‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 224 sur 384 · LIVRE LXV · texte numérisé non relu

LIVRE LXV

hérétiques , que recommande la justice ?— N. N. est un rebelle qu'il faut déposer. S'il renonce à ses folles prétentions et courbe la tête sous le joug de l'ombre de Dieu sur la terre, très-bien ! Mais s'il persiste dans sa désobéissance, son arrêt est prononcé par le verset du koran : « Si un parti se lève contre l'autre , frappez à mort les rebelles jusqu'à ce qu'ils reviennent à l'ordre de Dieu; » et par ce passage de la tradition: « Si deux chalifes imposent à la foi leur autorité, tuez l'un des deux. » Écrit par le pauvre en Dieu, plus puissant que tous les rois , Abdullah, mufti de la sublime souveraineté ottomane, sous le règne du glorieux Ahmed, que Dieu veuille maintenir comme l'appui de celui qui compte sur sa grâce , et comme l'auxiliaire de celui qui a foi en son épée. »

En conséquence , la guerre se poursuivit encore cette année contre Eschref ; le vesir Abdurrahman, fils de Kœprili, se mit en marche avec vingt raille hommes contre les tribus de Shikali et de Schahsewen ; parti d'Ardebil , il les atteignit le troisième jour dans les gorges de Tschai , où elles s'étaient retirées après avoir quitté le district d'Aresch t leur résidence habituelle. Le combat fut sanglant et acharné [ 8 mai 1726]; mais enfin battus et dispersés , les Persans se dirigèrent de Kisilagadsch vers les steppes de Moghan, où les ottomans les joignirent encore après quatre jours de poursuite , dans unte plaine de quatre lieues carrées ; les débris des tribus précipitèrent leur fuite dans les bruyères de Kisilagadsch, abandonnant leurs bagages aux Turcs. Comme il fallait maintenant traverser un désert aride de quinze lieues, les vainqueurs n'allèrent pas plus loin et revinrent à Ardebil. Tahmasip écrivit à la Porte pour lui offrir l'abandon des pays conquis par elle sous la simple condition d'être reconnu en qualité de schah ; sa lettre fut gracieusement accueillie, et l'ancien rufnamedschi Mustafa envoyé à Tebris revêtu de pleins pouvoirs pour négocier avec ce malheureux prince (1).

Le serasker d'Hamadan, Aarif-Pascha, fut arrêté dans le cours de ses conquêtes, dans le Loristan, par les tribus arabes à la tète desquelles se placèrent les Beni-Dsche-

(1} Tschelcbisade, fol. 9G.

mil , qui , jugeant le moment favorable et se réunissant aux Beni-Lam de Huweise, avaient concentré à Naka , à quatre lieues du tombeau d'Ali, une force de douze mille cavaliers et de vingt mille fantassins, et s'y étaient retranchés; ils furent battus, et les vainqueurs purent étaler deux mille têtes comme trophées. Le serasker de Tebris, A bdullah- Kœprili , sur ses instances répétées, fut mis à la retraite et son poste fut donné au gouverneur d'Anatoli, Ali-Pascha, fils du docteur. L'un des premiers exploits du nouveau serasker fut accompli contre Schah- Kuli-Chan , l'ancien gouverneur de Meraglia sous le schah Husein. Schah-Kuli-Chan avait été confirmé par Eschref dans la possession de l'Aserbeidschan , depuis Kaplankuh jusqu'à Meragha ; à Uriabad il avait rassemblé quelques milliers d'Afghans, et lui-même se tenait dans le château-fort de Dise. Le serasker envoya contre lui le woiwode de Kiis, Ali, et le chodscha Ali-Pascha, qui , agissant avec prudence à cause de la rigueur de la saison et de la force de l'ennemi , s'arrêtèrent d'abord à Kolegir, à quatre lieues de Dise. A la nouvelle de l'approche des ottomans, les Persans se retirèrent à quinze lieues plus loin, vers le district de Senawend ; les ottomans investirent les trois places dans lesquelles s'étaient jetés les Persans, les emportèrent d'assautet massacrèrent au moins cinquante mille hommes, Afghans, Efschares et Kurdes des tribus de Mukaddem et d'Ossalu. Les deux vaillants chefs ottomans, les deux Ali, reçurent un chatti-schérif plein d'éloges et des kaftans d'honneur [30 juillet 172G].

Le serasker de Schirwan , Hadschi-Mustafa , marcha contre les Arméniens Ssighinak , qui , soumis à la suite de la prise de Gendsche, venaient de se révolter [ septembre]; ils avaient rallié à leur cause les Kurdes Karatschorli , établis derrière les montagnes, et quelques Schahsewen. De Gendsche le serasker se porta sur Awan, principale retraite des Arméniens, prit d'assaut le village de Schuschi où ils s'étaient retranchés, et les dispersa tous afin d'effrayer ceux des trois autres refuges (1). Le terri-

Ci) Tschelcbisade , fol. 407,

toire des Kurdes Karatschorii Tut transformé en sandschak et conféré à Ibrahim-Beg, qui, au temps de la conquête de Gendsche, possédait le sandschak d'isbar sur l'Araxe.

Cependant la grande armée turque, forte de soixante-dix à quatre-vingt mille hommes destinés contre Eschref , était entrée en campagne sous le commandement supérieur d'Ahraed-Pascha, serasker d'Hamadan. Eschref n'avait que dix-sept mille hommes, dont mille cuirassiers afghans et seize mille cavaliers persans et dergesins , avec quarante pièces d'artillerie légère portées sur des chameaux; mais il compensait son infériorité numérique par l'adresse et la ruse : ainsi il parvint à détacher les begs kurdes de la Porte en leur promettant deschanats, il jeta l'irrésolution dans les rangs des Turcs en y envoyant des scheichsqui n'avaient à la bouche que les mots de paix et de religion (1). A vingt lieues d'Hamadan, dans la plaine d'Andschedan. une grande bataille fut livrée [ 20 novembre ]. L'aile droite des ottomans était formée par vingt mille cavaliers kurdes, sous vingt begs reconnaissant le commandement supérieur de Bebek-Sulciman-Oghli ; à l'aile gauche étaient cinq paschas ayant pour supérieur celui de Diarbekr, Silihdar-Mohammed. Eschref dirigeait son armée, monté sur un éléphant, à la manière indienne (2). A six heures du matin , les ottomans donnèrent le signal du combat par dix coups de canon auxquels les Afghans répondirent par cinq autres coups ; trois fois le serasker chargea l'ennemi à la tête de l'aile droite, trois fois il fut repoussé : les ottomans perdirent la bataille et douze mille hommes. La défaite et la fuite furent attribuées aux Kurdes et au gouverneur de Meragha , Abdulasis-Pascha, possesseur des sandschaks de Seldus, Ladschan et du district de Mœkri ; ce dernier périt bientôt après dans une expédition contre Kerruh-Pascha , son prédécesseur dans la jouissance des sandschaks cités tout-à-l'heure l février 1727 ]. Ils se rencontrèrent entre Seldus et Sschehrkœhne, et Abdulasis resta sur le champ de bataille ;

(1) llauwajr. I. i. |>. 246 et 2/»7. Tscliekbisadw , fol. 110 cl 128.

(il llaiiwav, I. j, p, 24s.

son gouvernement fut divisé en trois portions : le tschausch-baschi Hadschi-Mustafa eut le sandschak de Meragha, Ferruh-Pascha le sandschak de Mœkri, et son neveu Hnsan-Ali-Beg ceux de Seldus et de Ladschan (1)

Le serdar de Tébris , Ali-Pascha,| fils du docteur, arracha aux Efschars la ville d'Uriabad , reçut les hommages de la tribu de Katabegli , qui promène ses tentes entre Uriabad et Sengan, réduisit à la soumission les tribus kurdes révoltées de Karatschorii, Had chi- Ali et Mahmudi , qui s'étaient réunies aux Arméniens Ssighinak entre Gendsche et Eriwan, dans le canton de Disak et Berkuschad [ août 1727 ] , et détacha contre les Schahsewen , dans les steppes de Moghan , son kiaja avec quinze mille hommes de cavalerie légère. Ceux-ci s'enfoncèrent dans le désert, quatre lieues plus loin encore que n'avait fait précédemment Kœprili-Abdurrahman-Pascha , détruisirent environ mille tentes de ces tribus (2), tuèrent sii mille hommes et ramenèrent six cents prisonniers. Ces avantages partiels n'étaient nullement en rapport avec les préparatifs immenses que la Porte avait faits pour cette campagne, et d'ailleurs ils étaient réduits à rien à cause de la désertion des troupes nouvellement levées ; d'ailleurs la voix publique se prononçait ouvertement contre la continuation d'une guerre entre Moslims. La Porte écouta donc les propositions de paix qu'Eschref fit présenter par un Afghan son confident , Ismaïl, au serasker Ahmed- Pascha[ 3 octobre ]. Après dix jours de négociations, la paix, fut signée par Ismaïl, Ahmed- Pascha et l'ancien juge d'Hamadan, Obeid-Allah- Efendi : la Porte restait en possession de Kermanschahau , Hamadan , Sine , Ardelan, Nuhawend , Churremabad , du Loristan . du Mekri, Meragha , Choi , Sengan , Tébris, du district de l'Aserbeidschau , de Gendsche , Karabagh, Eriwan, d'Orduabad, Tiflîs et Nachdschiwan , ainsi que de tout le Gurdschistan , de Schamachi et de Schirwan ; les villes de Sultania , Ebher , Tarim et Sendschan, occupées l'année précédente par les

(1) Tbchelcbtsailc , fol. 114.

(1) Lemôtnc, fol. 124-

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