‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 19 sur 384 · LIVRE LU · texte numérisé non relu

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le* biens des hommes désignés sur cette liste seront confisqués, eux-mêmes seront bannis; mais cessez d'en vouloir à leur vie. » Cette concession ne servit à rien. Les rebelles crièrent au kaimakam : « Nous ne voulons pas de toi non plus » Et le jeune sultan de quatorze ans, effrayé par ces clameur* , donna aussitôt le signal de«l'exccution de ses deux conseillers secrets, des deux maîtres du harem et du palais , des eunuques noir et blanc accroupis à côté de lui. Ils furent étranglés par ceux qui tremblaient devant un froncement de leurs sourcils , et jetés de la fenêtre sur la place pour satisfaire la soldatesque irritée. Trois autres eunuques condamnés à mort, le chef de la chambre intérieure des pages, le grand trésorier, le précepteur du sultan, Bélad , s'étaient laissés glisser le long des murs, à l'aide d'une corde, d'un autre côté du sérail , pour s'enfuir à Skutari ; le sultan descendit vainement aux prières pour obtenir leur vie. Les trois fugitifs furent saisis, étranglés, leurs cadavres , comme ceux du kislaraga et du kapuaga , furent traînés sur l'hippodrome , et attachés au platane planté en ce lieu. Le môme sort frappa l'inspecteur de la douane, qui avait falsifié les monnaies à Brusa, le maréchal de la cour, dont les fils, couverts de.vêtemenU de deuil , sollicitèrent vainement la faculté de détacher du platane et d'emporter les restes de leur père . enfin la puissante et orgueilleuse favorite Mekki et son époux Schaaban-Chalife. Les places vacantes des eunuques exécutés furent occupées aussitôt par d autres ; le sceau de l'empire fut destiné au kaimakam Surnasen-Mustafa , provocateur secret de la révolte , quoique cet emblème du pouvoir eût déjà été adressé au serdar en Crète. A peine le bruit s'en répandit que les mutins eux-mêmes en murmurèrent, car Mustafa leur plaisait bien comme artisan de révolte, mais non pas comme grand vesir. « Nous as-tu soulevés pour devenir grand vesir? » lui criaient-ils effrontément. Kum- IJasan, au nom des mutins, représenta au sultan que Surnasen-Mustafa ne convenait pas au grand vesirat, qu'il fallait faire prendre le gouvernail par une main plus ferme et plus habile. Ainsi , après une administration de quatre heures, Surnasen-Mustafa céda le sceau au second vesir Siawusch. roM. m.

Memeksade devint mufti au lieu dHosarasade, et au bout de treize heures fut remplacé lui-même par Mesud-Efendi. Le platane auquel étaient suspendus les cadavres des eunuques , des faux-monnayeurs et des concussionnaires, resta long-temps un épouvantail pour les grands maîtres de la cour et les ministres , un enseignement terrible pour les agas et les vesirs; et les faits si étranges qui viennent d'être rapportés sont désignés dans les annales ottomanes comme les événements du platane (1).

A la suite de toutes ces exécutions et de ces changements, il fallut encore promettre aux rebelles de leur livrer les têtes qui leur manquaient d'après les listes de proscription , pour les déterminer à se séparer après sept jours d'agitation [8 mars 1656]. Par le renouvellement de tous les hauts fonctionnaires de l'état, l'administration était établie sur d'autres bases. Le nouveau mufti Chodschasade-Mesud était un homme hardi dans ses propos, qui, avec le kaimakam Surnascn, avait poussé vivement aux événements du platane. Au baise-main, au lieu de porter la simple pelisse d'hermine, il parut avec un vêtement garni de fourrures, appelé kapanidscha , et avec le costume d'honneur exclusivement réservé aux vesirs , ce qui Ot craindre d'autres prétentions de sa part. Halidschisade-Mohammed, le defterdar, soupçonné d'avoir pris part à l'altération des monnaies, fut renfermé dans les Sept-Tours, puis son cadavre fut jeté devant la porte de cette prison. Son successeur Kara-Gœs dut abandonner ses fonctions au bout de cinq jours à Defterdarsade-Mohammed-Pascha, et se rendre en prison. Les maisons des condamnés fugitifs , de l'inspecteur des douanes, du directeur de l'arsenal, de Deli-Burader- Mustafa et de l'architecte Mustafa, furent mises sous le séquestre, et les biens confisqués. Le kiajabeg Osman fut trouvé étranglé dans la maison où il s'était réfugié , puis on le pendit avec ses jarretières de soie au terrible platane. Le précédent kapudan-pascha

(1) Ces faits sont racontés en détail dans l'histoire de la destruction des janitsebares, imprimée en 1243 (1928), sot l'ordre du sultan , par l'historiographe de l'empire, Es-S«id Mohammed-Esaid, p. 07 1 09.

Surnasen-Mohammed, qui avait été remplacé dans le commandement supérieur des flottes par Mustafa , gendre d'Halidschisade, reçut ordre de se rendre au plus vite à Erserum, dont on lui avait donné le gouvernement, etl'ex-grand vesir Suleiman-Pascha dut partir pour la Bosnie, qu'il était chargé d'administrer. Quant au vieux Gurd«chi- Mohammed, qui avait voulu jadis se défaire du grand vesir actuel Siawusch. il en fut quitte pour un exil en Chypre. Le dernier mufti Memeksade fut banni à Brusa, le chef des émirs Sireksade à Modania (port de Brusa). L'ancien mufti Ebusaid, déjà plusieurs fois exilé, et revenu tout récemment à Constantinople , grâce à l'influence de Meleki, dut maintenant retourner à Gallipoli, et Asis-Efendi fut réduit à changer les produits considérables de la place de juge de Chios contre les revenus bien plus faibles affectés au magistrat de Modania ; il sut se résigner à cette condition pour échapper au coup dont Mesud voulait le frapper. Dix jours après sa nomination le nouveau grand vesir Siawusch était arrivé de Silistra avec une faible escorte; mais il portait en lui déjà le germe de la maladie dont il mourut au bout d'un mois. Faible et retenu au lit, il n'en donna pas moins carrière à sa haine contre le nouveau defterdar Mohammed-Pascha , représenta au sultan que ce dignitaire n'avait pas versé dans le trésor le dixième de tous les biens confisqués des personnes exécutées, nommément de Meleki et de l'époux de cette favorite , que pour cela il méritait la mort , sentence que le mufti confirmerait. Celui-ci donna une entière approbation aux paroles de Siawusch, et, quoique la vieille mère du defterdar se fût humiliée devant le mufti pour demander la vie de son fils , Mesud, au lieu de lui donner des consolations, lui dit : « Femme, personne ne veut de bien à ton fils , qui s'imagine être sage et vertueux ; sa grande puissance nous tolère à peine à notre place ; il doit donc mourir. » Dans la nuit même où fut exécuté l'innocent defterdar, mourut aussi le grand vesir [ 25 avril 1656 ] . Par l'influence du mufti Mesud, qui espérait dominer seul sous un grand vesir insignifiant, le sceau fut donné au gouverneur de Syrie, Mohammed au cou tord. Turkman d'ori-

gine , né à Dschanik , dans les guerres contre les Persans sous Chalil-Pascha , Mohammed s'était signalé par sa valeur, et avait reçu quarante blessures, dont une lui fit tenir la tête penchée. Devenu successivement kiaja du grand vesir Kara-Mustafa , gouverneur de Karamanie, tschauschbasi hi, ses services pour le renversement d'Ipschir lui valurent le rang de vesir; ensuite il fut envoyé à Kanischa, puisa Damas, et reçut enfin la première dignité de l'état. Aussitôt après l'envoi du sceau, le kaimakam, le vieux vesir Jusuf, avec l'aide du reis-efendi Schamisade et du defterdar Ssaariknlib , s'étaient occupés de délivrer la ville des provocateurs de révoltes qui, depuis les événements du platane , parcouraient les rues avec leurs bandes, et prétendaient se mêler de tout' s les affaires. Avec le secours de Kara-Uasan, scheich qui possédait la confiance des janitschares et qui proposa pour kiaja des miliciens privilégiés, Ketsched>chioghli- Mohammed, le même qui avait demandé devant le sultan la tête d'Ipschir, le kaimakam, le mufti , le defterdar et le reis-efendi menèrent les choses avec la plus grande adresse. Ils se firent contraindre en apparence par les rebelles à prendre la bannière sacrée pour une expédition contre Sidi-Ahmed- Pascha en Asie Mineure , où, selon le désir des mutins, le sultan se rendrait lui-même, afin qu'ils fussent maîtres de sa personne dans le camp. A l'occasion d'une grande réunion préparée à cet effet, les principaux meneurs, RunvIIasan , Schamli- Mohammed, Jamakali et Kara-Osman, furent saisis dans le diwan, et leurs têtes furent jetées au dehors pour effrayer leurs partisans, qui se dispersèrent à l'instant, de sorte que la tranquillité fut rétablie dans Constantinople (1).

Huit jours après la destruction de ces rebelles , parut à l'audience impériale l'ambassadeur indien Kaïm-Beg, chargé de présenter trois demandes : 1> Des secours pour aider à reconquérir Kandahar, qu'un siècle auparavant Uumagun-Schah , voulant obtenir des troupes auxiliaires contre ses frères, après la mort de son père Baber,

(1) Naima, 1. u, p. 568 et 5G9. Mohammed- Cbalifa ; Subdet , Abdi , Asis-Efcndi.

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