‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 221 sur 384 · LIVRE LXV · texte numérisé non relu

LIVRE LXV

le résident impérial Dirling comme un fait entièrement nouveau et qui devait servir de précédent pour l'avenir. Le représentant de l'empereur à Constantinople s'attachait surtout à suivre les mouvements de Râkoczy, relégué à Rodosto , et de ses partisans ; il était informé principalement par l'interprète Mustafa, renégat bavarois, et par le jésuite Kasod, confesseur du prince exilé. Avec Râkoczy se trouvaient Ladislas Esterhazy , David Kisfaludy , André Torok. François Horvath, qui déjà , au temps de Tœkœli , avait pris part aux insurrections , était mort ainsi que Bercseny. Outre les insurgés hongrois il y avait encore dans les états de la Porte un redoutable rebelle. russe, Orlik, ancien secrétaire de Mazeppa, qui s'était enfui avec lui en Turquie, et, après la mort de ce prince abattu, s'était déclaré hetman des Cosaques révoltés contre la Russie, et avait été recommandé aui paschas de Chocim et de Bender. Repoussé après la fin des hostilités avec la Russie , il s'était retiré par la Pologne en Suède , où il resta jusqu'à ce qu'il s'en vît chàssé encore par la conclusion de la paix entre ce pays et le czar. Après une absence de trois années, il était revenu à Cliocim, et il demanda à la Porte les moyens de se retirer chez les Tatares ; déjà le gouvernement turc avait adressé les ordres nécessaires aux woiwodes de Moldavie et de Valachie, quand le plan fut découvert par les Russes : l'on y renonça parce qu'il était attentatoire à la paix , et Orlik fut banni à Seres puis à Salonik , où il jouit d'un traitement quotidien de quatre piastres. Trois semaines après l'arrivée de Romanzofif à Constantinople , mourut le czar Pierre-le-Grand , et son envoyé, accrédité de nouveau auprès de la Porte en qualité d'ambassadeur extraordinaire, présenta les dépêches par lesquelles Catherine confirmait la paix perpétuelle [ 7 février 1725 ]. Au bout de six mois, sa mission extraordinaire étant accomplie, RomanzoflTne fut plus considéréque comme commissaire fondé de pouvoir pour la démarcation des frontières , et son traitement quotidien descendit de 80 piastres à 10. L'ambassadeur anglais remit une lettre du roi de Prusse avec un présent composé d'armes précieuses et d'ambre, en reconnaissance du bon accueil fait trois ans auparavant à son

écuyer. L'envoyé hollandais Colyer poursuivit la réclamation d'une indemnité pour les dommages causés à la marine hollandaise parles Barbaresques , et il obtint un chattischérif qui enjoignait à la régence d'Alger de renouveler la paix avec les Étals-Généraux (1). Le bayle vénitien Giovanni Ernmo fut* remplacé par Francesco Gritti, et tous deux dirigèrent encore en commun, pendant une année, les affaires de la république.

On avait vu paraître comme ambassadeur de Pologne le staroste de Tupézare , Christophe de Sulinal Popiel ; il se plaignit des nouveaux ouvrages ajoutés aux fortifications de Chocim, des irruptions des Tatares, et demanda que le royaume de Pologne pût entretenir un résident à Constantinople. La Porte promit de faire des représentations au chan ta tare, qui d'ailleurs, disait-elle, quoique feudataire de l'empire ottoman, était maître de ses actions; quant au séjour continu d'un résident polonais à Constantinople , elle déclara ne vouloir à cet égard aucune innovation. Dans la dernière entrevue , dont l'envoyé se promettait quelque résultat, le grand vesir se contenta de lui demander s'il était vrai que le roi eût l'intention de transformer la Pologne en un état héréditaire, question à laquelle le staroste répondit d'une manière évasive [ octobre 17-22 ]. Les envoyés ragusains en apportant 38,000 ducats, tribut arriéré de trois années, en sollicitèrent la diminution, se fondant sur l'amoindrissement des produits de leur douane depuis que les Vénitiens étaient devenus maîtres de Zarine; mais ils ne purent obtenir aucune réduction et furent obligés de payer 30 bourses, à titre d'indemnité pour le retard de Raguse à s'acquitter de ses obligations durant les trois années de guerre. En même temps qu'elle repoussait la demande de la Pologne , relative au séjour contenu d'un résident à Constantinople, la Porte insistait vivement auprès de l'Autriche pour l'établissement régulier d'un schah-bender ou chargé d'affaires des marchands turcs à Vienne, et, malgré toute sa répugnance , le cabinet impérial dut se rendre à l'article du traité de

(1) FlJipport du bayle Ernmo du 23 mars 1723.

iMPIRE OTTOMAN.

Paszarowicz, dont les termes étaient bien précis à cet égard. Omer-Aga , revêtu des fonctions de chambellan dans le sérail, partit pour Vienne aOn d'y occuper la dignité de consul ou schah-bender ottoman. La cour de Vienne était bien obligée de céder sur ce point , objet des réclamations du gouvernement turc depuis sept années , car ellemême avait besoin des bons offices de ce gouvernement pour les traités qu'elle voulait conclure avec les Rarbaresques. Tout récemment les Algériens avaient capturé un bâtiment chargé de café de Moka , appartenant à la compagnie de commerce orientale d'Ostende , et refusé sa restitution ou des indemnités (1). Pour contraindre les états barbaresques à conclure la paix avec l'Autriche, la Porte équipa une forte escadre où figurèrent les deux vaisseaux amiraux, la Patrooa et laRtata, avec deux autres grands bâtiments de guerre portant à bord le chambellan Ismail-le-Long , commissaire pour le grand vesir, Suleiman-Aga , commissaire pour le kapudan-pascha, et John Schonamille, esquire , avec l'interprète Nicolas Theyls, chargés de représenter la cour impériale [H juin 1725]. Le chatti-scéhrif était adressé aux deys gouverneurs d'Alger, de Tunis et de Tripoli (2). A Alger, les efforts dTsmail- A ga restèrent sans résultat ; quand il eut fait lecture de la lettre du sultan au milieu du diwan rassemblé , et qu'il eut revêtu le dey du kaftan d'honneur, on lui répondit en lui exprimant grossièrement la désapprobation sur la paix conclue par la Porte avec l'Autriche ; Ismail essaya des remontrances paternelles , mais il vit bientôt que c'était peine inutile, et il remit à la voile. Il fut plus heureux à Tunis et Tripoli, où la paix avec l'Autriche fut conclue en treize articles sous la médiation du commissaire turc. Les bâtiments et les sujets autrichiens durent être à l'abri de la piraterie et de l'esclavage , et les navires néerlandais, siciliens, napolitains,

(1) Tscbelebisadc . fol. 70. Relation du voyage des commissaires de S. M. 1» embarques sur l'escadre ottomane commandée par le vice-amiral Abdî, capitaine de Conslantinople pour la commission d'Alger; Tunis et Tripoli, depuis le 8 août 1725, dans la Sts-R. *

(S) Tschclebisade, fol. 79 et 9î.

florentins , ceux de Sienne et de Trieste, furent compris dans le bénéfice de cette dis* position (1). Par suite de ces traités, que le cabinet de Vienne se hâta de ratifier, des envoyés de Tunis et de Tripoli se rendirent dans la capitale de l'Autriche, et des consuls impériaux furent installés pour la première fois dans les états barbaresques (2). Cette résistance d'Alger aux ordres de la Porte venait surtout de ce que le gouvernement tore refusait de replacer en Ëgypte le beg des Mameluks, Tscherkes-Reg, que les pirates avaient pris sous leur protection ; ces misérables sentaient gonfler leur insolence parce que l'Angleterre les excitait secrètement et les soutenait contre la Hollande (3). Dans

I l'espace de neuf années, des corsaires algériens avaient capturé soixante-dix vaisseaux hollandais , et ils avaient dédaigné l'offre de la Hollande qui s'abaissait jusqu'à promettre 200,000 florins pour acheter la paix. Enfin vun chatti-schérif du sultan amena un traité avec les États-Généraux [28 septembre 1726], comme plus tard un ordre venu du suzerain détermina aussi la régence indocile à s'accommoder avec l'Autriche [ 8 mars 1727 ]. Tunis et Tripoli commençant à murmurer de ne

| point recevoir de présents de l'empereur comme des autres cours, on leur donna 5»000 florins une fois pour toutes , contrairement à l'avis d'Eugène , qui voulait au contraire que l'on équipât une flotte de quarante vaisseaux de guerre et autant de galères afin de mettre Naples et la Sicile à l'abri des pirateries des Africains.

L'ambassadeur français et le résident impérial s'agitèrent alors très-vivement dans l'intérêt des prêtres et des églises catholiques, et particulièrement des catholiques arméniens, contre lesquels se ralluma la persécution commencée vingt ans auparavant par les patriarches schisma tiques, et qui avait paru éteinte depuis ce temps. En Syrie les catholiques avaient irrité contre

(1) Tout le traite* se trouve dans Tschclebisade, fol. 80 et 81. La convention avec Tunis est du 16 avril I72<i; celle avec Tripoli, do 1726.

(î) A Tunis. Simon Pellavino; a Tripoli. Maver. \jt c nstil impérial en Morte était GlairembaulL

(S) Rapport de Dirling , et représentation* d'Eu- , gèii»'.

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