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déposer ses ennemis et confisquer leurs biens. Le defterdar Morali, auquel il reprochait avec raison d'avoir prétendu au grand vesirat, fut déposé, renfermé, et dans la nuit même on fit partir Gurd-Ahmed-Pascha pour la Morée , afin qu'il y saisit les comptes, les biens et les frères du defterdar. Le kiaja du précédent grand vesir Dervrisch-Mohamed-Pascha , Ali-Aga, signalé pour son savoir et son amour pour la justice, fut mandé chez Ipschir, qui voulut le revêtir de la pelisse d'honneur. « Gracieux seigneur, dit Ali, dites-moi d'abord pourquoi je dois me parer de ce costume , afin que je sache si je suis digne de l'emploi que vous me destinez. » Il lui fallut se couvrir de la pelisse d'honneur , puis Ipschir dit : « Sa Majesté le padischah, de son propre mouvement, t'a fait defterdar. » Ali-Aga se jeta aux pieds du grand vesir et le supplia au nom de Dieu et du Prophète de le délivrer d'un emploi pour lequel il n'était point propre. Ipschir fronça les sourcils et dit .• c Puisque Sa Majesté t'a jugé capable, c'est que l'intelligence ne te manque pas. » Le grand vesir avait plus d'un motif de rancune contre le kaimakam Melek-Ahmed-Pascha , qui avait fait priver Abasa-Hasan de la place d'aga des turkmans , avait aspiré au sceau , et, ne pouvant le saisir, s'était efforcé de travailler au profit du defterdar Morali , et enfin était sorti des limites de ses fonctions provisoires pour s'occuper des questions les plus graves. Ipschir le fit appeler, lui déclara qu'il était gouverneur de Wan et qu'il devait se rendre sans délai à sa destination. Melek-Ahmed-Pascha n'osa pas même rentrer chez lui pour voir son épouse , et du palais du grand vesir se mit directement en route pour Skutari. Cette nuit même des tschauschs furent expédiés derrière lui, pour lui faire restituer 60 bourses qu'il avait reçues comme kaimakam. Le mewkufatdschi et le reis-efendi, ses deux agents les plus dévoués, furent déposés et jetés dans les Sept-Tours. Ssidki-Efendi reçut la place de reis-efendi , qu'il avait jadis occupée. Déli-Burader et son frère , percepteur des contributions des zigeunes , ainsi que Ghodde-Kiaja furent arrêtés. Ipschir ordonna tout cela le visage sombre et menaçant, les sourcils froncés, sans adresser un regard ou une
parole amicale à personne. Par cette conduite insultante il aliéna tous les esprits; il les irrita plus encore par la violation de sa promesse relativement à l'amélioration des monnaies; alors la piastre, qui était donnée au titre de 80 aspres , n'avait pas à beaucoup près cette valeur, car elle contenait une moitié de cuivre au lieu d'argent. La Validé avait fait adresser à Ipschir un chattischérif pour lui défendre de mettre à mort le defterdar Morali. Irrité de cette entrave , le grand vesir obtint une autre lettre du sultan qui bannissait Morali à Chypre. Quand Morali se fut mis en route, des courriers furent dépêchés sur ses traces pour le faire immoler. Deux pupitres contenant chacun 25,000 piastres , qui furent trouvés chez un dépositaire auquel l'ex-defterdar les avait confiés la nuit de sa déposition , servirent à Ipschir pour justifier l'exécution de Morali t qu'il représenta au sultan comme nn traître. Schaaban-Chalife, époux de Meleki, fut obligé lui-même de restituer 80 bourses. Après l'éloigneraent de Melek-Pascha , ses deux principaux instruments , le mewkufatdschi et Ghodde-Kiaja , forent exilés à Chypre et embarqués pour l'Asie. Avant Nicée les tschauschs qui les accompagnèrent avaient été remplacés par quatre légendes. Un aga d'Anatoli, vieille connaissance de Ghodde-Kiaja , qui vint au-devant d'eux avec vingt cavaliers, offrit à Ghodde- Kiaja de les délivrer en massacrant les lewendes. Le mewwkufatdschi ne consentit point à cette proposition malgré toutes les instances de son compagnon d'exil. Le lendemain ils furent atteints par des messagers de mort. Le reis-efendi Schamisade, après avoir vendu tous ses biens pour fournir 180 bourses , ne dut la vie qu'à l'intercession de ses nombreux amis. Il lui fut enjoint d'aller en pèlerinage à la Mecque ; mais il resta caché à Skutari, où le retenait peut-être la goutte. A l'occasion de la fête de i'équinoxe du printemps , Ipschir offrit au sultan trois chevaux d'une merveilleuse beauté, tout couverts de pierreries, avec des étriers, des sabres, des selles et des masses d'armes d'or pur , des ballots de challs et de riches étoffes, et une voiture chargée de 100 bourses de ducats ; à la Validé, il présenta de s objets d'une valeur de 20 bourses: mais le
silihdar et les favoris, contrairement à l'usage, ne reçurent rien du grand vesir.
La ruine d'Ipschir fut amenée par les masses sans frein de saridsches et de segbans , et par les sipahis, auxquels il devait son élévation. Ses trois auxiliaires intimes , Sidi-Pascha, Gurd-Muhammed et Tajjaroghli, auxquels il avait abandonné deswoiwodies dans l'Asie-Mineure , pressuraient le pays qu'ils accablaient de tous les maux de la guerre. Des plaintes arrivèrent en foule à Constanlinople. Les sipahis, auxquels Ipschir avait promis le ghulamijc et le weledsche, le rétablissement des listes jadis détruites et une distribution d'emplois, étaient violemment irrités de ne voir accomplir aucune de ses promesses dont l'épuisement du trésor rendait l'exécution impossible. Ils produisirent leurs griefs ; et, comme on n'y fit point droit, ils écrivirent aux janitschares pour les exciter à faire cause commune avec eux. La lettre fut lue dans la mosquée du centre; d'abord elle resta sans résultat, combattue par le prédicateur Husein et les représentations des officiers. Alors les sipahis s'adressèrent aux chefs des anciennes bandes de brigands, à Gurd- Mohammed, Abasa, et autres champions de ce genre, afin d'obtenir par cette médiation qu'on leur tînt parole. Ipschir répondit à ses compagnons que les demandes des sipahis n'avaient pas obtenu l'assentiment du sultan ; que plusieurs de ces gens avaient mal compris ses paroles, et que néanmoins il les protégerait contre les effets de la colère du sultan , qui avait ordonné de les châtier ; qu'il leur fallait prendre palience jusqu'à la sortie de la flotte; qu'ensuite il mettrait l'affaire en bon train. Les médiateurs furent alarmés de cette réponse imprudente , qui révélait le plan formé par le grand vesir de se défaire des agitateurs. Ipschir avait fait inscrire dans les sipahis destinés pour la Crète des miliciens irréguliers des provinces qui lui avaient demandé ces sortes de places; et Katirdschioghli luimême devait s'embarquer pour cette fie avec quelques centainesde ses gens. Aux désordres de ces ssaridsches, aux exigences des sipahis et à la crainte que pouvaient inspirer leurs interprètes, vint se joindre encore l'hostilité du puissant kapudan-pascha Murad , qu'Ipschir
traitait sans aucune espèce d'égard , et dont il songeait à se débarrasser. Le grand vesir insista sur le prompt départ de la flotte. <r II faut absolument que la flotte prenne la mer cette semaine, dit-il un jour dans l'arsenal au kapudan-pascha , c'est la volonté irrévocable du padischah. » Murad lui répondit que c'était impossible, tant qu'il n'anrait pas obtent 400 bourses nécessaires pour achever l'armement, a Seigneur collègue , reprit Ipschir, au temps de votre grand vesirat vous avez emprunté 400 bourses dont la reconnaissance se trouve encore parmi les papiers du sultan; plusieurs fois il m'a ordonné de recouvrer cette somme, et jusqu'alors je m'étais abstenu par ménagement pour vous et dans la pensée que vous la réserviez pour l'équipement de la flotte ; mais je ne puis différer plus long-temps ; prenez donc sur vous-même les 400 bourses dont vous avez besoin. » Murad répliqua que depuis long-temps il avait payé, mais qu'il n'avait pas osé réclamer la reconnaissance. Ipschir refusa les fonds demandés de la manière la plus positive, et Murad, voyant nettement que le grand vesir méditait s* perte , promit maintenant avec une condescendance affectée de mettre à la voile au plus lot. En effet l'équipement fut poussé avec la plus grande rapidité, tandis que sous main le kapudan-pascha mettait en mouvement tous les leviers pour renverser son ennemi. Il fit appeler de nuit Gurd-Mohammed, sut l'amener à seconder ses plans, ainsi que d'autres agas des sipahis et S> haaban- Chalife, époux de la Meleki, si influente auprès de la Validé. Dans la ville fut répandu le bruit qu'Ipschir voulait faire venir d Asie des lewendes et des sipahis afin d'écrsser les janitschares , et qu'il préparait ensuite sa retraite au-delà du Bosphore. Tout cela était l'œuvre de Murad pour exciter les janitschares. Enfin Gurd-Mohammed découvrit aux sipahis mécontents à Skutari le plan du changement médité dans le gouvernement , et avec cinq cents d'entre eux se rendit sur l'hippodrome [8 mai 1055]. Des députés allèrent trouver les janilschareset ramenèrent de9 officiers de cette milice, qui feignaient de se faire entraîner de force. Deux des plus anciens soldats des deux corps et leurs représentants s'embrassèrent au milieu des
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acclamations générales, l'alliance et l'amitié furent jurées ; puis de tous les points des voix s'élevèrent contre l'oppression et les iniquités qui faisaient gémir les provinces et la capitale. On lut une quantité de fetwas rendus à cet effet par les ulémas des gouvernements de l'Asie-Mineure , et en conséquence il fut résolu qu'on se ferait justice soi-même. Sous la conduite de Gurd-Mohammed les insurgés se rendirent auprès du mufti pour demander son concours. Le mufti promit tout pour se délivrer, et porta le premier au grand vesir l'effrayante nouvelle du soulèvement. Ipschir par un rapport demanda au sultan l'assistance nécessaire. Le grand chambellan vint de la part du souverain exhorter les rebelles à se séparer, et à présenter leurs demandes par des voies régulières. «L'ordre est du padischah , dit Gurd-Mohammed ; notre requête pour l'anéantissement du grand vesir est toute prête. » D'après les dispositions de Murad , provocateur de tous ces mouvements, les sipahis fur*ent traités cette nuit-là comme des hôtes par les janitschares. Les canonniers et les armuriers, qui n'avaient pris aucune part aux révoltes précédentes, s'étaient réunis cette (ois aux mutins, et restèrent toute la nuit sur l'hippodrome. Le lendemain, par le conseil de Murad, le sultan se rendit du palais de l'arsenal, où il avait attendu jusqu'alors, au sérail ; enfin le troisième jour la ville tout entière fut en mouvement. Les rues étaient parcourues par des troupes de sujets accourus d'Asie pour se plaindre , portant sur leurs têtes des flambeaux allumés, comme un symbole de l'incendie qui dévorait l'empire. Les segbans, les ssaridsches, les sipahis et les janitschares formaient des masses énormes réunies sur l'hippodrome ; là fut rédigée la requête au sultan , pour demander les têtes d'Ipschir et des kiajas. L'aga des janitschares Kenaan- Pascha vint au nom du sultan les exhorter an repos , promettant que le sceau de l'empire serait donné à un autre. De la multitude s'élevèrent des cris accusateurs : « Oppresseur, n'est-ce pas toi qui as distribué tant déplaces qui n'étaient pas vacantes, et privé ainsi de pain tant de braves jeunes gens? » Et aussitôt Kenaan , assailli par ces furieux , put à peine s'échapper au galop et regagner Iesér8il. Maintenant la colère se tourna contre