‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 156 sur 384 · LIVRE LXI · texte numérisé non relu

LIVRE LXI

de plusieurs commentaires et de traités, mais poussé par nne avidité de pouvoir et de domination bien supérieure encore à son savoir, dès le règne du sultan Ahmed II il s'éleva a la première dignité de la loi , dont il fut de nouveau revêtu sous le sultan Mustafa II, et c'est alors que s'établit sa domination. 11 usa de son pouvoir sur le sultan, son élève, pour élever sa propre famille , au mépris de tous égards pour les plus dignes ulémas et de toutes les formes d'une antique institution. Peu satisfait d'avoir créé l'aîné de ses fils nakibul-eschraf , il demanda et obtint pour ce jeune homme non-seulement le titre et le rang de mufti , mais encore la survivance à la première dignité de la loi , qui fut garantie par un diplôme du sultan. Un autre de ses fils, Ahmed, fut élevé comme juge de Brusa au rang de grand juge d'Anotoli , dont le titre et les fonctions réelles furent conférés au troisième , Mustafa ; un quatrième , Ibrahim-Efendi, devint précepteur du prince héréditaire Mahmud. L'oncle d'Ibrahim, Ahmed alla rendre la justice à la Mecque , et un autre parent encore, Esseid-Mohamroeddede , fut nommé grand juge de Ruraili ; Abdullah-Beg , l'un des fils du troisième Kœprili , sans avoir rendu aucun service antérieur, sans être recommandé par aucun mérite . fut revêtu du caractère de vesir, non point à cause de sa parenté avec le premier ministre, mais parce qu'il était gendre du tout-puissant mufti. Parmi les paschas gouverneurs, son protégé Mustafa , surnommé Daltaban, était simple janitschare du village de Petritschik , près de Monastir, et ne savait ni lire, ni écrire; sous le grand vesir Kara-Ibrahim , il devint successivement premier planteur de tente, messager porteur des rapports, chambellan, aga des dschebedsrhis, puis des janitschares. Étant commandant de Babataghi et pa*cha à deux queues, il avait fait une irruption en Moldavie et s'était avancé jusque fous les murs de Soroka ; mais il avait échoué dans le siège de cette ville comme dans sa tentative pour déterminer la Pologne à la paix. Devenu gouverneur d'Anatoli , ses nombreux actes d'oppression et de cruauté provoquèrent contre lui des accusations , et le grand vesir Elmas lui aurait fait subir la peine de mort qu'il méritait, si dès-lors le mufti Feisullah

ne l'avait couvert de sa protection , de sorte que sa peine fut réduite au bannissement sur la frontière de Bosnie. Grâce à cet exil , il n'assista point au désastre de Zenta , et obtint de grands succès comme serasker de Bosnie: dans une campagne , il reprit vingtquatre chateaux-forts en-deçà et au-delà de la Save. Aussi , quand Ismaïl-Pascha , gouverneur de Bagdad, se trouva impuissant contre les Arabes rebelles de Baszra et de Kawarna, Daltaban fut nommé au gouvernement de Bagdad : il courba les Arabes sous son joug de fer, comme on le verra plus tard , mais outragea tous les droits de l'humanité par son atroce cruauté et son effroyable tyrannie. Il travailla de ses propres mains à la démolition de l'hôtel du consulat et de l'église des Français en cette ville , et donna le premier coup de pioche contre les murs. Une femme arabe ensuite ne voulant pas déclarer où était l'argent d'un scheich son mari , il lui fit déchirer le ventre par des serpents, puis ordonna de la jeter dans le Tigre. Lekiaja du grand vesir était alors Hasan, surnommé le fugitif, qui plus tard devait causer de si grands maux dans le poste de kaimakam ; cette dernière place se trouvait occupée par un autre Hasan appelé le gendre, auquel avait été unie la sultane Chadischa , jadis fiancée du grand vesir Kara-Mustafa t et qui reçut plus tard le sceau de l'empire. Le tschausch-baschi M as ta fa- Aga était le gendre du grand vesir Kara-Mustafa-Pascha, immolé par ordre du sultan. Le fils de cet infortuné, Ali-Beg, se poussa à l'aide de la protection du grand vesir actuel , son parent maternel , devint gouverneur de Candie et obtint la main de la princesse Rakije , fille du sultan régnant. Les sœurs de cette princesse, les sultanes Aische et Emine, âgées l'une de cinq et l'autre de six ans, furent fiancées aux gouverneurs de Damas et d'Erserum , Hasan et Kuuman-Pascha , et on leur assigna sur les contributions des tribus de Torgliud et d'Uschak un revenu annuel de 60,000 piastres; mais comme Hasan-Pascha tomba bientôt dans la dfcgrâce, la main d'Aische fut donnée au silihdar Ali , pascha de Tschorli , qui devint plus tard favori du sultan et grand vesir. Alors Mezzomorto, le vainqueur des flottes vénitiennes, le conquérant de Chios, était kapudan-pascha , et la.

place de kislaraga était occupée par Nésir, surnommé le gaucher, eunuque vaillant et actif, d'un cœur ardent et généreux , d'un esprit brillant et vif, adonné à la poésie, dont la bouche répandait des vers harmonieux , et dont la main s'ouvrait pour laisser tomber l'or sur le mérite ou l'infortune : tels étaient les hommes qoi donnaient l'impulsion an gouvernement du sultan Mustafa.

Six mois étaient écoulés depuis la paix de Carlovicz , et le temps approchait où les ambassadeurs de l'empereur , de la Pologne, de Venise et de la Russie , devaient se rendre à Gonstantinople pour l'échange des ratifications des traités divers. Pour que leur réception se fît avec plus de pompe , il fut décidé que le sultan retournerait à Constantinople; à la On d'août la cour quitta Andrinople et se mit en marche dans l'ordre accoutumé; le sultan , tout en se livrant au plaisir de la chasse à cheval, arriva au bout de treize jours à Siliwri ( Selymbria ) où le grand vesir et le mufti se rendirent en voiture. Dans le voisinage le grand vesir possédait une métairie , dans laquelle il reçut d'abord le sultan , puis le lendemain la sultane Validé ; deux jours après , eut lieu de Daud-Pascha l'entrée solennelle dans la capitale [ 10 septembre ].

tes ambassadeurs se succédaient maintenant, ce qui occupait beaucoup l'attention de la Porte et de la capitale. A Andrinople, déjà le premier envoyé polonais Stanislas Rzewuski, staroste de Chelm , avait emporté et reçu la ratification de la paix de Car- Iowicz[juin] et offert des présents. Puis s'était opérée l'évacuation deCecora, Soroka en Moldavie, et de Caminiec. Sept cents voitures à quatre et six chevaux, fournies par les woiwodes de Moldavie et de Valachie, transportèrent cent quarante-huit canons de bronze et cent vingt-deux pièces de fer, avec vingt-trois obusiers de Caminiec au Dniester , sur lequel tout ce matériel fut embarqué avec la garnison , et conduit à Bender et à Akkerman. Immédiatement avant son départ d'Andrinople , le sultan avait nommé pour son ambassadeur extraordinaire à Vienne Ibrahim-Pascha , Génois de naissance, qui, après avoir été serviteur de Kora-Mustafa , au siège de Vienne , puis trésorier du grand vesir Kara-lbrahim , et kiaja du grand vesir

, avait défendu Caminiec contre les Polonais, Négrepont contre les Vénitiens, combattu les Russes sur la mer Noire , et maintenant gouvernait la Rumili , avec le titre de pascha à deux queues. Il fut chargé d'offrir à l'empereur une tente soutenue par des colon nettes à pommeaux d'or, et tendue à l'intérieur de satin multicolore, parsemé de (leurs en broderies ; uu panache de héron attaché par cinquante-deux diamants; un harnais complet garni de cinq cent trente-un diamants et trois cent trente-huit rubis , semés sur l'or et l'émail ; une chaîne double en or allant de la selle au mors, et des boutons d'or; une sangle et des licous en or; une paire d'étriers en or, enrichis de cent vingt-huit diamants et de deu* cent quatre rubis ; nne schabraque brodée d'or et de perles, avec des franges aussi garnies de perles ; une masse d'armes sur laquelle étincclaient dix-sept rubis et vingt-cinq émeraudes, et dont la té te était d'or ; elle était suspendue par un ruban de brocard rouge, semé d'émeraudes et de perles ; une selle de velours rouge brodée de perles, avec une housse aussi de velours rouge brodé d'or, et une couverture écarlate ; un antre harnais brillant d'émail azuré, de l'éclat de cent douze émeraudes, trois cent quatre-vingts rubis , avec le frontal , le mors et la chaîne , les étriers en vermeil , la sangle dorée ; une massue artistement travaillée; une lourde schabraque en drap rouge, parsemée de cept vingt-six roses en argent et garnie de franges où pendait du corail, une housse brodée d'or et une couverture d'écarlate , aussi brodée d'or; une verge d'ambre de trois cent trois miskales (89 onces); vingt vessies de musc ; trente bezoards ; deux pièces d'un tissu d'or appliqué sur de la mousseline rouge ; six pièces de lourde étoffe d'or, fabriquée à Constantinople ; vingt-deux pièces de riches étoffes parsemées de fleurs; dix pièces de tissus de laine pour turbans ; cent vingt pièces de la plus fine mousseline employée ordinairement à former les turbans des sultans ; vingt pièces de mousseline rayée d'or ; quatre grands tapis de Perse ; quinze tapis turkmans brodés, sur lesquels on s'agenouille pour la prière ; quinze chevaux ; une chaîne d'argent pour retenir le cheval; un baquet en argent; dix housses

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