‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 206 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

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ancien kœschk construit depuis des siècles fut converti en bibliothèque. Les ministres de la Porte se partagèrent les frais de réparation des mosquées tombées dans un déplorable état de dégradation depuis plusieurs années, à cause des désastres et des misères de la guerre. Les travaux les plus importants s'exécutèrent à Nissa et à Widdin , qui , depuis la perte de Belgrad et Temeswar, étaient les principales places frontières de l'empire. Le devis des constructions s'éleva pour la première à 780, pour la seconde à 1600 bourses ou deux millions de piastres. Les travaux durent s'exécuter en trois années; on affecta en 1719 260 bourses pour Nissa et 565 pour Widdin.

Certaines mesures furent déterminées par des événement imprévus ou par des phénomènes naturels. Une grande insurrection militaire à Widdin, à cause du retard dans le paiement de la solde, entraîna la déposition de l'aga des janitschares et du defterdar. Une altération dans la prononciation de la lettre dhad, le schiboleth des Arabes, attira au prédicateur d'Aja-SoGa, le scheich Isperisade , une vive réprimande du grand vesir. Le muderrisTuridschisadequi, n'ayant pas eu l'avancement qu'il espérait, donnait trop libre carrière à ses propos, fut exilé ainsi que le grand juge Kewakibisade , coupable d'avoir laissé échapper quelques paroles accusatrices contre le mufti. Quatre jours avant la signature du traité de Paszarowicz, un incendie avait désolé Constantinople durant vingt-quatre heures ; à l'anniversaire de la conclusion de la paix le feu éclata encore dans la capitale, et donna lieu à un engagement entre les janitschares et les Grecs, parce que ces derniers voulaient s'opposer à la démolition d'une église, qui fut dévorée par les flammes. Deux mois auparavant un tremblement de terre causa de si fortes secousses que les murs d'enceinte du côté de terre, surtout près des Sept-Tours, s'écroulèrent; le dôme de la mosquée située près de la porte d'Andrinople et plusieurs autres se fendirent.

Ibrahim, qui appliquait tant de soins à l'administration de l'empire, n'était pas moins attentif à suivre les mouvements de la politique extérieure. Comme il tenait l'empereur pour l'ennemi le plus redoutable de

la Porte , il adressa des lettres aux chanceliers de Russie et de Pologne afin de les remercier de ce que dans les dernières guerres leurs gouvernements n'avaient nullement prêté l'oreille aux insinuations de l'Autriche, et de leur exprimer sa confiance qu'à l'avenir, constants dans leur amitié pour l'empire ottoman, ils persisteraient à refuser des secours à ses ennemis. Par là il se flattait de rompre une union qu'il fallait toujours prévenir : car le Prophète a dit : « Les infidèles ne forment qu'un seul peuple. » Au commencement de l'année l'aga Mustafa avait été expédié au roi de Pologne avec une lettre dans laquelle le grand vesir lui recommandait d'employer son crédit en faveur de Rakoczy (1). Le roi, dans sa réponse, éluda ce point et offrit des vœux pour le succès des négociations commencées. A l'instigation de Rakoczy, le prédécesseur d'Ibrahim avait écrit aussi au premier ministre de Prusse (2); c'était la première démarche tendant à engager avec cette puissance des relations d'amitié. Souvent repétées depuis, appuyées dans la suite parla France, la Suède et Naples, contrariées par l'Autriche , l'Angleterre et la Russie, ces tentatives ne devaient amener des rapports diplomatiques et officiels qu'après quatre années. Pour favoriser la France à laquelle avait été promise, au temps de l'ambassade de Châteauneuf, la protection du saint Sépulcre, la permission fut maintenant accordée à cette puissance de réparer les édifices sacrés à Jérusalem ; l'on craignait que l'ambassadeur impérial à son arrivée, invoquant la paix de Paszarowicz , ne réclamât cette autorisation pour son maître, et que le représentant de la Russie n'élevât la même prétention au nom du czar. D'ailleurs la Porte en se tirant d'un pas difficile obtenait de la France , pour cette concession, la liberté de cent-cinquante prisonniers. Un mois après le traité de Paszarowicz était arrivé l'envoyé russe Alexis Daskow, pour se plaiodre des brigandages

(1) La lettre était du 3 janvier, comme il appert de la réponse dont la copie se tronve dans la St-R.

(2) Lettre écrite par le g. v. Mahomet, an premier ministre de Prusse, janvier 1718.

et des irruptions de Bacht-Girai. fils de Dewlet-Girai , kalgha sous le gouvernement de son père. Maintenant rebelle à l'autorité de son oncle. Bacht Girai , plus connu sous le nom de Deli-Sultan, ou le sultan fou, était une cause de troubles et de discordes entre la Russie et la Porte. Le 12 juin 1719, un autre envoyé russe vint demander le renouvellement de la paii; cette démarche avait été déterminée par l'annonce de l'apparition prochaine de l'ambassadeur autrichien.De son côté, la Porte élevant au rang de beglerbeg de Ruraili et premier plénipotentiaire aux conférences de Paszarowicz, Ibrahim-Pascha, l'envoya comme ambassadeur extraordinaire à Vienne. Afin qu'il pût déployer une magnificence jusqu'alors inconnue à la capitale de la maison d'Autriche, l'on tira du trésor du palais pour les lui prêter : un poignard avec un manche à la mode des Tscherkesses garni de deux mille diamants gros et petits ; un carquois suspendu à une chaîne d'or, enrichi de rubis, de perles et d'émeraudes, sept harnais , sept gourmettes , trois paires d'étriers , sept masses d'armes en argent, sept selles de velours brodées d'or, sept schabraques garnies en or, et quelques autres harnais de moindre prix. Le magasin des tentes du sultan fournit encore deux grandes tentes de cérémonie soutenues par deux colonnes; deux autres en taffetas ciré ; une grande tente ronde, un dais avec tous les objets en dépendants, tapis, coussins, etc. Pour les frais de voyage l'on donna à l'ambassadeur 30.000 piastres, et de plus on lui en avança 75,000 [16 juillet 1718]. Les présents qu'il fut chargé d'offrir étaient les plus riches et les plus brillants que jamais ambassade turque eût apportés en Europe. Sa suite se composait de sept cent soixante-trois personnes avec six cent quarante-cinq chevaux , cent mulets , cent quatre-vingts chameaux. De la Schwechat il fut conduit à Vienne sous l'escorte de soldats de l'empereur et de milices urbaines de hussards et de riches négociants n cheval. Le maréchal de la cour et un commissaire impérial lui servaient d'introducteurs. La marche dans les rues de la capitale de l'Autriche attirait des flots de curieux par la nouveauté et la magnificence du spectacle.

Trois mois auparavant, l'ambassadeur extraordinaire de l'empereur avait quitié Vienne avec la même pompe et le même ordre que l'on vit ensuite à son entrée dans Constantinople ; il avait pour secrétaire d'ambassade Gerhard de Drit-ch, qui a laissé une relation en langue latine du voyage du comte de Wirmond, et parmi les chevaliers du cortège figurait le capitaine du génie Frédéric d'Obschelwiz, qui le premier a levé le plan de la route conduisant à Constantinople. Le drapeau représentant d'un côté les armes de la maison d'Autriche, de l'autre la Conception de la Vierge, était porté par le comte de Nessçlrode , parent de l'ambassadeur. L'échange entre les deux représentants des cours de Constantinople et de Vienne devait se faire sur la frontière nouvelle, aux bords de la petite rivière de Schuppellia , entre Parakin et Raschna. A cet effet on avait dressé d'avance en ce lieu trois colonnes. Arrivés à cinq pas de celle du milieu, les deux ambassadeurs mirent pied à terre simultanément. Le général Oduyer présenta le comte de Wirmond au serasker, qui remplit la même formalité pour Ibrahim-Pascha, et sur-le-champ procès-verbal fut dressé de cette réception [7 août 1719]. A son arrivée à Constantinople le comte de Wirmond fut complimenté au nom du sultan par Maurocordato, qui lui offrit des fleurs et des fruits , des sucreries et du café. On lui assigna des janitschares pour gardes d'honneur, et pour son service des dresseurs de tentes, des porte flambeaux et des porteurs d'eau. La Porte montra pour les besoins de cet envoyé et ceux de sa suite des soins et des attentions dont il n'y avait pas encore eu d'exemple. Les présents offerts au nom de l'empereur surpassèrent aussi tout ce que l'on avait vu jusqu'alors des marques de courtoise munificence données par une puissance étrangère. Les instructions du comte de Wirmond lui recommandaient avant tout d'obtenir de U Porte un traité relatif à la protection des saints lieux de Jérusalem, à la nomination des consuls , au commerce avec la Grèce, à l'échange des prisonniers, aux égards dus aux résidents des puissances étrangères à Constantinople, ainsi qu'aux agents de la

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