‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 189 sur 384 · LIVRE LXIII · texte numérisé non relu

LIVRE LXIII

moites ; les mutins qui voulaient venger la mort de Kaitas-fieg, transformèrent" en forteresse la mosquée du sultan Hasan , près de la place de Romaili. Les A bases se révoltèrent. Mohammed et Osman-Kiaja se mirent à leur tète; le chef des rebelles, Abdullah le Borgne , tua deux officiers des janitschares et se saisit du commandement de ces miliciens. Quand le calme fut rétabli, les janitschares se justifièrent du meurtre de leurs officiers auquel ils n'aTaient pris aucune part. Deux des principaux meneurs, Nedschdeli-Hasan et Naszuh-Kiaja furent mis à mort. Enfin le gouverneur fit jurer aux troupes un oubli mutuel de leurs injures , pacifia la ville , et régla de nouveau le cours des monnaies et le prii des vivres.

En Syrie, le fis d'Osman, Naszuh-Pascha, chef de la caravane des pèlerins, tranchait du souverain , conférant selon son caprice à 9 ses parents et à ses amis les sandschaks de Jérusalem, de Dsehidda, d'Ethiopie, d'Adschelun, Pajas, Tripoli, Ghasa, Ssafed, Balbek. Dscheunin et autres. Comme il menaçait de disposer également de ceux de Damas, de Beirut et de ^saida , Jusuf-Pascha-Topal' ou le Boiteux , fut chargé de le châtier avec les troupes de Rakka et d'Alep. Ce Naszuh- Pascha avait précédemment à Magnésia, sa patrie, exercé bien des violences comme receveur des impôts d'Aidin , et chassé les bostandschis envoyés contre lui. Plus tard il avait osé mener une fois des troupes contre celles du sultan ; et, comme on avait besoin d'un guerrier résolu, il avait été nommé émirol-hadsch. En effet, en cette qualité il avait battu les Arabes du désert et tué le scheich Koteib ; mais depuis il devint si insolent et si orgueilleux , qu'outre les actes arbitraires dont il vient d'être question il osa citer à son tribunal, sous le prétexte de comptes définitifs à régler, le paschaàdcux queues nommé par la Porte pour lever les impôts d'Aidin, le retint dans les fers, et finit par le mettre à mort. Jusuf le Boiteux employa contre lui surtout le pascha de Rakka, fils de Ruschwan, auquel, après l'exécution de ?on père le rebelle, avait été conféré le gouvernement. Celui-ci, avec quinze mille Kurdes de la tribu de Ruschwan, se réunit à Jusuf qui détacha de Naszuh les milices du pays et es rebelles en leur adressant des lettres

TOM. III

pleines de menaces et de promesses. A six lieues de Damas, près du chan de Terchana , Naszuh prit la fuite dans l'intention de s'embarquer à Jafa ; mais s'étant laissé tomber de cheval, il fut saisi par les Turkmans qui le tuèrent , et sa tète fut envoyée à la Porte [janvier 17H ]. Son agent à la cour du sultan , premier assistant de la chancellerie des mines, fut banni à Famagusta, où il subit la peine capitale. Son kiaja devint ensuite beglerbeg d'Helle ; mais le souvenir de ses méfaits antérieurs le fit mettre à mort. Le nouveau grand vesir donna d'autres exemples de sa justice active et vigilante en révoquant deux des plus hauts fonctionnaires de l'état , lè tschausch-baschi qui avait adjugé l'héritage du riche Kowanossade de Talarbasari à son gendre, qui plus tard se révolta, et lagades janitschares, coupable de corruption [ décembre 1713]. Deux anciens muftis, Ebesade et Atallah-Efendi, qui s'étaient permis dans leur société des propos trop libres contre le grand vesir, furent bannis à Trébisonde et à Sinope. Comme ils entraient dans la mer Noire, ils furent assaillis devant Karaszu par une de ces tempêtes si redoutables dans celte mer inhospitalière, et le bâtiment qui portait le mufti Ebesade s'abîma dans les (lots [décembre 1714]. Sur la route de Trébisonde mourut aussi l'ancien grand vesir Kalailikos, qui , rappelé de Candie à cause des plaintes élevées contre lui sur le pillage des églises, venait d'obtenir le gouvernement de Trébisonde par le crédit de la sultane son épouse. Une grande perte pour la science fut celle du grand juge de Rumili, Aarit, fondateur d'une médrese à Ejub, qui avait écrit un excellent livre sur la conquête de Candie et les guerres du Prophète. Il doit figurer à la tête des dix principaux écrivains, parmi les cent poètes et savants qui moururent dans ces dix dernières années, et dont les ouvrages méritent d'être mentionnés : ce sont Ishak Chodscha , auteur de plusieurs traités astronomiques , philosophiques et judiciaires, traducteur du samachschari ou des prolégomènes de philosophie ; le prince des i oètes Nabi , que nous avons déjà cit i et dont les ouvrages les plus remarquables sont : le Présentées proverbes, la clef des Sept, un Traité sur les deroirs du pélérinaqe , un Recueil de lettres, un recueil de poésies et le

Hvre écrit sur la victoire de Caminiec; les trois médecins Schifagi , Schaaban et Nuh- Efendi, le premier, traducteur des légendes des prophètes, le second, auteur d'un traité de médecine estimé sous le titre de la yucrison, et d'un livre sur la fête de la nativité du Prophète ; le troisième, traducteur et abréviateur de l'histoire des religions par Schébristani ; Kara - Chalil - Efendi , auteur d'un grand nombre de commentaires , de gloses et de traités ; Wahdi-Ibrahim , abréviateur dans sa traduction turque des biographies d'Ibu-Challikan; Aaszim, continuateur du poème romantique de Léila et Medschnun par Kafsadé ; Séki , commentateur du glossaire persan rimé de Schahidi ; enfin Schini, qui a écrit la biographie des scheichs sous le titre de Actions mémorables des scheichs.

Les intentions pacifiques manifestées par le grand vesir Ali de Nicée dès son arrivée au pouvoir, et dont il avait fait preuve dans la conclusion du traité avec la Russie, servaient d'autant plus puissamment les projets belliqueux dirigés d'un autre côté, notamment contre Venise , dont la faiblesse inactive et la neutralité armée dans les guerres européennes terminées à peine par le traité d'Utrecht excitaient à une attaque et semblaient promettre des succès. Le prétexte à une déclaration de guerre se trouva fourni par quelques vexations exercées en mer et principalement sur le vaisseau qui devait apporter l'héritage du précédent grand vesir Hasan-Pascha à la sultane Chadidsche, son épouse , et à son harem , et par un soulèvement des habitants de Monténégro, excités par la république contre leur souverain depuis la dernière guerre avec la Russie. Les événements de Monténégro prenant un caractère alarmant, il devint nécessaire de s'en occuper activement; le pascha de Bosnie, Nuuman, le dernier grand vesir de la famille Kœprili, dut marcher contre les rebelles avec les troupes des paschas de Skutari et de Ilersek. Battu à Swornik,les Monténégrins s'enfuirent dans des cavernes situées sur le territoire vénitien, dans le voisinage de Cattaro [ 13 octobre 1714]. Après une lutte de sept heures, ils furent forcés dans ces retraites, exterminés pour la plupart, ou chassés loin de ces lieux. Mais leur Vladica ou chef, qui trois ans au-

paravant leur avait distribué 35,000 ducats apportés de Russie , s'enfuit à Cattaro, où il fut accueilli au mépris de la parole donnée» Kœprili par le commandant de n'accorder asile à aucun rebelle ; toutes réclamations à ce sujet restèrent sans résultat, et le capitaine vénitien refusa de livrer le Vladica. Nuuman flt dresser procès - verbal de la déclaration donnée par l'interprète vénitien, el cette pièce lue dans le diwan à Constantinopie décida la guerre. La déclaration fut exposée dans un manifeste en quatorze articles [ 9 décembre ] dont le premier rappelait le pillage du vaisseau appartenant au harem d'Hasan-Pascha, et le dernier citait les événements de Monténégro; les douze autres représentaient les vexations isolées exercées sur mer comme un système arrêté de violation de la paix , d'hostilités contre la Porte. » Un mois après, les queues de cheval furent arborées au sérail impérial en présence des vesirs et des émirs, des scheichs et des ulémas rassemblés à cet effet. Le 7 mars 1715, les étendards furent transportés au camp de Daud-Pascha, où se rendirent d'abord les corporations, puis les troupes, avec la pompe solennelle étalée ordinairement en pareille circonstance; ensuite le sultan lui -môme sortit du sérail avec la sainte bannière après que l'on eut récité les surres de la victoire et de la conquête. Le 29, le sultan remit la sainte bannière au grand vesir serasker, et tous deux partirent avec l'armée, dont la marche fut réglée de telle sorte que le sultan ne campait qu'à une station derrière le grand vesir, serasker. Le 9 avril, le sultan mit pied à terre ù Andrinople , à Burni-Pam bukli , d'où il vit défiler les troupes le lendemain; puis il alla camper à Timurtascn; et dans les trois jours suivants les jnnitschares, les topsdehis et les toparabadschis continuèrent la marche. Dans les campagnes précédentes l'usage avait été d'attendre à Andrinople le jour de Chisr ( répondant à saint Georges), gardien de la source de vie, qui fait reverdir les prairies et rend le feuillage aux arbres; ce jour-là les chevaux sont mis au vert; mais cette fois, dans l'empressement à mettre le siège devant les forteresses de la Morée, on résolut de passer à Salonik la saison du pâturage. Quand le grand vesir partit , le sultan l'accompagna

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