‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 223 sur 384 · LIVRE LXV · texte numérisé non relu

LIVRE LXV

lai valut le titre de beglerbeg. Sur le rapport do serasker d'Haraadan , Abdulasis- Pascha reçut le gouvernement de Meragha , auquel étaient attachés cinq sandschaks. Le chanat d'Urmia, à l'orient du lac de ce nom, fut conféré à titre héréditaire à l'ancien chan Kasim, et celui de Moghan confirmé au chan Ssafi-Kuli-Chan. Le prince persan Latif-Mirsa, qui prétendait être allié à la maison du schah , et qui avait été pris à Hamadan , après avoir passé quelque temps à Constantinople fut renvoyé en Perse (ijanvierl72G). Afin de prévenir la dépopulation des pays nouvellement conquis, l'on accorda l'autorisation de regagner leurs foyers aux habitants de trois cents villages des districts de Surméli, Schuregil, Albara.et à d'autres qui s'étaient réfugiés à Bajesid , Karsz et dans le Kurdistan , et en même temps l'on défendit aux soldats de continuer à enlever les femmes et les enfants des Persans pour les vendre comme esclaves. Les fermons nécessaires furent adressés en ce sens aux trois seraskers des armées agissant contre la Perse, Abdullah Kœprili, Hadschi-Mustafa- Pascha et Ahmed-Pascha , dont la valeur et la puissance venait de soumettre et d'incorporer à l'empire ottoman la partie de la Perse attribuée à la Porte dans le traité de partage signé à Constautinople ; c'est-àrdire qo territoire de cent-vingt milles géographiques de longueur sur une largeur de trente à cinquante, à partir des montagnes du Loristan et de Churremabad , et s'étendant au nord jusqu'à Eriwan et aux steppes de Moghan (1).

Le démembrement de la Perse put être opéré d'autant plus facilement par la Russie et par la Porte , qu'à l'intérieur ce malheuheux pays était déchiré par la lutte entre le parti du schah légitime, Tahmasip, Qls infortuné du souverain détrôné, Husein, et celui du souverain des Afghans, Mahmud,puis du successeur de ce tyran, Eschref. Mahmud, fils du premier chef Afghan qui se fût révolté contre la Perse, avait posé la couronne sur sa tête en immolant son oncle Abdullah , et il l'avait assurée par le meurtre de trois cents personnages du plus haut rang en

(I) Tschcleb»» de , fol. à7 S5.

Perse, et de trois mille gnrdes-du-corps [ 25 juin 1723 ]. Mais ce farouche tyran, poursuivi (1) par le souvenir de ses assassi nats, tremblait d'ailleurs devant le mécontentement de son général Amanullah et craignait la vengeance de son cousin Eschref. Après avoir échoué dans une entreprise contre la ville de Jesd, il s'était renfermé dans une caverne pour y expier ses crimes par un jeûne de quarante jours, pénitence appelée Tapassa par les Indiens , et Tapu par les Persans. Mais à peine sorti de son antre, il s'abandonna de nouveau à son humeur sanguinaire, et tua de sa main trois oncles, onze frères et plus de cent fils du schah Husein, qui fut obligé d'assister à cet effroyable massacre [ 7 février 1725 1. Alors Mahmud tomba dans un véritable délire, se déchirant le corps, enfonçant ses dents dans des lambeaux de sa propre chair , et ni l'art des médecins persans et afghans , ni les prières de prêtres arméniens ne purent le guérir de sa frénésie. Toujours furieux , altéré de sang , prêt à se dévorer lui-même , à demi rongé par la corruption, il dut regarder comme un terme à ses maux l'ordre donné •par Eschref, qui, en le faisant étrangler, commanda d'exécuter en même temps cinq cents de ses gardes-du-corps appartenant à la tribu de Hésare [8 avril 1725 ]. Eschref se rendit ensuite au grand parc situé à huit lieues d'iszfahan pour voir l'issue de la bataille livrée à Schah-Tahmasip, qui , marchant sur la capitale, s'était arrêté pour assiéger Kum avec douze mille Kadschares. Entre Kum et Kaschan les deux partis en vinrent aux mains. Seïd-Ali-Chan , général d'Eschref, battu avec six mille Afghans, se replia sur Ebrkuh. A cette nouvelle, Eschref quittant le parc courut à Ferrahbad, près d'iszfahan, et fit massacrer seize des principaux Persans qu'il traînait après lui, Manullah, retenu jusqu'alors dans les fers, Abdulasis-Chan , Ibrahim-Ilmi et trois cents hommes de la ville. Cédant enfiu aux instances de son itimadeddewlet Sila-Chan, il adoucit un peu son humeur féroce, mit en liberté Seberdest-Chan , et le nomma à la

(1) Krusitiski , tragica *crtenli$ bclli Pcrsici bisloria. Lcu|K>li, 1740, fol. 375-377.

place de Seïd-Ali pour commauder ses troupes; lui-même courut au-devant des Kadsdiars de Thamasip , alors à neuf marches d'Iszfahan. Plus alarmé encore des progrès de l'ennemi extérieur, il s'occupa d'envoyer une nouvelle ambassade àConstantinople, et choisit pour son représentant Abdulasis-Chan, q ui de la condition de muletier s'était élevé au rang de commandant de» Dschulfa ( faubourg arménien d'Iszfahan ). Retenu par les seraskers ottomans à Churremabad et à Hamadan , cet envoyé n'atteignit Constantinople que cinq mois après son départ d'Iszpahan [ 25 janvier 1726 ]. Il apportait trois lettres, l une d'Eschref qui demandait la restitution des provinces arrachées au royaume, une autre du premier ministre Sila-Chan , qui proposait une nouvelle délimitation, et la dernière signée par dix-neuf ulémas afghans qui représentaient comme injuste la guerre des ottomans contre les Afghans, at-. tendu que les deux peuples étaient Sunnites.

Le grand vesir Ibrahim, toujours ami de la magnificence, avait encore ajouté à l'éclat de son palais et de sa cour pour recevoir l'ambassadeur persan. Les salles étaient tendues de drap d'or, les planchers recouverts de tapis de Perse. Depuis la porte du sérail jusqu'au bas de l'escalier étaient rangés sur deux lignes les gardes-du-corps du grand vesir, les courageux et les téméraires, les huissiers et les courriers, les.porteflacons, les fusiliers, et dans les appartement se tenaient les officiers de la maison et les tschauschs. Quand le grand vesir eut salué l'assemblée, toute sa suite se retira, et il ne resta auprès de lui que le kiaja, le reisefendi, le maréchal de l'empire, le grand chambellan et les sous-secrétaires d'état, Raschid, maintenant juge d'Alcp, le poète Wehbi , l'historiographe de l'empire, Tschelebisade-Naaszira et Nahiti-efendi. L'ambassadeur remit la lettre du premier ministre du schah au grand vesir, qui la déposa sur le coussin écarlate à ses côtés. L'historiographe de l'empire donna lecture de cette pièce dans laquelle le ministre persan réclamait de la Porte les provinces de Hamadan, Kermanschahan , Ardelan, Tiflis, Tébris, (iendsche et d'Eriwan ; puis il lut aussi les observations des dix-neuf ulémas afghans. Abdulasis-Chan ayant prétendu que la lettre

destinée au sultan devait être remise par lai entre les mains de ce monarque , on le menaça de la lui arracher de force. Ces dépêches donnèrent lieu à un grand conseil , auquel assistèrent le mufti , les vesirs de la coupole et les premiers dignitaires parmi les ulémas [ 12 février 172G ]. L'affaire était grave: car d'après les rapports du serasker d'Hamadao, les manœuvres d'Eschref avaient remué les esprits dans le camp, et les soldats agitaient la question de savoir s'il était légitime de faire la guerre aux Moslims. La guerre fut résolue , et, sur le fetwa rendu par le mufti , la déclaration officielle se Gt dans une grande assemblée d'ulémas. Là furent approuvés la réponse rédigée par Raschid à la lettre du premier ministre persan , le fetwa rendu par le mufti et neuf grands juges, et la réponse à la lettre des dix-neuf ulémas persans ; ces pièces furent transcrites par deux des plus célèbres calligraphies, et soixante-douze grands mollas, onze sebeichs, soixante-quinze muderriset quatre grands juges d'Anatoli , en tout cent soixante ulémas souscrivirent le fetwa rendu par le mufti , avec l'adhésion de neuf grands juges [ 12 mars 1726 ] ; l'ambassade fut congédiée avec un présent de 12 bourses d'argent. Le fetwa était ainsi conçu: « Est-il permis de reconnaître à la fois l'autorité de deux imams? — Réponse : De l'opinion unanime des légistes, il résulte que deux imams ne peuvent rendre à côté l'un de l'autre des décisions souveraines, c'est-à-dire qu'ils doivent être séparés par un obstacle comme l'Océan indien. Si donc, après que tous les Moslims ont rendu hommage à sa Majesté le sultan de deux mers et de deux continents , au Ûls des plus grands souverains et des premiers imams, au destructeur de toute innovation, un certain N. N. qui s'est saisi injustement et par la violence des cantons autour d'Iszfahan , sous le prétexte qu'ils se rattachaient au territoire conquis par ses armes , si cet homme s'attribue la dignité d'imam et la domination , si quelques Moslims l'ont reconnu comme imam, si lui-même expédie un homme chargé d'une lettre à sa Majesté le sultan , s'il a la présomption de réclamer de sa Majesté le chalife ( Dieu veuille maintenir les colonnes de son empire ! ) les pays conquis sur les Pcrsaos

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