‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 157 sur 384 · LIVRE LXI · texte numérisé non relu

LIVRE LXI

de Perse , brodées d'or; deux léopards attachés avec des chaînes d'argent. L'échange solennel de l'ambassadeur turc contre l'ambassadeur autrichien eut lieu à Slankamen [7 décembre 1099], où huit ans auparavant avaient été amoncelés tant de cadavres. L'ambassade turque ne comprenait pas moins de sept cents personnes, qui pour leurs équipages avaient neuf cents chevaux, chameaux et mulets. Le 31 janvier 1700 , l'ambassadeur fit son entrée solennelle dans Vienne, conduit par le maréchal de la cour et par l'interprète.

La marche était ouverte par quatre voitures portant les présents, par les gardes-ducorps , les Délis et les Gonullus, par le grand étendard rouge avec les deux queues de cheval, les huit chevaux de selle de l'ambassadeur; Ibrahim- Pascha lui-même était dans une voiture turque , tendue de drap rouge et traînée par quatre chevaux blancs dont les queues et les crinières étaient teintes en rouge avec du henna , suivant la coutume turque ; en avant de la voiture étaient six laquais portant de courtes hallebardes , sur les côtés quatre jaja-baschis ( capitaines de janitschares) et quatre trabans armés de boucliers et de flèches ; derrière étaient portés son fauteuil de campagne en velours rouge brodé d'or, et son turban recouvert de drap vert. Puis venaient le porte-épée, le gardien du sceau , le trésorier, le premier valet de chambre et d'autres serviteurs de sa maison ; le porteur de vases avec -l'aiguière et la cuvette , le cafetier avec la cafetière , le barbier avec le miroir et le rasoir , le gardien du linge avec la serviette , etc. La litière de l'ambassadeur était portée par deux chevaux; soixante janitschares, avec leurs longues carabines tournées vers la terre, escortaient les voitures où se trouvaient les présents ; le kiaja et le grand chambellan avaient une baguette d'argent; le diwanefendi et l'imam précédaient les trois étendards . le reste de la suite de l'ambassadeur et la musique turque, dont les cymbales , les trompettes , les tambours et les grosses caisses tatares assourdissaient les nombreux curieux accourus a ce spectacle.

Quatre mois avant l'arrivée de l'ambassadeur turc, l'envoyé extraordinaire, comte d'OEttingen, avait pris congé de l'empereur

[26 septembre 1699]. La suite de ce diplomate, qui avait joué le premier rôle aux conférences de Carlowicz, était moins nombreuse que celle d'Ibrahim; mais elle brillait par l'éclat des personnages qui la composaient. 11 y avait quinze comtes cavaliers d'ambassade ; entre les comtes de Collonitz et Breuner, marchait le fils de l'ambassadeur portant un étendard en étoffe d'argent , dont un côté représentait l'image de la Vierge d'Àlt-GEttingen, et l'autre les aigles doubles des armes de Hongrie, de Bohème et d'Autriche, magnifiquement brodées; puis venaient les comtes Dietrichstein, de la Lippa, Swirby, Sprinzenstein , Louis Sinzendorf, Thutf, Saur, Kuefstein, Nostiz, et entre les deux comtes Adolphe et Charles Sinzendorf , le duc Adolphe-Auguste de Holsteio. Outre les officiers de sa maison , l'ambassadeur emmenait encore le capitaine du génie Jacques de Rauschdorf , Guillaume Ernest- Schmid d'Anhalt-Zerbst , que vingt ans plus tard nous verrons renégat, et l'abbé de Nereshein, qui a laissé une relation de cette ambassade. Après avoir obtenu son audience de l'empereur, le comte d'OEttingen quitta Vienne, et s'embarqua avec sa suite sur une flottille de quarante-deux bâtiments. Arrivé à Slankamen, il fut échangé avec l'ambassadeur turc, continua sa route et entra dans Constantinople, le 8 février 1700. Le 13, il fut reçu parle grand vesir, et trois jours après admis auprès du sultan. C'était un jour de diwan et de solde pour les troupes, auxquelles on distribua quinze cents bourses. Le comte offrit de la part de l'empereur de la vaisselle plate , des grilles de cheminées, des seaux pour faire rafraîchir les boissons, des flambeaux , des arrosoirs , des vases, des tasses à café, des coupes à sorbets, le tout en argent, des flacons dorés avec leurs chaînes, des encensoirs, des vases à fleurs, des lustres à miroirs, des montres, un réchaud en argent et une petite fontaine jaillissante, artistement travaillée, du poids de cent marcs. Il y avait pour la sultane Chaszeki un panier couvert tressé en fils d'or, un autre avec des anses d'or, un troisième en argent sans couvercle ; une pendule à miroirs ; une cassette de bijoux , ornée de pierreries; pour la Validé, une table à café, des vases à fleurs, dorés , ornés de feuillages

et d'émail ; deux branches de lustre , quatre corbeilles tressées en fil d'argent , et plusieurs autres objets d'or; pour le grand vesir et les six autres vesirs , pour le mufti et le reis-efendi, des aiguières et des cuvettes d'argent et de vermeil ; des seaux pour faire rafraîchir les boissons, des corbeilles couvertes, des encensoirs, des cassolettes, des flacons pour l'eau de rose , des montres et des pendules, des assiettes et des tasses, des flambeaux et des miroirs , des bureaux et des écritoires. Tous ces présents entraînèrent pour l'empereur une dépense de 93.757 florins. En outre, la cour de Vienne offrit à l'ambassadeur turc, quand il prit congé , des aiguières et des cuvettes d'argent , des théières et des cafetières, des tasses, des corbeilles, des coupes et des flambeaux , enfin des pièces de fin drap anglais.

Les instructions du comte d'OEttingen lui prescrivaient la remise des lettres de créance et des présents en audience solennelle, la délivrance des prisonniers, la poursuite des formalités nécessaires pour la fixation des frontières , ln sollicitation des mesures pour la garantie du commerce et la sécurité des personnes, la protection des églises et des ecclésiastiques, la fixation du sort des hospodars de Moldavie et de Valachie , l'éloignement de Tœkœli des frontières et de Gonstantinople. Le comte Sinzendorf, qui avait été adjoint au comte d'OEttingen pour la délivrance des prisonniers , ne s'occupa point long-temps de ces soins , car il mourut le 25 mai ; ses restes furent envoyés à Vienne avec les captifs dont il avait brisé les fers.

Après la mort de Sinzendorf, à Vienne fut arrêtée avec l'ambassadeur ottoman Ibrahim une convention particulière en quatre articles , en vertu de laquelle l'article 12 de la paix de Carlowicz, concernant le rachat des prisonniers , fut étendu à tous les captifs enlevés des diverses parties des états de l'empereur, à quelque peuple, à quelque race qu'ils appartinssent, et même aux enfants nés dans les fers , des chrétiennes restées esclaves [26 juillet]. Le comte d'OEttingen obtint à Gonstantinople trois fermnns en faveur du commerce , de In protection des prêtres catholiques en général, et particulièrement de ceux qui étaient fixés

à Jérusalem. Le premier ne s'appuyait pas sur le traité de commerce conclu en 1617, par l'entremise du seigneur de Ciernin, qui paraît même avoir été complètement oublié des deux parties au moment qui nous occupe, et dont l'existence était entièrement inconnue aux diplomates impériaux cent ans plus tnrd (1) ; il se référait à la paix de Vienne (2). Les deux ordonnances rendues pour la protection des prêtres catholiques et du couvent établi à Jérusalem en rappelaient deux autres de même genre obtenus par le comte de Leslie. La première tendait à préserver les prêtres catholiques de tout trouble dans l'exercice de leur culte, de la part desévêques grecs , serviens et bulgares , de toute extorsion (3). La troisième assurait aux catholiques à Jérusalem l'église de Saint-Jean, dans le quartier du nord, les sépultures de Sion, les couvents de Bethléem et de Nazareth avec leurs tombes et leurs jardins, les lieux saints de Ssafed , Ssaida et llamla , là chapelle de la Sainte- Vierge , accordait la faculté de célébrer les fêtes accoutumées le dimanche des Rameaux, sur la montagne des Oliviers, et aux lieux de la naissance de saint Jean , de Joachim et de sainte Anne ; de recevoir les pèlerins dons leurs couvents à Jérusalem , à Damas , Bethléem , Nazareth, Ssaîda , de relever les monuments en ruines, d'acheter pour leur nourriture des vivres sains et en bon état de conservation , et enfin défendait aux Grecs et aux Arméniens de les offenser en aucune manière. A son audience de congé, le 2 octobre, l'ambassadeur recommanda encore particulièrement au grand vesir le patriarche syrien d'Alep, les catholiques de Chios, les Ragusains . et le pressa de mettre bientôt fin à la délimitation des frontières du côté de Novi.

En même temps que le comte d'OEttingen» était arrivé aussi l'ambassadeur extraordinaire de Pologne qu'avait précédé de six mois le nonce Stanislas Rzewuski. C'était

(1) Il a M retrouvé p»r M. de Hainmer, en 1808,

dans la Sielt.

(2) Tianslalio, cnm originali collala? copi* < plomatis incrcalorum , dans les archives de la »,,al" ion impériale. . .

(?) Translatio, cnm oiiginali colla»» cop»* <"* plouiolis rcligiosos convcnicnlis , a. 1700.

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