LIVRE LXII
tations de la part do doge, auquel le grand vesir répondit par une lettre de compliments. On vit arriver de la part du prince des Usbegs, Esseid -Mohammed -Behadir- Chan, l'ambassadeur Kutschuk-Ali-Beg pour offrir les félicitations de son maître. Le chan des Kalmuks Ajuka envoya aussi uu représentant présenter ses hommages au nouveau sultan, et lui annoncer qu'il n'avait pas voulu recevoir le député des Tscherkesses de la Kabartai , révoltés contre leur chan. Des lettres furent adressées au souverain des Kumuks , le schemchal du Daghistao , à l'exemple de ce qui s'était fait déjà à l'avènement de Mustofa IL On notifia aussi l'élévation d'Ahmed III au schah , au chan des chaos de Perse, ainsi qu'au souverain de Fez et de Maroc, Mulai-Schérif-Ismaïl, et au dominateur de l'Inde. Des circulaires furent adressées aux deys des états Barbabaresques et au schérif de la Mecque , selon l'asage. Quant aux rois de France , d'Angleterre et de Pologne, les communications se firent au. moyen d'un échange de notes et de lettres a*ec leurs ministres résidents près de la Porte.
Comme on s'était débarrassé des principaux agitateurs parmi les troupes, on s'occupa maintenant à renverser les appuis de la révolte dans le corps des ulémas. Le mufti, dont le compliment adressé au grand vesir était parvenu jusqu'aux oreilles du sultan , dut être frappe le premier. Quelques jours après un examen public d'aspirants aux places de muderris , présidé par ce chef de la magistrature qui avait repoussé les candidats les plus capables demeurés depuis huit à dix ans sans emploi, tels que l'historien Raschid , pour admettre des sujets sortis de boutiques d'épiciers ou de marchands d'herbes, un dimanche soir qu'il y avait réunion comme de coutume dans le sérail pour une lecture d'exégèse sur le koran ou la tradition [26 janvier 1704], le mufti attendait dans la salle qu'on l'appelât auprès du sultan, quand le silihdar, au lieu de l'inviter à l'audience , lui remit le chatti-schérif qui l'exilait à Bru sa. Sans lui permettre de rentrer chez lui, on l'emmena de suite pourlembarquer dans une galère tenue toute prête contre la digue du sérail. En même temps l'on arrêta Ahmed-Efendi, a qui souillait le
coussin déjuge de Constantinople,» ainsi que le secrétaire Emini,qui depuis la révolte s'arrogeait le titre de chef des émirs, et tous deux furent embarquéspour Famagusta. La place de mufti fut donnée à Paschmakdschisade-Ali, et la môme galère qui avait transporté son prédécesseur à Brusa ramena le digne grand juge Jahja-Efeodi, exilé dans cette ville par Mohammed. Hasan le fugitif, après avoir occupé quelques jours le poste de premier defterdar, fut nommé beglerbeg de Rumili, et à sa place revint pour la troisième fois l'historien Hadschi-Mohammed.
llusein le fugitif devint gouverneur de Damas, et Gurd-Beiram, pascha de Rakka, fut revêtu de la dignité d'émirol-hadsch. Comme les Arabes fesaient mine alors de vouloir piller la caravane, les sandschakbegs de Tripoli , Ssaida et Beirut , d'Adschelun et de Jérusalem, reçurent ordre d'aller avec divers petits corps de troupes au-devant du saint cortège dans le désert jusqu'à Bir-Ghanem. On recommanda aussi au schérif de la Mecque, Said, et au gouverneur de Dschidda, comme scheich du sanctuaire, de contribuer de tous leurs moyens à garantir la sécurité de la caravanne. Ismaïl , kiaja du pascha de Dschidda, Baltadschi-Suleiman , vint à Constantinople ; et comme il jouissait antérieurement de la faveur du grand vesir, maintenant, au moyeu de fortes sommes , il obtint pour son maître le gouvernement d'Égypte, et pour lui-même celui de Dschidda [23 juin 1704]. Le schérif de la Mecque, Said, fut confirmé dans sa dignité.
En Moldavie , au contraire , se fit une nouvelle installation de woiwodes , signalée par une circonstance bien grave ; antérieurement à la révolution, et durant ces agitations même, les bojards s'étaient plaints des extorsions de leur prince Duka ; on leur permit d'en choisir un parmi eux (1) : ils élurent Michel Ilakoviza , gendre de Constantin Cantemir, non dans le diwan, où toutes choses n'étaient pas remises en ordre depuis la ré-
(l) Raschid, I. u, fol. 22, d'accord av«c GreUchan; Engcl, b'uLde la Moldavie, p. 28». Dans l inschade Rami, n* 442. Leltres du grand vesir du ISssafcr 1115, »° 402. Du i"ssaferde la même auuée au woiwode de Moldavie, Constantin.
volution , mais dans le kœschk du rivage , et avant d'avoir été reçu en audience par le sultan [ 3 octobre 1703 ]. Au reste, peu importait au grand vesir que la Moldavie eût un prince de son choix ou qu'elle çémît sous l'oppression d'un hospodar imposé par la puissance suzeraine; ce qui le préoccupait, c'était la surveillance des sujets qui pouvaient entourer le maître suprême , et mettre en danger la toute-puissance du premier ministre. Aussi ne prit-il point de repos qu'il ne se fût débarrassé du silihdar Ibrahim-Beg. homme simple et trop dédaigneux des avertissements de ses amis, pour le remplacer par le tschokadar Abasa-Suleiman [ 16 avril 170V ] Il ne réussit pas de môme a pousser le trésorier Mohammed-Aga au poste de kislaraga; et pourtant le succès était d'une grande importance ponr lui : car il craignait avec assez de raison que si le premier eunuque de la Validé, Suleiman-le-Long, obtenait le gouvernement du sérail , lui-môme ne fût renversé. Il communiqua son plan au trésorier par le moyen de son confident Hamsa-Aga; mais Mohammed-Aga, plus timide qu'ambitieux, révéla toutes ces manœuvres à Suleiman-le-Long , celui-ci à la Validé, qui en fit part au sultan , etSuIeiman-le-Long fut nommé kislaraga. A peine en possession de ce poste, celui-ci employa toute son influence au renversement d'Hasan , qui fut préparé dans le plus grand mystère. Le choix du successeur, déterminé par le kosbegdschi ( gardien du noyer) allié du kislaraga dans les attaques contre Hasan , surprit le public : Kalaili-Ahmed-Pascha, ancien porteur de bois au sérail, fut appelé secrètement de Candie, où il était gouverneur, par un chatti-schérif que lui porta un simple bostandschi [ 28 septembre 1704 ]. Il arriva un jour de diwan à Gonstantinopie, et fut retenu dans la chambre des gardiens du Sofa, au sérail, en attendant la fin du conseil. A peine le grand vesir s'était mis en route pour le palais de son épouse, la sultane Chadidsche , le grand chambellan fut expédié sur ses traces pour lui redemander le sceau de l'empire, et le sultan se rendit dans le kœschk de Bagdad , où il voulait investir Kalaili de la direction suprême des affaires. Au sérail comme en ville on n'avait pas le moindre soupçon de ce changement ;
quand le sultan futdans le kœschk et que l'on annonça l'arrivée du grand vesir, chacun croyait qu'il était question d'IIasan , lorsqu'à t'étonnement général parut Kalaili-Ahmed- Pascha. Hasan fut exilé avec son épouse à Nicomédie ; on lui laissa trente bourses pour sa pension annuelle, et il put continuer à jouir des biens domaniaux attribués à la sultane Chadidsche. Ce qui signala son grand vésirat , ce furent les sages dispositions prises pour assurer les frontières par des forteresses naturelles, et pour élever d'utiles édifices dans la capitale. Après la soumission des rebelles géorgiens, qui avaient refusé l'impôt dans la Mingrélie, Guriel etlmirette, des châteaux furent construits à Batum et à Iiagdadschik , pour les tenir en bride, et sur la frontière de Syrie , au passage de l'Amanus, à l'endroit périlleux de Kubbeagadsch , s'éleva une forteresse pour la protection des caravanes [ mars 170V ]. Dans le sérail de Constantinople furent jetés les fondations d'un nouveau kœschk; on bâtit dans l'arsenal un nouveau grand magasin, une caserne pour les matelots ; Hasan supporta seul les frais de construction d'un bain , d'une mosquée , de fours et de plusieurs boutiques; pour les autres édifices chaque vesir fournit trois bourses, chaque gouverneur de province en donna deux. Pour régler la différence entre les monnaies de bon titre frappées à Constantinople et celles de mauvais aloi fabriquées en Égypte et en Rumili,un édit avait décidé que dix dragmes et demie de mauvaise monnaie d'Égypte équivaudraient à dix de bonnes espèces , et qu'eu Rumilicent trente drachmes de monnaie de bon aloi seraient prises pour cent drachmes d'espèces au titre de Constantinople. Hasan avait aussi porté son atteution sur la célébration des fêtes des deux Bairam et de la naissance du Prophète : à cette dernière solennité les ulémas furent invités par des billets particuliers du grand vesir. Six jours encore avant sa déposition , il avait disposé des réjouissances et des illuminations pour la naissance de la princesse Fatima, première fille du sultan. Le grand nombre de sœurs que les quinze années suivantes donnèrent à Fatima ferait présumer que précédemment Mohammed aurait pu avoir une quantité non moins grande d'enfants , s'il avait été d'u?age