‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 194 sur 384 · LXI11. 3G · texte numérisé non relu

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reis-efendi, fais-en lecture. » La dépêche annonçait que les impériaux ne laissaient point passer les pontons venant de Bosnie sur la Save. Après un échange de quelques paroles, le grand vesir se tourna vers les vcsirs et les émirs , les ajans ( principaux du pays) , leschodschagians (seigneurs du diwan) et les chefs des troupes , pour leur exposer encore une fois la question , et demander de qoel côté, dans la double guerre à soutenir, lui et le beglerbeg de Diarbekr devaient se diriger. On prononça comme la veille à l'unanimité , que le grand vesir devait se porter vers l'Allemagne. Le sultan dit : « Si Dieu le veut, nous nous rassemblerons à Andrinople pour délibérer de nouveau sur la guerre d'Allemagne, et nous agirons d'après la résolution qui sera prise. Le scheich d'Aja- Sofia , éleva les mains pour faire la prière ; le sultan se leva , l'assemblée se sépara et le grand vesir se retira tout bouillant de colère. Au bout de quelques jours Mirsasade subit la peine de sa franchise et fut envoyé comme simple juge à Parawadi. On pressa vivement les préparatifs de guerre. Pour ajouter aux forces de la flotte qui se trouvait sur les cales , on construisit quinze galiotes , vingtcinq frégates , dix chaloupes à quilles recourbées et huit felouques. L'aga Ibrahim, établi près de la porte de Fer au tourbillon du Danube , fut nommé pascha à deux queues et kapudan de la flottille du fleuve ; le mewkufatdschi Ibrahim et le defterdar de Nissa furent chargés en qualité de commissaires de faire amener les vivres nécessaires de Constantinople à Belgrad. On envoya au chon de Krimée les présents d'usage pour l'entrée en campagne. Le beglerbeg d* A natoli, Turk- Ahmed , qui était arrivé à Gallipoli avec l'intention de se diriger vers Corfou, reçut ordre de se porter à marches forcées sur Nissa. Ahmed , aga de Lippa, se rendit par Chocim auprès de Rakoczy avec une lettre , où l'on promettait à ce rebelle la principauté de Transylvanie et le titre de roi de Hongrie , dont avait joui autrefois Tœkœli. Le sultan partit pour Andrinople , accompagné du kaimakam , du mufti , des deux grands juges, du chefs des émirs et de tous les seigneurs du diwan. Aussitôt après l'arrivée du souverain à Andrinople, le beglerbeg y fit son entrée avec ses troupe*. Ensuite fut tenu le

troisième conseil annoncé par le sultan en levant la séance de la dernière assemblée ; après la lecture du manifeste et du fetwa , le grand vesir dit : « Nous ne sommes pas réunis ici pour perdre le temps en vaines paroles sur la nécessité d'une guerre déjà décidée , mais pour nous enflammer à combattre vigoureusement , d'après le proverbe : « Combats les infidèles et sois rude avec eux. » Quelques-uns des assistants se contentèrent de prononcer ces paroles : « Que Dieu vous guide et vous donne le succès. » D'autres s'en référèrent aux généraux ; ceux-ci, dominés par les regards du grand vesir , s'écrièrent qu'ils étaient esclaves du padischah , et prêts à sacrifier leur Ame et leur cœur au service de l'empire. Le grand vesir conclut en ces termes : « Il n'y a pas de doute que Dieu nous accordera le triomphe , d'après la maxime : « Ne soyex ni exaltés ni abattus par la » tristesse , et vous serez supérieurs » (par l'égalité d'âme ) , et le scheich du camp impérial mit fin à ce troisième conseil de guerre en continuant de réciter les paroles de ce verset du koran.

Avant de se mettre en marche sur Belgrad le grand vesir fit remettre une lettre, rédigée par lui-même, au résident impérial Fleischmann , qui avait suivi la cour jusqu'à Andrinople. Cette pièce, écrite sur un ton plus passionné encore que le manifeste, peut figurer dans l'histoire comme un monument du style arabe de la diplomatie ottomane ; la fin suffit pour en donner une idée : « Et désormais si l'on en venait à traiter, comment ajouter foi à votre parole? Les plus petite ducs et bien moins encore des rois chrétiens devraient-ils se laisser accuser d'actes si blâmables? Eh bienl l'on va se rencontrer avec vous sur les champs de bataille. Si Dieu le veut, vous profiterez peu de cette conduite si noble et si pure de la Sublime Porte. Il n'y a pas de doute que le sang qui va couler des deux côtés appellera sur vos têtes et sur celles de vos enfants et de leurs descendants la malédiction et la ruine jusqu'au jugement dernier (1). » Dans un post-scriptum écrit en marge, il était dit que dans la dernière guerre

i\) lUscbid, I. h, fol. 1M.

l'envoyé ottomao Sulfikar, ayant été emprisonné à Komorn , le représentant autrichien serait aussi retenu quelques jours à Belgrad [juillet 1716]. De Philippopolis des ordres furent expédiés au kapudan-pascha et à Kara-Mustafa , ainsi qu'au commandant de Bosnie , Jusuf-Pascha-le-Long ; les deux premiers devaient diriger les opérations contre Corfou , et Jusuf commander les troupes en Bosnie. Le chan tatare , qui venait d'arriver au camp, représenta , d'accord sur ce point avec le rapport du serdar dTsakdschi et de Chocim , que la Pologne, menacée par la Russie et par la Saxe , avait besoin de toutes ses forces ; que par conséquent lui-même ne pourrait envoyer que dix mille hommes à Bclgrad, attendu qu'il lui fallait faire observer la frontière de Pologne avec trente mille hommes. Afin de grossir aussi les forces militaires de ce côté, l'on enrôla trois mille six cents janitschares à Ibraïl ; à ce corps on ajouta la moitié du quatrième régiment, quatre cents hommes avec cinq cents armuriers» trois cents canonniers et trente conducteurs d'artillerie. Aaredsch-Osman-Pascha , titulaire du sandschak de Tirhala, reçot ordre de préparer les routes depuis Tirhala jusqu'à Ssajada , pour l'armée destinée contre Corfou. Pour le transport de l'artillerie on fit une levée de ces rajas qui , dès les premiers temps de l'empire ottoman, étaient attachés aux équipages militaires, sous le nom d'Enfants des Conquérants. L'on envoya trois mille hommes à la porte de Fer ; le commandant de ce poste reçut ordre d'élever de nouveaux ouvrages, et l'on mit à sa disposition trois mille fantassins , cinq pièces de douze , cinq cents boulets , dix quintaux de chiffons, cinq quintaux de plomb, douze livres de mèche et quarante quintaux de poudre. Six cents janitschares furent destines a renforcer les garnisons des places voisines delà frontière russe, deTemerruk, Rabatli, Or, Temkalaa, Taman, Kilburun. On jeta encore des janitschares dans Chocim , des bombardiers dans Temeswar. D'autres ordres pressèrent la marche des troupes appelées sous les drapeaux. Le chan retourna en Krimée. Peu de jours après arriva un député polonais de la confédération de Tarnigrod ; c'était une chose étrange , qui fut consignée ainsi que la conduite servile et l'humilité du

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