‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 17 sur 384 · R LU · texte numérisé non relu

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le mufti . qui , d'après un bruit tout-à-coup répandu , voulait rendre un felwa contre les sipahis et les janitschares. Le mufti et le grand vesir étaient allés au sérail ; à peine avaient-ils quitté leurs roaisonsqu'elles furent saccagées par les insurgés. Dans le palais du grand vesir les pillards se saisirent de plus de 400,000 ducats, dans celui du mufti ils trouvèrent les trésors accumulés pendant trois générations en livres et en objets précieux , patrimoine de la famille d'Hasandschan, c'est-à-dire du grand Chodscha- Seadeddin. Puis, satisfaits de£leur butin , ils brisèrent tout, vaisselle, sofas, bois, fer, portes et fenêtres. Cependant les généraux , les vesirs , le mufti , les grands juges s'étaient rassemblés dans le sérail. Lorsqu'arriva la nouvelle du pillage des habitations du grand vesir et du mufti , le sultan demanda : a Que faut-il faire?» Les ulémas, les vesirs gardèrent le silence. Alors Murad fit un signe au lieutenant-général des janitschares Ketschedschioghli , qui occupait la dernière place dans le conseil ; celui-ci enhardi , se plaça devant le sultan , et dit : a Tes esclaves sont tous contents de notre padischah , mais ils ne veulent pas de ton lala , le grand vesir. » — a Qui rejettent-ils encére? » demanda le sultan. — o Le mufti, » dit Ketschedschioglili. Le prédicateur de la cour, Weli, confirma cette déclaration , en disant : a Tant que le vesir et le mufti existeront , ces gens ne se disperseront pas. » Ipschir, voyant l'impossibilité de se maintenir, se prosterna devant le trône , et déposa le sceau entre les mains du sultan , qui aussitôt le remit à Murad- Fascha. Hosamsade- Abdurrabman fut nommé mufti. L'annonce de la destitution du grand vesir et du mufti ne satisfaisant point encore les insurgés, une sentence de mort fut résolue; mais tous les ulémas , provoqués à celte démarche par le chef des émirs, Sireksade , s'opposèrent unanimement à la condamnation du mufti, a Fais étrangler Ipschir et jeter son cadavre dehors , » commanda le sultan au bostandschi-baschi ; et cela fut exécuté aussitôt.

A l'aspect de la tête d'Ipschir, apportée dans 1 hippodrome , un immense cri de joie sortit à la fois de toutes les bouches; on la fit passer de main en main , puis elle fut plantée sur une perche fort élevée, où lèvent la fai-

sait tourner dans tous les sens (1). Le lendemain les sipahis et les janitschares ne se séparant point encore, et réclamant de nouvelles tètes, poussés par d'anciens ressentiments et par des haines nouvelles, deux des ulémas les plus éloquents, Bnlewi et Iszmeti, vinrent , au nom du sultan , du grand vesir et du mufti , les engager à se disperser, leur promettant l'accomplissement de la parole qu'on leur avait donnée. Il .s'agissait de la survivance des places de sipahis pour leurs fils, du rétablissement du weledsch et du ghulamije,et de la réintégration, sur les rôles , des sipahis que l'on en avait effacés (les tschaliks). Un acte en forme ayant été rédigé là-dessus, la prière fatiha fut récitée, Gurd-Moharamed s'embarqua pour Skutari avec les sipahis ; les janitschares , les canonnière et les armuriers se retirèrent dans leurs casernes respectives (2). Hasan-Abasa, frère d'armes d'Ipschir, qui s'était tenu à Skutari avec quelques milliers de tewendes , en partie segbans, en partie ssaridsches. avait rejeté toutes les propositions de Gurd-Mohammed pour faire cause commune avec les sipahis. Gurd-Mohammed avait gagné la moitié de ses gens; il ne lui en restait que mille environ. Après l'exécution d'Ipschir, Gurd- Mohammed ayant encore tenté de l'amener à lui, Hasan lui cracha au visage en le maudissant , et à la tète de ses lewendes se dirigea vers l' Asie-Mineure avec le désir de venger la mort d'Ipschir. Murad se vit de suite réduit à la position la plus critique ; car il lui fallait remplir la promesse faite aux sipahis et annuler les nominations d'emplois faites par son prédécesseur. La réintégration des sipahis retranchés des rôles et le rétablissement du weledsch et du ghulamije reportaient à cinquante mille sipahis et quatre- vingt mille janitschares (3) l'effectif de l'armée régulière réduit par Tarchundschî-Ahmed à deux mille cinq cent quatre-vingt-dix sipahis et cinquante raille janitschares ; et pour la solde de telles forces le trésor ne suffisait pas ; le désordre devint encore plus effrayant par

(i) Naima, 1. n ,p. 528.

(1) Rapport de Panajotli , comme appendice à celui du résident impérial Rcningcr.

(S) Naima , l. u , p. 534.

suite de la reprise des gouvernements concédés sous Ipschir, et de la réinstallation de ceux qui les avaient achetés un an oudeux auparavant. Ce n'étaient que promotions contre promotions, destitutions opposées à destitutions ; le labyrinthe était inextricable : les finances étaient tombées dans l'empire du chaos. Trois mois à peine étaient écoulés, et déjà Murad voyait l'impossibilité de tenir plus long-temps le gouvernail de l'état , s'il ne voulait pas exposer sa tète. Il sollicita donc la permission de se retirer et d'aller faire un pèlerinage à la Mecque. Sa place fut donnée au vieux Suleiman-Pascha , époux de la sultane Aise ne [19 août 1055] , Albanais de naissance, qui, sous Murad IV, était entré comme page dans le sérail, s'était élevé sous Ibrahim au poste de silihdar, puis était devenu gouverneur, et maintenant siégeait dans le diwan comme vesir de la coupole (1 ). Murad mourut en route à Pajas, où il fut enseveli.

Les suites des désordres de la capitale se manifestèrent bientôt dans les provinces. Gurd Mohammed , qui avait obtenu de Murad-Pascha la place de chef des Turkmans , s'opposa, à Konia , à l'entrée du gouverneur de Karamanie nommé par la Porte , Sidi- Ahmed-Pascha, qui s'était lié d'amitié avec Hasan-Abasa. Afin de prévenir de plusgrands désordres, on conféra de nouveau la woiwodie des Turkmans à Hasan-Abasa , et pour séparer de lui Sidi-Pascha, on investit celuici du gouvernement d'Alep. A la première nouvelle de cette nomination , Hasan-Abasa s'était mis en route pour Alep,et, à force de représentations sur la tyrannie de Sidi-Ahmed - Pascha , il avait déterminé les habitants à lui fermer les portes. Les gens d'Alep adoptèrent ce parti avec tant de résolution que Sidi-Ahmed -Pascha, après avoir mis le siège devant la ville, dut s'en éloigner pour aller prendre le gouvernement de Siwas , qui lui avait été conféré sur ces entrefaites. Aussitôt que Gurd-Mohammed eut été informé de l'échec de Sidi-Ahmed devant Alep, il envoya son kiaja en toute hate à Tripoli , et lui-même monta à cheval pour se rendre à Constantinople. Comme il traversait Adana, sur l'ordre

(!) Osman EfendUadc , Biographies desvcsîrs, cl le £ubdct.

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