‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 212 sur 384 · LXIV · texte numérisé non relu

LXIV

p pointue de la langue en une épine de gre- » nadier, en la trempant dans le sang de » paroles inconvenantes ; qu'ils soient rao- » destes et qu'ils aient , comme le bouton » de rose , la bouche fermée et ne parlent

• pas avant le temps comme l'hyacinthe » bleue, qui répand ses parfums avant qu'on a les souhaite ; enGn, qu'ils s'inclinent mo-

• destement comme la violette, et qu'ils ne d se montrent pas récalcitrants. »

Le grand vesir, entraîné par son goût pour les fêtes , avait aussi renouvelé la mode des festins et des cavalcades , autrefois établie par le grand vesir Kœprili-le-Vertueui et tombée en désuétude au grand regret du dernier grand vesir , que la crainte seule des dépenses considérables qu'elle entraîne avait détourné du projet de la rétablir. Le troisième jour de la fête du grand Bairam, l'oga des janitschares donna dans son palais uu festin somptueux au grand vesir , et en sortant de table Damad-Ibrahim retourna à la Porte , escorté par une brillante et nombreuse cavalcade qui s'était assemblée par ses ordres au palais de l'aga. Mais les plus magnifiques de ces fêtes furent celles qu'on ■célébra à 1 occasion de la première leçon donnée aux princes Mohammed , Mustafa et Bajesid ; elles eurent lieu dans le kœschk dit des Perles, situé à l'extrémité du sérail, du côté de la mer [8 octobre 1721 — lGsîlhiJje 1133] . On avait dressé des tentes pour le grand vesir, le kapudan-pascha , le mufti, le juge d'armée de Kumili, le defterdar et le reis-efendi. Le premier et le second imam du sérail, Feisullah et Abdullah, furent nommés précepteurs des princes. Damad- Ibrahim , suivi de tout son cortège, entra dans le sérail par la porte du jardin contigue à l'hôpital, qui ouvre sur la première cour du palais impérial; le defterdar, le reis-efendi, le maître des cérémonies et Raschid, historiographe de l'empire, à la tête des ofliciers de la cour, se tenaient chacun devant la tente qui lui avait été dressée. Le grand vesir salua les officiers de la chambre intérieure , placés devant le kœschk des Perles : son salut lui fut reudu par le maître du salut, qui, dans toute occasion, le rend nu nom de celui qui l'a reçu. D'après les idées des Orientaux, le droit de salut appartient aux supérieurs et non aux inférieurs :

aussi une assemblée blesserait-elle les règles de l'étiquette les plus importantes si elle se permettait de rendre le salut du sultan ou du grand vesir; le despotisme pousse sa politique minutieuse à tel point qu'en ces circonstances mômes elle veut dominer encore, qu'elle s'offenserait si le peuple prenait l'initiative dans son accueil au souverain, et établit un mandataire pour rendre à ce der. nier son salut, suivant le mode et l'instant qu'elle a fixés. Mais que de fois aussi la voix du peuple long-temps étouffée n'a-t-e)le pas couvert la voix destschauschs : «Vive le padi schah, » par cette clameur séditieuse : u Nous ne voulons plus de toi. » A l'arrivée du sultan au kœschk des Perles, le kislaraga Beschir et Pamad-Ibrahim-Pascha l'aidèrent à descendre de cheval et le conduisirent en le tenant sons les bras à la tente dressée pour le recevoir. Immédiatement après, Ibrahim ,1e mufti et le kapudan-pascha rentrèrent chez eux prendre un repas dont les restes furent distribués à leur suite ; lorsqu'ils eurent quitté la table , le cortège passa dans la seconde cour du sérail par la porte du jardin , et se rendit à la salle d'audience, où les vesirs et les ulémas étaient assis sur le banc de marbre placé à l'extérieur de la grande porte. A peine un quart d'heure s'était-il écoulé qu'on vit paraître sous la porte de la Félicité, conduisant à la salle d'audience, l'aîné des fils du sultan, Mohammed :1e jeune prince était soutenu sous les bras par le chasinedar et le kislaraga ; il donna successivement sa main à baiser aux vesirs, aux ulémas et aux ministres. Lorsque parurent les autres princes, les tschauschs poussèrent des acclamations, puis les escortèrent jusqu'au kœschk des Perles, où entrèrent avec eux le grand vesir, le mufti, le kapudanpascha , le chef des émirs , les deux grands juges, le silihdar, le defterdar , le reis-efendi, le tschausch-baschi , le grand chambellan, l'historiographe de l'empire, le maître des cérémonies , les deux maîtres des requêtes , le scheich d'Aja-Sofia et le maître du Salut. Le sultan prit place sur son trône ; à sa gauche et à sa droite, sur de riches tapis, s'assirent les princes, le grand vesir, le kapudanpascha, le chef des émirs, les grands juges et le scheich d'Aja-Solia ; tous les autres aplanisse tinrent debout. Après une courte

prière à Dieu , prononcée en langue arabe par le scheich , le grand vesir prit dans ses bras l'aîné des princes et le déposa sur le tapis en face du mufti ; puis le silihdar plaça au milieu d'eux un pupitre recouvert de drap écarlate , et le chef de la loi se mit à lui montrer les cinq premières lettres de l'alphabet; le prince les répéta, et le sultan lui fit signe de baiser la main du mufti , ma» celui-ci se hâta de poser ses lèvres sur l'épaule du prince ; la môme cérémonie se reproduisit pour les deux autres jeunes sultans. L'historiographe de l'empire dit que le sultan voyant les efforts des pages placés derrière les ministres et autres dignitaires, pour voir ce qui se passait, fit signe à ces hauts personnages de laisser passer ces jeunes gens. Cette circonstance qui caractérise Ahmed III rappelle un autre fait honorable pour le grand vesir, qui , à la fôte de la naissance du Prophète, se leva par égard pour les ulémas pressés par la foule , et porta le tapis du mufti devant le candélabre après avoir appelé plus près les muderris. Damad- Ibrahim ne manquait jamais de professer la plus haute estime pour le corps des ulémas, et il ne négligeait aucune circonstance de leur être agréable : ainsi il assigna aux juges de Médine et de Damas un rang supérieur à celui dont ils jouissaient précédemment; il plaça les juges de la Mecque au-dessus des magistrats de Constantinople , Andrinople et Brusa, mais ceux-ci eurent le droit de préséance sur le juge de Damas. Enfin , pour marquer sa haute estime envers l'ordre judiciaire , il nomma juge d'Alep l'historiographe de l'empire Raschid , dont les fonctions passèrent à un savant légiste , Aaszim , surnommé Kutschuk-Tschelebisade.

Heureux dans sa paternité féconde , Ahmed III , depuis les dix années de son règne, avait vu ses femmes lui donner vingt-quatre fils et filles dont la moitié vivait encore; en 1721 , il avait célébré les noces de trois filles en môme temps que la circoncision de quatre de leurs frères ; maintenant trois autres princesses, Aatike, Chadidsche, Ummkulsum, furent mariées à trois begs, Mohammed, Ali et Ahmed, fils de Tscherkes-Osman- Pascha ; mais elles ne reçurent que 10,000 ducats de dot au lieu de 20,000 qui avaient été donnés à leurs aînées [6 mars 172'* ]. En

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