‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 188 sur 384 · LXI1I · texte numérisé non relu

LXI1I

ces de ces rivières au Don et jusqu'à Aszow la frontière était déterminée comme elle se trouvait avant la conquête d'Aszow par le czar; les Cosaques et les Kalmuks d'un côté, les Tatares de Krimée, les Noghais et les Tscherkesses de l'autre, devaient s'abstenir de toute irruption réciproque (1 ). Aussitôt furent nommés cinq commissaires pour tracer les frontières. Ils commencèrent au confluent de la Samara et de l'Orel (2) dans le Dnieper, remontèrent ces cours d'eau jusqu'à leurs sources, et marquèrent la ligne par des jalons jusqu'au Don (3). Après l'achèvement des opérations, dans l'année suivante les commissaires furent appelés à de plus hautes fonctions [ septembre 1714 ].

Après onze mois de négociations, le roi de Suède avait enfin demandé lui-mêmeà partir. Mustafa, kiaja de l'ancien gouverneur d'Ocsakow, et le chambellan de Jusuf-Pascha , parurent avec six cents tschauschs pour lui fournir une escorte d'honneur; ils lui offrirent de la part du sultan une tente brodée d'or , un sabre garni de pierreries et huit étalons arabes, dont l'arbre généalogique attestait la noble origine. Soixante voitures et trois cents chevaux formèrent le cortège avec lequel la Tête de fer du nord quitta enfin le château de Demurtasch , après avoir, pendant un séjour de plus de deux années dans l'empire , mis à l'épreuve la longanimité de la Porte (k) [ 1er octobre ].

Tandis que s'agitaient de si grands intétérêts sur le Pruth , l'Egypte voyait éclater l'un des soulèvements les plus longs et les plus opiniâtres dont ses annales aient gardé le souvenir. Les provocateurs de ces troubles étaient quatre capitaines (5) bannis jadis par le gouverneur Hasan dans l'intérêt de la tranquillité publique. Ces hommes mirent à profit l'ancienne division des habitants

(1) Schœl, t, xiv. p. 297.

(S) Rascbid.

(S) Raschid, l. u, loi. 99.

(4) Voltaire, histoire de Chartes xii, dit le 1er octobre ; Rascbid , 1. u, fol. 100 , le 10 ramasan 1126 on 10 septembre. 1714.

(5) Kœr. Abdallah, Ilasan-kiaja, Nasxubkiaja, iMnail kiaja , RJscfctd, I. u, fol. 92.

du Kaire en deux partis, les Kasimfis et les Sulfikarlis, pour opposer au chef du premier, Scheichol-Beled-Ejub-Beg, le chef du second, Kaitas-Beg. Le scheichol Beled avait pour lui non-seulement le gouverneur Chalil, mais encore le riche et puissant beg de Dschirdsche, Mohammed. Les SulGkarlis saccagèrent ses biens dans la Haute-Égypte, voulurent élever par la force Kaitas-Beg au poste de Scheichol-Beled. Sur les sept corps de troupes ils en gagnèrent six, en sorte qu'il n'y avait plus de l'autre côté que les janitschares, et surtout leur odieux chef Ahmed-Ie-Franc , avec l'autorité légitime, le gouverneur et le prévôt de la ville. Les deux partis armés en vinrent à des hostilités déclarées, et des canons furent placés sur la haute terrasse de la mosquée du sultan Hasan, et dirigés contre les batteries du château [27 mars 1711]. Aus-Beg, le plus puissant ennemi de Kaitas-Beg, fut emporté par un boulet. Pour gagner les troupes de son adversaire, Kaitas-Beg donna à ses guerriers une solde d'une piastre par jour. Alors les rangs d'Ejub s'éclaircirenl , et comme sa faiblesse devenait chaque jour plus sensible, le beg Ibrahim, qui s'était maintenu dans la neutralité tant que les deux partis s'étaient balancés, se déclara pour Kaitas-Beg. La maison d'Ejub-Beg au Kaire fut incendiée , Frenk-Ahmed fut tué; les révoltés mirent à sa place l'un des capitaines exilés, Abdullah l'aveugle, déposèrent le gouverneur Chalil , et nommèrent pour le remplacer le beg Kanszui. A cette nouvelle la Porte donna le commandement de l'Êgypte à l'ancien kapudan-pascha Weli; mais Kaitas-Beg et son allié Ibrahim-Beg se maintinrent dans l'administration de la capitale sans que la Porte pût rien changer à cet état de choses. L'agitation des troupes était à peine calmée; sous Weli éclatèrent de nouveaux troubles. Pendant le mois de jeûne, tandis que les fidèles moslims, réunis dans la mosquée du sultan Moejed, près de la Porte de Fer, assistaient à la lecture du traité de Birgeli, un étudiant monta en chaire et déclama contre le culte des saints, qu'il représenta comme une idolâtrie. « Qui a vu, dit-il, la table cachée du destin? Ce n'est pas notre Prophète lui-même. Ce trafic des sépulcres des saints doit être aboli. Celui

qui baise un tombeau est un mécréant; il faut raser les couvents des Gulschenis, des Mewlewis, des Begtaschis; les derwisches doivent étudier au lieu de valser. » Plusieurs nuits de suite, il prêcha ainsi et professa d'audacieuses hérésies au milieu d'uo concours immense de peuple. Mais les orthodoxes rigoureux obtinrent contre lui, de deux scheichs , un fetwa qui condamnait <a doctrine et lui-même comme infidèle. Le novateur fit lecture du fetwa en public et le commenta. Deux jours après, il disparut; alors la multitude se porta tumultueusement chezlejngedu Kaire, réclamant à grands cris le prédicateur, et demandant satisfaction des condamnations prononcées par les scheichs qu'elle voulait faire citer devant le tribunal. Le pascha-gouverneur s'adressa maintenant aux deux magistrats de la ville, Kaitas et Ibrahim-Beg, et les somma d'étouffer celte nouvelle émeute. Les soldats , vieillis dans le service militaire, durent veiller au maintien de l'ordre; l'insurrection fut contenue, et l'étudiant envoyi: secrètement en Syrie. La vénération du peuple pour les saints et leurs tombeaux , que les déclamations do novateur avaient affaiblie, fut réchauffée par un surcroît de pompe et de magnificence; on restaura le mausolée de Husein. où furent prodigués l'ébène et la nacre de perle , et quatre candélabres d'argent richement dorés éclairèrent l'intérieur du monument. A peine Ali fut devenu grand vesir. qu'il s'occupa d'affermir l'ordre en Egypte; dans ce but, il fixa surtout son attention sur le choix d'un gouverneur habile et d'un jupe éclairé pour contenir l'esprit de mutinerie des troupes , et réprimer les écarts des novateurs en matière religieuse. Il nomnw Abdi pascha et Fcisullah efendi, gendre de l'ancien mufti Feisullah , fils d'Ebusaid. Abdi-Pascha fit appliquer à la torture Chalil- Pascha . qui était encore au Kaire , pour Ici arracher de l'argent, et jeter en prison le kiaja de cet ex-gouverneur [ 17 septembre 17H]. Quant à Weli, il fut d'abord renfermé , puis, sur l'ordre de la Porte, envoyé à Constantinople. Abdi-Pascha déposa Kaitas-Beg, qui s'était arrogé les fonctions de defterdar, puis il le fit mettre à mort et jeter le cadavre par la fenêtre du château. Cette eucution provoqua de nouveaux tu-

Page 1