LIVRE LXV
Persans , devaient être évacuées , et les canons enlevés à la bataille d'Andschedan restitués (1). En échange de tant de sacrifices, Eschref était reconnu schah de Perse , et comme tel on lui assurait les droits de la souveraineté dans l'Islam, de faire battre monnaie et réciter la prière en son nom ; on l'autorisait aussi à envoyer tous les ans à la Mecque une caravane, sous les ordres d'un émirol-hadsch nommé par lui (2).
Ce fut seulement trois mois après la conclusion de la paii avec Eschref, et trois ans et demi après le traité de partage avec la Russie que se fit la démarcation des frontières entre les deux puissances conquérantes. Quand la Russie eut désigné pour aller à Schirwan , en qualité de commissaire pour cette opération , le général Alexandre Iwanowitsch Homanzofî, le même qui avait apporté à Constantinople la ratification du traité , la Porte s'était empressée de nommer Mohammed- Dcrwisch-Aga , et M. d'AUiou devait aussi se rendre sur les lieux de la part de la France ; mais au moment du départ [ 23 avril | , l'ambassadeur français s'excusa de ne pouvoir adjoindre aux commissaires M. d'Allion, qui avait une autre destination, de sorte que RomanzofT et Denvisch-Mohammed partirent seuls. La Porte ne s'était pas occupée sérieusement de cette démarcation , tant que ses armes avaient été triomphantes contre la Perse et que les opérations militaires suivaient leur cours. Cependant elle avait soin de respecter les formes de la meilleure intelligence avec la Russie ; les bons rapports avec cette puissance lui paraissaient d'autant plus nécessaires durant la guerre de Perse, que l'Autriche et la Russie avaient contracté alliance, et une telle union causait une grande alarme à Constantinople (3). Quand donc l'ambassadeur d'Eschref arriva dans la capitale , la Porte en donna de suite avis au cabinet russe par une longue lettre, et l'année suivante, après quelque retard , elle lui fit notifier verbalement la conclusion de la paix avec l'usurpateur du trône desschahs; toutefois elle ajourna la dé-
fi) Tschelebisade , fol. 129.
(2) Uanway. 1. i, p. 245.
(3) Theyls, 28 mars 172G.
limitation , en partie à cause d'empêchements réels, en partie sous de vains prétextes. Parmi les obstacles sérieux , l'on peut citer une supplique des habitants de Schamachi qui , au moment où l'opération allait commencer, se plaignirent de ce que la frontière russe dût être poussée si près de leur territoire [ 13 septembre 1720]. Le serasker de Uendsche, Hadschi-Mustafa-Pascha , calma les esprits agités, et, conformément au traité, une ligne droite fut tirée sur la mer Caspienne, à onze lieues vingt-cinq minutes de Schamachi; cette étendue fut divisée en trois parties, dont deux furent attribuées à la Russie ; la troisième se rattacha au territoire ottoman. Le point de rencontre fut marqué par une élévation artificielle près du village deMaabur. Le lendemain, les commissaires partirent pour Derbend, où ils arrivèrent au bout de huit jours : là se rencontrèrent des obstacles, des difficultés ; il y eut lieu d'en référer à Constantinople. En vertu d'un ordre venu de la capitale, Derwisch- Mohammed fut laissé à Schamachi avec trois compagnies de sipahis ; le serasker accompagna Daud , chan de Schirwan, jusqu'à Rerdaa ; puis il entreprit son expédition contre les Arméniens à Moghan , dont il a déjà été question. Quinze mois s'écoulèrent encore avant que la démarcation fût achevée conformément à l'esprit du traité de partage (1) , et signée par les commissaires des deux parties [ 23 décembre 1727]. Six mois après que cet arrangement eut été souscrit , mourut à Constantinople l'ambassadeur français, vicomte d'Andrezel , et son poste fut sollicité à la fois par Allion et par Fontenu , consul à Smyrne. Alors le ministre français Maurepas écrivit confidentiellement au médecin du sultan , au juif Fonseca , pour lui demander son opinion sur les prétentions de Fontenu à l'ambassade de Constantinople (2) ; Fonseca ayant répondu qu'un personnage d'une plus grande autorité et d'un rang plus élevé conviendrait davantage, M. de Villeneuve fut nommé. Les derniers * efforts d'Andrezel avaient tendu à faire en-
(1) Tschelebisade. fol. 136.
(2) 1* lettre et la réponse sont dan» la Ste-R. du 17 septembre 1727.
HISTOIRE DE L'EMf'IHE OTTOMAN.
trer la Porte dans la ligue de Hanovre ; le grand vesir, voyant le résident impénal Dirling inquiet de ces manœuvres, lui déclara qu'une alliance avec des princes chrétiens était contraire aux principes de l'Islam ainsi qu'aux lois constitutives de l'empire, et qu'il ne détruirait pas ainsi son propre ouvrage, la paix de Paszarowicz. Contre cette fermeté du grand vesir échouèrent aussi les intrigues de Rakoczy , dont le fils, nommé en France duc de Makoviz, était venu à Constantinople vêtu du costume hongrois, et s'était fait soutenir par le nouveau bayle vénitien Camillo. Le schah-bender turc résidant à Vienne communiqua le traité en douze articles conclu avec la Perse (1) , en remettant une lettre du sultan qui annonçait les conquêtes faites par les armes ottomanes , peut-être , suivant les soupçons du résident russe Neplujeff, dans le but d'amener la cour impériale à une lettre approbative. Orner- Aga prétendait jouir des prérogatives de résident à Vienne , mais le référendaire impérial lui fit observer que, d'après la teneur du traité, il ne devait être considéré que comme consul ; le schahbender se plaignit auprès de la Porte que ses lettres eussent été ouvertes par le résident autrichien Dirling et communiquées au représentant russe Neplujeff, et au contraire c'était Orner - Aga qui avait iotercepté à Vienne des lettres du beg Mamluk Tscherkes, lequel s'étant enfui d'Égypte à Tripoli, était ensuite veou à Trieste avec des recommandations du dey de Tripoli , pour obtenir des secours de l'Autriche. Le cabinet de Vienne irrité demanda le rappel d'Omer-Aga et remplaça Dirling à Constantinople par le jeune Talman[ 17 décembre 1728 J. Dirling, avant son départ , négocia, par l'intermédiaire du pelletier Paraskovicz et de l'interprète de la Porte, le rappel d'Omer-Aga , dont la présence était devenue insupportable à la cour impériale, et promit à son médiateur de distribuer 3, 000 ducats entre le kiajabeg et le reis-efendi. Dirling pendant sa mission avait embrassé avec ardeur les intérêts des Franciscains et même la cause des Juifs de Jérusalem , et il était parvenu à amener un
(1! H.ipporl tlv Dirliiig. tin 25 «rpimilire 1727.
accommodement entre des Israélites considérables et leurs créanciers turcs dans la cité sainte ; il avait aussi échangé avec le grand vesir les ratifications des traités de commerce conclus avec les Barbaresques.
L'Angleterre entretenait toujours à Constantinople son représentant Stanyan , qui avait communiqué dans le plus grand mystère à la Porte la ligue de Hanovre; la Hollande avait envoyé à la place de Colyer qui était mort, Cornélius Calcoën, qui eut sa première audience cinq jours après la notification de la mort de Catherine par le résident russe [ 10 août 1727 ]. Le gouvernement turc en voya en Suède Mustafa-Aga , pour réclamer l'argent prêté à Charles XII et qui était encore dû.
Nous allons maintenant suivre en Egypte le beg des Mamluks, Tscherkes, qui , étant venu a Vienne sans autorisation , avait été bien vite renvoyé à Trieste d'où il était parti pour Tripoli. Mohammed- Pascha, ex-grand vesir, gouverneur d'Égypte, avait été déposé et sa place conférée à Morali-Ali de Candie, que le tschausch-baschi dut aller installer ; en même temps ce messager était porteur d'un ordre de mort sur Mohammed- Tscherkes , ce beg trop puissant des Mamluks, qui, étant scheichol - beled, avait bravé l'autorité du gouverneur et s'était saisi de la direction des affaires. Le nouveau gouverneur Ali-Pascha , au liea d'agir de concert avec le tschausch-baschi, comme cela lui était recommandé , pour abattre Tscherkes- Beg , s'était entendu avec ce dernier ; "le tschausch-baschi s'aperçut de cette intelligence, et aussitôt il rallia contre les deux complices les ennemis de Tscherkes-Mohammed, entre autres Sulfikar-Beg et Hindi-Ali-Beg. Dans le diwan, Sulfikar sabra le kiaja des Arabes, ce qui fut le signal d'un grand tumulte; Sulfikar et Ali-Hindi prirent immédiatement possession de la porte des Asabes. Ssari-Ali se saisit de celle des Janitschares; le tschausch-baschi et Tex-gouverneur Mohammed-Pascha s'établirent dans la mosquée du sultan Hasan, où ils appelèrent le - gouverneur Ali , mais celui-ci n'osa pas s'y rendre. Le chalti-schérif contre Mohammed- Tscherkes fut publié, et, les troupes s'étant montrées satisfaites, Hindi-Ali-Beg fut installé en qualité de defterdar, Sulfikar H