LIVRE LU
an con tord eut été informé par le silihdar du sultan de la proposition de Kasim, il nomma Kœprili pascha de Tripoli, et lui ordonna de se mettre en route sans retard. Le kiaja , admis dans la confidence des amis de Kœprili , essaya vainement de faire ajourner l'ordre de départ. Sentant que leur plan n'était pas encore mûr pour l'exécution, les amis de Kœprili manœuvrèrent habilement auprès de la Validé, qui fit nommer le silihdar gouverneur de Damas et rappeler le vesir Chaszeki , alors investi de ce commandement; on se dit de tous côtés que Chaszeki était destiné à recevoir le sceau , et l'attention du grand vesir fut détournée de Kœprili. Le silihdar, patron de Mohammed au cou tord près du sultan, était éloigné ; mais les amis de Kœprili rencontraient encore sur leur route un bien puissant adversaire, l'aga des janitschares. Quand cet aga eut été déposé et remplacé par l'écuyer Sohrab, allié des partisans de Kœprili , celui-ci déclara nettement aux conjurés qu'il avait encore quelques points à soumettre à la Validé, après l'adoption desquels il serait prêt à prendre le fardeau du gouvernement. Dans l'après-midi même du jour où l'aga des janitschares fut déposé, Kœprili , introduit secrètement auprès de la Validé, qui lui demanda s'il ne redoutait pas les fonctions de grand vesir qu'on lui destinait , répondit en posant les demandes suivantes : 1° que chacune de ses propositions fût acceptée ; 2° que dans la distribution des emplois il eût les mains entièrement libres, et qu'il n'eût & tenir compte
de l'intercession de personne; 3° que nul vesir, nul grand , nul favori , par l'influence de la fortune ou à l'aide de présents faits aux confidents, ne pût usurper sur son autorité ; 4° que nulle calomnie contre sa personne ne fût écoutée. Ces quatre points concédés , avec l'aide de Dieu et de la Validé, il assumerait la charge du grand vesirat. La Validé, satisfaite, jura trois fois le maintien de ces conditions a par le Dieu tout-puissant. » Le lendemain , trois heures avant la prière du vendredi, le grand vesir et Kœprili furent mandés au sérail [15 septembre 1656]. Après quelques reproches adressés au grand vesir sur les vices de son administration, on lui retira le sceau et on le mit luimême sous la garde du bostandschi-baschi ; puis Kœprili fut appelé dans la salle du trône. Le sultan répéta les quatre articles convenus, et dit : » A ces conditions je te fais mon vesir, investi d'un pouvoir sans limites; je verrai comment tu gouverneras ; mes vœux sont avec toi. » Kœprili se prosterna et remercia son maître; de grosses larmes roulaient sur sa barbe blanche ; et en ce moment retentit du haut des minarets le cri des muezzims : « Dieu est grand ! » Le soleil venait de traverser le méridien; c'était l'heure fixée par l'astronome de la cour comme la plus favorable pour l'investiture solennelle. En effet, la période la plus sanglante et la plus souillée de l'histoire des Ottomans était close ; l'état allait renaître et recouvrer ses forces énervées , sous l'impulsion du vieux Mohammed-Kœprili.