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était animée des mêmes désirs, l'on sentit que Kœprili n'était pas l'homme des circonstances. Depuis quelque temps, le silihdar favori était en possession de tout le pouvoir au sérail, au préjudice du kapuaga; celui-ci, jaloux de l'intimité du silihdar avec le Grand- Seigneur , et sachant qu'il devait paraître à une promenade dans la même voiture que le sultan , lui défendit de monter dans le carrosse sous peine d'être écorché vif. Le sultan, irrité d'un tel acte d'audace de la part du chef des eunuques blancs, écrivit aussitôt un chatti-schérif qui déposait le kapuaga , supprimait sa place et en attribuait les devoirs et les privilèges à celle du silihdar (1). Grâce à cette extension de pouvoir , le favori aurait saisi facilement le sceau de l'empire ; mais soit qu'il jugeât le grand vésirat un fardeau trop pesant pour lui, soit qu'il préférât les douceurs de l'étude aux soucis des affaires, ou bien encore qu'il redoutât les suites de la guerre , il fit incliner le sultan pour la seconde fois vers Mohammcd-Baltadschi , dout l'ancien kiaja, alors inspecteur des douanes, Osman-Aga, lui protesta que s'il faisait obtenir le grand vésirat à son patron il trouverait en lui un aveugle instrument de ses volontés. Kœprili retourna donc à son gouvernement de Négrepont, après avoir fait preuve dans sa courte administration d'autant de scrupule, de piété et de petitesse d'esprit que son aïeul Mohammed avait montré de résolution impitoyable et de cruauté dans l'exécution de ses vastes plans. Mohammed-Kœprili, en arrivant à la direction des affaires à l'âge de soixante-dix ans , n'avait à produire ni aïeux ni gloire personnelle , et dépassa toutes les espérances fondées sur lui ; Nuuman au contraire , recommandé par l'éclat de sa famille et la renommée de ses vertus , resta bien audessous de ce que l'on attendait. Le premier, s'il n'était parvenu au grand vésirat, n'aurait jamais été jugé capable d'occuper ce poste ; le second, s'il n'avait jamais gouverné , aurait été regardé comme l'homme d'état le plus digne de donner l'impulsion aux affaires publiques. Le nom de Nuuman-Kœprili , le cinquième et dernier grand vesir de cette
14) Mouradjcad'Obsson. 1. vu, p «0.
HISTOIUE DE L'EMPIKë OTTOMAN.
famille , mérita les respects comme celui de son père , à cause des vertus de celui qui le portait; mais la valeur morale de ce ministre rie profita pas à l'empire à cause de l'absence des qualités politiques qui brillaient dans son aïeul Mohammed et son oncle Ahmed. Les attentats à l'humanité commis par ces deux hommes d'état, Mustafa et son fils Nuuman, les ont effacés par leurs vertus, de sorte que la grandeur politique et la bonté active et charitable , la gloire militaire et la sévère équité, sans être réunies dans un seul individu, se trouvèrent le patrimoine de toute la famille Kœprili , la plus illustre de l'empire ottoman.
Aussitôt que Baltadschi fut arrivé d'Alep Constantinople , cinq mille janitschares d'élite reçurent ordre d'aller former la garnison de Babataghi et défilèrent devant le sultan par la porte d'Andrinople. Le grand chambellan Mohammed , qui était resté sept à huit mois à Bender, revint avec une quantité de suppliques des habitants des frontières , qui tous se plaignaient des violations des Russes à la paix et demandaient la guerre. A son instigation, le chan de Krimée, qui était entièrement dans les idées de Charles XII et partageait ses sentiments guerriers, fut appelé à Constantinople, introduit en audience solennelle devant le sultan , et représenta la nécessité de la guerre contre la Russie , qui , ayant pratiqué des intelligences avec tous les rajas, menaçait de s'emparer de la Rumili (1). On lui remit une pelisse de martre zibeline sur velours rouge, un kalpak orné de fourrure , deux panaches de héron attachés avec des pierreries , un sabre enrichi de diamants , un carquois et un cheval avec ses harnais de diwan et sa schabraque. Dix jours après , s'assembla dans le kœschk du sofa , en présence du sultan , un grand conseil de vesirs, d'ulémas, de généraux de troupes , d'anciens, de secrétaires et de députés des chambrées de soldats ; on y iut les suppliques des gens des frontières , dont le contenu servit plus tard de thème au manifeste [20 novembre 1710]. Les plaintes concernant la construction des châteaux de Kamîenska, à douze lieues d'Or et de Ssa
(1) Raschid, I. n, fol. 81.
mardschik, au confluent de la Ssamara dans le Dnieper, l'établissement d'une forteresse près du gué de Tighan , la violation des frontières de Moldavie, l'occupation de Stanileschti en face de Jassy, l'enlèvement des Suédois sur le Bog et à Czernowicz , dans la Moldavie, l'irruption toute récente des Kalmuks près de Tschektscheken , en Krimée . l'assujettissement des Cosaques Zaporogues, et enfin la translation d'une garnison Russe à Caminiec. Paschmakdschisade , qui était redevenu mufti aussitôt après la chute d'Ali de Tschorli, décida par un fetwa que la guerre était légitime et nécessaire , et aussitôt des ordres furent expédiés pour inscrire trente mille janitschares , dix mille dschebedschis, sept mille canonniers, et pour réunir de petits bâtiments, tels que galiotes, frégatines et felouques, qui, tirant peu d'eau, pourraient entrer dans la mer d'Aszow, trop peu profonde pour les grands vaisseaux de la flotte impériale prête à mettre à la voile. Sur les représentations du chan de Krimée , mécontent du peu d'égards que lui montrait Nicolas Maurocordato, fils d'Alexandre, nommé woiwode de Moldavie depuis un an , ce dernier fut déposé et remplacé par Démétrius Cantemir [28 novembre 1710]. Le chan de Krimée retourna dans ses états , et l'ambassadeur russe Tolstoi fut jeté dans les Sept-Tours.
En ce temps-là, Desalleurs, jadis envoyé de France près de Rakoczy, s'agitait beaucoup pour obtenir à ce prince abattu par les armes autrichiennes un refuge dans l'empire ottoman ; mais la diplomatie française obtenait peu de succès près de la Porte : car Ferriol , qui avait donné une mauvaise idée de son caractère , n'ayait pu encore calmer l'irritation provoquée par l'enlèvement du patriarche arménien Avedick, et le gouvernement turc ne pouvait pardonner à la France le mauvais résultat de la mission d'Orner Aga, qui était allé l'année précédente en France réclamer inutilement la délivrance de ce prélat. Ainsi les efforts de Ferriol pour exciter la Porte à la guerre contre l'empereur et la déterminer a soutenir Rakoczy, n'avaient pas obtenu le moindre succès, et maintenant il devait être repoussé plus rudement encore, puisqu'il s'agissait d'engager des hostilités avec la Russie.