‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 172 sur 384 · LIVRE LXU · texte numérisé non relu

LIVRE LXU

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tu n'as rien à craindre. » Ahmed s'arrêta quelque temps à murmurer quelques paroles à l'oreille du nouveau grand vesir , lui baisa la main, puis gagna sa maison ; après qu'on lui eut fait rendre gorge, il fut exilé à Lépante.

Hasan-Pascha , Grec de Morée, était le commandant de Chios , qui sous le sultan Mohammed avait été retenu quelque temps entre les deux portes du sérail, tout prêt à être livré au bourreau en châtiment de la perte de l'île qu'avaient conquise les Vénitiens; ensuite, par considération pour la princesse son épouse, on l'avait mis en liberté , et il était devenu gouverneur d'Aszow; plus tard il s'était élevé au poste de kaimakam à Andrinople et à Coostantinople : sa première démarche comme grand vesir Tut d'aller trouver le mufti pour se concerter avec lui sur les moyens de maintenir ou plutôt de rétablir le repos. Le mufti voulut adresser un compliment au grand vesir, et lui dire qu'il avait été appelé à la première dignité de l'Etat par l'opinion publique. Mais coryphée des révoltés et accoutumé à leur langage, il se servit de cette locution : « Mon fils, c'est l'assemblée du peuple qui t'a fait grand vesir. » Hasan vit bien que le mufti était encore dominé par le souvenir des moyens qui l'avaient porté à la tête de la magistrature; néanmoins il lui répondit d'un ton amical, et, pour le tranquilliser sur les suites immédiates des paroles inconsidérées qui lui étaient échappées , il lui proposa de l'accompagner auprès du sultan. « Mais nous ne sommes point appelés, observa le mufti. — Il n'y a pas besoin d'invitation , » répondit le grand vesir. qui voulait ainsi lui donner la mesure de son crédit auprès du souverain, comme Mohammed avait laissé éclater l'expression de sa popularité et de sa dépendance à l'égard des rebelles. Le jour même de sa nomination , Hasan assista le matin au paiement de la solde des troupes, re<;ut l'après-midi les félicitations des ulémas et des généraux des différents corps, confirma quelques-uns des plus hauts dignitaires et des gouverneurs, et en changea d'autres. Il lit descendre Hasan-Pascha le fugitif de la dignité de kaimakam au poste de defterdar. L'historien Hadschi-Mohammed, déplacé par suite de ce changement, se consola en pensant que c'était une mesure transitoire ;

et en effet, il reprit pour la troisième fois la direction de la comptabilité quand Uasan le fugitif fut éloigné dans le gouvernement d'une province. Pour toutes ces nominations le grand vesir ne se fit point donner d'argent ; il remit les diplômes d'installation des seigneurs du diwan en leurs propres mains , ceux des gouverneurs à leurs agens sans recevoir une seule aspre. Nuuman-Pascha faisait quelques difficultés d'aller à la Canée ; on lui laissa le choix entre Amasia et l'une des îles de l'Archipel. Le vieux Hasan, chef des juruks de Rumili, fut désigné pour la conduite de la caravane des pèlerins. Une tentative des serdengetschdis ou volontaires pour soulever de nouveau la première chambrée des janitschares fut vigoureusement réprimée, et la police purgea en secret la capitale des chefs de la révolte. L'aga des sipahis, Ssalih , homme considérable par les richesses qu'il avait acquises en épousant la veuve de 11 use in , fils de Maan ou de Fachreddin, et qui, pendant la révolte avait conservé sa place moyennant trente bourses, perdit maintenant ses trésors avec la vie. Le même sort frappa les deux dschebedschis , Kutschuk-Ali et Karabadschak , qui avait joué un rôle très-actif dans l'insurrection. D'un autre côté l'ex-silihdar Ali de Tschorli, qui allait être envoyé comme gouverneur à Alfp, sur les prières instantes de la sultane son épouse et de la mère du sultan Mustafa, fut laissé dans la capitale et appelé parmi les ve sir s de la coupole. Le grand vesir se montra plus généreux encore envers le précédent kaimakam Abdullah, maintenant sorti de sa retraite, qu'il envoya à la Canée en qualité de gouverneur , et envers l'ancien grand vesir llami-Paseha , qui se trouva garanti dans sa vie, réintégré dans ses biens immeubles et reçut le gouvernement de Chypre. Le sultan Mustafa , dont la faiblesse avait causé la révolte et tous les maux qui en étaient sortis, mourut le 31 décembre 1703, et fut enseveli dans la mosquée de la Validé , à côté de son père : c'était un prince doux et bienveillant , d'un esprit cultivé , qui ne se plaisait ni à verser le sang ni à saisir les biens de ses sujets; sa grande passion était la chasse; il aimait aussi à lancer le dschirid cl à écrire de très-longs chattischérifs de sa propre main ; il protégea les

savants et les poètes, dont les biographes portent le nombre à cent sons son règne , maisqui méritaient à peine le nom de faiseurs de rimes. Cette même année enleva au moins douze poètes , et six étaient morts durant le cours de l'année 1702. Une perte bien plus déplorable est celle des deux meilleurs historiens contemporains du règne de Mustafa, Mohammed le deftcrdar, et l'auteur inconnu de l'Histoire de la bibliothèque de Berlin.

Sous le grand vésirat d'Hasan-Pascha , arrivèrent les félicitations des puissances européennes et asiatiques en réponse aux notifications de l'avènement au trône du nouveau sultan. L'annonce de cet événement avait été portée à Venise par Mustafa-Aga ; un internonce spécial» Ibrahim, se rendit chargé de la même mission auprès de l'empereur Léopold, et à cet effet on l'éleva au rang de mirialem , ou porteur de la bannière sacrée. Talman présenta, comme ministre résident, la lettre de compliments de l'empereur [9 juillet 1704]. Ibrahim, arrivé à Vienne, remit dans son audience des plaintes écrites de la Porte sur la conduite des Heiduques , qui avaient élevé trente-cinq tschartaks sur l'espace compris entre le cours inférieur de l'Unna et de la Boszut, et le confluent de ces deux rivières. Rien ne troublait d'ailleurs l'harmonie qui régnait entre l'Autriche et la Porte ; Tœkœli était banni à Nicomédie , et la conduite de Rakoczy.qui se présentait comme chef militaire aux mécontents de la Hongrie , inspirait de la défiance à Constantinople, plutôt que d'y exciter des espérances. Un chattischérif ordonna la prompte expédition de cinq cents janitschares sur RelgradetTemesvar pour garantir les frontières contre toute violation. Ali-Pascha, gouverneur de Belgrad , fut même abaissé au rang de pascha à deux queues pour avoir cherché à engager les deux empires en des hostilités (1). Toutefois les troubles de la Hongrie permirent à la Porte d'observer de moins près les mouvements de l'Autriche, et de fixer sa principale attention sur la Russie, où semblaient se former des orages ; car le czar Pierre augmentait fortement ses flottes sur la

(1) Rapport de Talman, du 2 décembre 1703.

mer Noire. Dans la prévision de ces dangers, le diwan ordonna de pousser vivement la construction d'un château à Temruk, commencé sous le règne précédent, pour empêcher la navigation entre Keresch et Taman. Comme les travaux ne pouvaient être achevés avant l'expiration d'une année, le kapudan-pascha Osman -Pascha partit toujours avec la flotte pour la mer Noire , avec la mission de garnir de l'artillerie nécessaire la redoute nouvellement établie.

Des rapports du chan de Krimée apprirent non-seulement que le czar fortifiait Aszow, mais encore qu'il élevait un nouveau château à Taighan ( Taganroc ), augmentait les ouvrages de Kamienska sur les rives du Dnieper, et construisait des vaisseaux dans le port de Waskor pour empêcher la continuation de la redoute que l'on élevait en avant du nouveau château appelé Jenikalaa. Les gouverneurs de Kafîa et d'Ocsakow, Murtesa- Pascha et Jusuf-Pascha, eurent pour instructions de soutenir les travaux de tous leurs moyens, et de se tenir prêts avec leurs troupes. Mais en même temps le dernier reçut ordre de relâcher tous les prisonniers entraînés en esclavage par les Tatares dans les dernières irruptions et de réprimer toutes courses sur le territoire russe , afin d'exécuter les conditions da la paix (1). Au reste, au moment même de la révolution qui changeait le souverain, le grand vesir avait donné à entendre à l'envoyé russe, arrivé alors à Andrinople, que la Porte n'avait aucune confiance dans les protestations d'amitié de la Russie, et s'était plainte de l'élévation de nouvelles forteresses (2). Venise envoya le cavalière Mocenigo à Constantinople pour remplacer le bayle Ascanio Giustiniani , et apporter en même temps les félicitations du sénat. La délimitation avec la République fut heureusement terminée cette année (3). Un député de Gènesvint présenter des félici-

(1) Rascbid, I. ti, fol. 84.

(2) Defterdar, foL 22. La lettre du grand vesir au ciar, du 13 ssafer 1115 , et l'inscbadc ftami, n" 426. Bibliothèque delà cour impériale. 423.

(S) Instrumenlo impériale di confiai fatto tra la ser. Rep. e la felice Porta OU. Coslaulinopoli, i chabaan 1115, meta di déc. 1703, tradotlo da | G. P. Navon.

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