne vaudrait pas mieux interdire tous ces propos et châtier quelques-uns de ceux qui enfreindraient la défense. Le sage mufti pensa qu'il ne serait d'aucune utilité de défendre les conversations sur tous ces sujets, et l'historiographe de l'empire ajoute : a Véritablement c'était là une sage opinion. » L'agent d'affaires d'Ipschir et le président de la chancellerie des registres (Rusnamedschi) partirent pour l'Asie au-devant du grand vesir. Le reis-efendi Schamisade obtint un chatti-schérif qui lui ordonnait, en considération de la nécessité de sa présence près de la Sublime Porte, d'attendre l'arrivée du grand vesir à Skutari , et de le recevoir en ce lieu avec le tschauschbaschi. Cependant Ipschir s'était avancé par Ishakli jusqu'à Nicomédie. A Ishakli , lui avait été présenté son ennemi Katirdschioghli, sandschak-begd'Hamid, dont la grâce avait été due à l'intercession du kapudan-pascha Murad , et il l'avait reçu avec plus de bienveillance que Katirdschioghli ne s'y attendait. « Gracieux seigneur, avait dit le sandschak-beg en jetant par terre son casque et se prosternant aux pieds du vesir, je suis ton esclave, qui avoue sa faute et accourt pour te servir; voici le fer, voici mon cou ; il t'appartient de commander le supplice ou de pardonner. » Ipschir, sentant son orgueil flatté par cet abaissement et cette soumission de son ennemi, l'accueillit avec bienveillance, lui rendit son casque et son sabre , et le revêtit d'un kaftan d'honneur. Quand le grand vesir fut à Nicomédie, la crainte et l'espérance agitèrent la capitale (février 1655). Dans un conseil tenu près du sultan, auquel assistèrent le mufti , le kaimakam , le kapudan-pascha, le souverain déclara sa volonté, que le sceau fût remis au defterdar, fidèle serviteur, bien préférable à l'indocile Ipschir. M urad-Pascha prit la parole pour sup-

(I) Naima, 1. u, p. 489 et 490.

plier son mattre de ne rien précipiter, d'attendre l'arrivée d'Ipschir; ensuite tous les emplois se distribueraient, « Que dites-vous à cela? » demanda le sultan au mufti et au kaimakam ; mais tous deux , consternés , ne trouvèrent d'autres paroles que : « C'est l'ordre de mon padischah. » Le kislaraga , les eunuques intimes, amis du defterdar et ennemis de Murad, interprétant le silence du mufti et du kaimakam en faveur de leur protégé , dirent alors au sultan : « Mon padischah , ne prêtez pas l'oreille à Murad , cet oppresseur qui a déterminé le meurtre de votre père Ibrahim. » De violents débats s'élevèrent entre les eunuques et Murad. Le sultan, troublé, mécontent, leur ordonna de sortir. Hors de la salle du conseil , les eunuques assaillirent le kapudan-pascha d'injures et de coups , tirèrent même leurs poignards, et crièrent au baltadschi qui le suivait : « Tuez-le I » M urad-Pascha , saisissant son poignard , se défendit contre les assaillants. Comme c'était un homme agile et vigoureux , il s'ouvrit rapidement un passage en se retirant par la porte , et se trouva entouré de sa suite et de ses domestiques. Alors il s'écria : a Vous ne tarderez pas à subir votre châtiment pour avoir entraîné le padischah dans la voie de l'erreur; il me convient de dire la vérité; que l'empereur fasse ensuite ce qu'il voudra. » Les bostandschis, ne sachant ce que tout cela signifiait , voulaient tomber sur lui , lorsque heureusement survint le bostandschi-baschi ; et l'on détourna une hache prête à frapper la tête de Murad. Telle était alors la liberté des délibérations en présence du sultan. Pour atténuer l'effet de telles scènes sur le grand vesir, on envoya à sa rencontre son ami , le chodschadu sultan, Kihan-Aga, qui fut chargé d'une lettre flatteuse de la main du maître et d'une pelisse d'honneur. Ipschir reçut le chatti-schérif avec les marques d'un profond respect , et le député avec amitié ; puis, dans un entretien intime , il dit à celui -ci : 9 Écoute , aga , je sais qu'à l'instigation do quelques traîtres le padischah avait résolu de me mettre à mort; mais, me confiant en Dieu , je veux néanmoins servir la foi et l'empire ; ensuite qu'ils fassent ce qu'ils veulent. » Rihan protesta, en invoquant trois fois le nom de Dieu , que le sultan et la Va-

lidé étaient amis d'Ipschir, et s'engagea lui-même à le servir auprès de la cour. Maintenant Ipschir manda de Constantinople le tschausch-baschi et le reis-efendi, qui se trouvèrent dans le plus grand embarras , attendu qu'un chatti-schérif leur enjoignait de ne pas quitter la capitale. Murad-Pascha, qu'Us consultèrent, leur dit qu'il leur était impossible de rester, et ils se mirent eu route avec la plus grande répugnance. Le lendemain le directeur des douanes, Hasan , et le secrétaire des sipahis, Kalender-Mohammed-Efendi , allèrent aussi au-devant du grand vesir, portant pour lui de riches présents. Dans le premier entraînement de la crainte , le directeur des douanes offrit même son sérail de Skutari à Abasa-Hasan, remit en secret à Gurd Mohammed et à Begsade-Ali , à chacun une bourse de 250 ducats, et leur présenta en outre publiquement beaucoup d'objets d'un grand prix, afin de se frayer par ces médiateurs la route jusqu'à Ipschir, et d'obtenir de ce grand vesir un favorable accueil. L'inspecteur des registres de la chambre, Aligœs-Mohammed , Kiaja et factotum de Murad-Pascha, s'imagina que , par égard pour son maître , on le recevrait les mains vides. Ipschir ne lui adressa pas une parole, ne laissa pas tomber sur lui un regard , et chargea un de ses officiers de s'occuper de lui. Il déposa le tschauschbaschi , dont il donna la place au kiaja de la sultane Aische; il destitua les six généraux de la cavalerie , et fit occuper leurs places par ses créatures. L'un des agas déposés, Osman, ne voulait pas rendre l'étendard qu'on lui redemandait, parce qu'il comptait sur l'appui de Schaaban , époux de Meleki; mais il lui fallut céder. Le reisefendi , après avoir rencontré l'accueil le plus glacial , ne put conserver aucun doute sur sa destitution prochaine. Ipschir s'était avancé déjà jusqu'à Maldepe, et le lieutenant-général des janitschares avait annoncé dans les chambrées de ses soldats que le lendemain ils eussent à se tenir prêts pour l'entrée solennelle du grand vesir, quand un billet de la sultane Validé lui défendit de laisser un seul janitschare se rendre à Skutari. Cet ordre excita un étonnement général ; et voilà ce qui l'avait provoqué : le sultan ayant fait inviter Ipschir à paraître

seul et sans suite , celui-ci avait répondu qu'il voulait entrer dans la capitale avec toute la pompe attachée à sa dignité. Les janitschares, craignant que tous ces apprêts ne fussent dirigés contre eux , s'armèrent dans leurs casernes. Bientôt l'aga des janitschares et leurs quatre lieutenants-généraux, accompagnés de Chaszekis, s'avancèrent à la rencontre du grand vesir (25 février 1655). Enfin, Ipschir partit de Maldepe en grande pompe. Le mufti, les vesirs, les grands juges l'attendaient à Skutari. Il mit pied à terre seulement devant l'aga des janitschares , l'un de ses vieux amis; quant aux autres , il les reçut à cheval. La marche était ouverte par les chambellans; puis venaient les officiers d'état-major des odschaks, les deux grands juges, les vesirs, le mufti , vêtu de blanc, le grand vesir, complètement habillé de rouge. Derrière lui étaient ses compagnons d'armes les plus dévoués , Hasan-Abasa , Gurd-Mohammed , Begsade , Ali et d'autres chefs de rebelles , coiffés de bonnets dorés. Il descendit , à Skutari , au palais de sa fiancée, la sultane Aische, où un grand festin était préparé. Après avoir pris place entre le mufti et le kaimakam Melek, il présenta ses aflidés, les chefs de rebelles, l'un après l'autre. Le mufti, homme adroit, d'un esprit souple et de manières gracieuses , trouva quelque chose d'agréable à dire à chacun d'eux : « La distinction avec laquelle vous les traitez, dit-il au grand vesir, témoigne de la valeur de ces faucons. » Deux jours après eut lieu l'entrée solennelle par la porte d'Andrinople. On voyait figurer dans le cortège soixante-trois ulémas et tous les grands dignitaires. Des chanteurs attachés aux régiments des janitschares entonnaient les vers composés par eux en cette circonstance , d'une voix si retentissante qu'on les entendait d'une lieue. Derrière le grand vesir marchaient les sipahis, les ssaridsches et les légendes, entourés parles janitschares. Parvenu au sérail, tout le cortège se sépara en se déployant des deux côtés; le grand vesir et le mufti s'avancèrent seuls devant le kœschk. A la porte du grand vesir, les ulémas se retirèrent en saluant. Le lendemain furent célébrées les noces d'Ipschir avec la sultane Aische.

Ipschir commença son admimslration par

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