‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 214 sur 384 · LXIV · texte numérisé non relu

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auquel il avait déjà pardonné une première fois. Damad-Ibrahim, d'après la maxime persane, a traitait ses ennemis avec ménagement, et répandait les faveurs sur ses amis.» Ainsi il conféra à son gendre , le kiajabeg Mohammed, le rang de gouverneur de Rumili, qui jadis, au temps de Suleiraanle-Législateur , avait été la plus haute distinction même pour le grand vesir, le toutpuissant Ibrahim ; au fils du médecin Nuh~ Ali-Beg, qui étant chambellan avait été nommé par le précédent grand vesir woiwodede Sila et trois ans auparavant woiwode des Turkmans , il donna le gouvernement d'Adana , lui confirmant en même temps la woiwodie des Turkmans , faveur dont nul n'était plus digne au reste qn'Ali-Hekkimsade( fils du docteur), qui plus tard devint trois fois grand vesir. •

Dans le cours des trois dernières années , la capitale avait été menacée par dix ou douze incendies; la mort avait frappé un certain nombre de personnages puissants, parmi lesquels le précédent mufti , Mirza- Mustafa-Efendi , quelques vesirs gouverneurs, quatre écrivains distingués, Ebubekr- Efendi de Schirwan , investi des fonctions de secrétaire des janitscharesau siège de Vienne, puis revêtu quatre fois de la dignité de reisefendi et en dernier lieu second defterdar, signalé par les grâces de son style et célèbre à cause d'un commentaire sur le premier volume de l'histoire de Perse par Waszaf ; le prédicateur d'Aja-Sofia, le scheich Suleiman, auteur de plusieurs commentaires et gloses sur des ouvrages de jurisprudence, le juge de la Mecque, le poète Kiami, quia laissé un diwan et une compilation très-appréciée de livres sur le droit; enfin le juge du Kaire, Osmansade-Efendi , auquel on doit plusieurs commentaires et traductions estimés et la Biographie abrégée des sultans et des grands vesirs, qui nous a guidés jusqu'à la fin du grand vésirat de Rami. Parmi les vesirs on peut citer le gouverneur de Bagdad, pour son mérite personnel et à cause de son mariage avec Aische , fille de Mustafa , favori de Mohammed IV. Entré soixante-dix ans auparavant dans le sérail impérial, au commencement du règne de Mohammed, sous Mustafa II, il avait été investi des fonctions de grand chambellan ; puis il était de-

venu beglerbeg de Rumili , et, au retour de l'expédition de Zenta, il avait obtenu les trois queues de cheval comme gouverneur de Ivara manie. Au moment de sa mort il occupait ce gouvernement depuis vingt-an ans , et , six années auparavant , il avait déposé les restes de son épouse sous l'un des plus fameux mausolées de Bagdad , sous le monument funéraire de Sobéïde , la femme des vrais croyants, épouse d'IIarun-Raschid.

Depuis long-temps , comme on Ta vu par cette histoire, les Usbegs avaient entretenu des rapports continus avec la diplomatie ottomane ; à l'époque des guerres contre la Perse, ces relations avaient été de la plus haute importance , car les Usbegs voisins des Persans, co-religionnaires des ottomans, étaient les ennemis naturels des premiers, se trouvaient rattachés par les liens les plus étroits avec les sujets de la Porte, et s'ils prêtèrent rarement leur secours au Croissant, du moins on pouvait l'espérer toujours. Dans les quatre-vingts années de paix avec l'empire des Ssoflls, les ambassades trèsfréquentes des Usbegs étaient descendues à d'humbles sollicitations ; tous les deux ans régulièrement , cinq à six Usbegs se présentaient avec des lettres de créance afin d'être défrayés et d'entreprendre commodément et sans dépense le pèlerinage de la Mecque ; mais maintenant on vit paraître deux envoyés d'Ebulf eis-Moha mmed-Behadir-Cha n , roi de Buchara , padischah des Usbegs, et un troisième de la part du chan de Balch. Les deux premiers obtinrent audience et on leur assigna des frais de voyage ; mais pareille faveur ne fut pas accordée au troisième, attendu que les privilèges d'ambassadeurs n'appartiennent qu'aux représentants de princes indépendants, et que le chan de Balch n'était qu'un vassal du souverain des Usbegs. Alors revinrent deux diplomates ottomans fort distingués, Mohammed -Jigirmisekis ( l'un des vingt-huit), de sa mission près du régent de France, et Mohammed-Durri, de son ambassade de Téhéran ; tous deux firent des rapports très-étendus non moins intéressants pour le lecteur chrétien que pour les Turcs, à cause des renseignements précieux qu'ils contiennent sur le gouvernement et la cour de Perse , et sur les idées que se fai-

saient les Orientaux de la civilisation européenne ; chacun de ces rapports occupe dix feuilles in-folio dans l'histoire de l'empire, et tous deux ont été traduits du turc en français (1). De son côté , le schah de Perse envoya au sultan Murtesa-Kuli-i han , qui fit son entrée solennelle dans Constantinople le 24. décembre 1781 ; il fut logé dans l'enceinte de la ville. À l'audience du grand vesir , l'ambassadeur et le ministre ottoman entrèrent dans la salle en même temps par deux portes opposées; le grand vesir reçut debout le salut du Persan et la lettre du schah , que le reis-efendi plaça sur un coussin. Quand le grand vesir se fut assis, ayant à ses côtés le kiaja et le reis-efendi, et que les tschauschs poussèrent l'acclamation a Que l'assistance de Dieu plane sur toi,» en s 'adressant au grand vesir, l'ambassadeur perdit contenance ; c'était pourtant un homme d'un esprit cultivé, formé au beau langage. Le grand vesir lui ayant demandé comment il se trouvait de son voyage , il répondit : a Votre bonté m'a placé à Constantinople dan lit de roses d'Abraham, • faisant ains june allusion délicate et flatteuse au nom du grand vesir ( Ibrahim ) et à la légende connue sur Abraham jeté dans un four ardent, qui se changea pour lui en un lit de roses. Ces délicatesses d'esprit pouvaient être appréciées, car 'dans la salle se trouvaient les poètes et les savants les plus distingués de Constautinople , le poète Wehbi , l'historien Raschid , l'incomparable calligraphe Welieddin et le dernier ambassadeur en Perse , Durri-Efendi. Quand ensuite le grand vesir parla d'Iszfahan et de Constantinople , et de la traversée de Skutari, l'ambassadeur répondit par un vers improvisé aussi ingénieusement choisi que le quatrain de Melhemî , cité jadis par l'envoyé indien Mohammed , en l'honneur de Constantinople et du Bosphore.

(1) Le premier a paru à la Gn du 48» siècle. le second an commencement du 19* sous ce titre : Rf lation de Durri Efendi , ambassadeur de la I*orie ottomane auprès du roi de l'erse, traduite du tutt cl suivie de l'extrait des voyages de Petit Dclacrou, rédigés par lui même; Taris, iSiO.

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