LIVRE LXV
Ssari-Ali-Beg prirent pour eux les autres emplois. Dans la nuit Tscherkes adressa une lettre aux soldats pour leur promettre 70,000 piastres. Mais Kindi-Ali et Sulflkar les avaient attachés à leur cause en leur donna ut l'argent de la veuve d'Ismaïl-Beg. Les deux chers se trouvèrent donc i la tête de trente mille hommes , avec lesquels ils assaillirent les maisons de Tscherkes-Mohamraed et de son allié Kasim-Beg. Pendant trois jours les rues du Kaire furent ensanglantée^ par la lutte entre le parti de Tscherkes-Beg et du gouverneur Ali d'un côté, et celui de SulGkar, de l'ancien gouverneur Mohammed et do tschausch-baschi de l'autre. Après avoir étranglé tontes les femmes de son harem , Tscherkes-Mohammed s'enfuit à Tripoli. Le troisième jour , le tschausch-baschi et Sulfikar entrèrent dans le palais du gouverneur Ali-Pascha, le déposèrent, et le remplacèrent par son prédécesseur Mohammed-Beg.
La téte de Kasim-Beg rat envoyée à la Porte (1). Pour rétablir l'ordre l'on nomma juge du Kaire Mirsasade -Neili- Ahmed- Efendi, neveu du nakib Esaad et gendre du savant Aarif. C'était un poète et un savant calligraphie distingué, et de plus, habile joueur d'échecs. Deux defterdars d'Eriwan, Merami et Mohammed , tout récemment de retour de sa mission en France, partirent de Constantinople pour le Kaire avec un aga du grand vesîr, afin de prendre possession des villages et des revenus de Tscherkes- Mohammed et de son parti. Orner, kiaja de Tscherkes-Mohammed-Beg, et son trésorier Seifi , quand ils virent leur maître à Tripoli , se mirent sous la protection d'Omer- Aga , chambellan du kapudan-pascha , et se rendirent avec lui k Constantinople. Il y avait plus d'un an qu'ils étaient dans la capitale, quand leur existence, à cause de l'esprit de discorde soufflé en Egypte par le parti de Sulflkar, fut regardée commè dangereuse ; et on les mit à mort ] 19 novembre 1737 ]. Les troubles d'Egypte ne furent pas étouffés pour cela ; car deux mois après, au moment où le defterdar Ali-Beg entrait dans lediwan,
(i) Tscholcbisade, fol. 88. Voyct le rapport de lintcrprile. Theyls et l'Histoire cffcgyptc, par un auteur anonyme ; p. 130 I SU
les Asabes et les janitschares tirèrent sur lui , et le feu de la guerre civile se ralluma de nouveau. Quelques adhérents de Tscherkes-Beg s'étant reroués , les begs des Mamluks et les sept corps des milices envahirent les deux mosquées d'Hasan et de Mohammed, que leur construction solide transformaient en forteresses de l'insurrection , et remplirent aussi la place Roraaila. Ils prétendaient que le defterdar Ali-Beg, le vieux Sulfikar-Beg et le commandant des muteferrikas étaient en intelligences secrètes avec Tscherkes - Mohammed , qui après avoir quitté Vienne, puis Trieste, ayant gagné l'Afrique , s'était enfui d'Alger pour s'avancer jusqu'à Benghasi [ 90 janvier 1728 ]. L'émeute dura trois jours; le gouverneur Mohammed - Pascha ne vit d'autre moyen pour y mettre fin que de livrer les têtes des trois personnages accusés par les insurgés. Le beg de Dschirdsche , Suleiman , le beg Dschesaroghi - Mohammed, et Scheraibi- Jusuf-Beg, partisans des victimes, s'enfuirent chez les Arabes du désert. Leurs villages furent confisqués. La place de defterdar fut donnée à Kaitas-Badschi-Mohamraed , celle d'inspecteur des chasx (biens du trésor) au kiaja des tschauschs , Ali-Beg ; à la requête adressée è Constantinople pour obtenir la confirmation de ces nominations, étaient jointes les têtes des fonctionnaires mis à mort (1).
En Krimée, le chan Seadet-Girai était en discorde avec les Schirinbegs, famille la plus considérable du pays , pour les motifs suivants : d'abord, au retour de la campagne contre les Tscherkesses et les Tatares de la Kabarta, il avait fort maltraité le chef de cette famille, Dschantimur, dans la répartition du butin ; de plus, il lui avait préféré son gendre Murtesa-Mirsa, et il avait obtenu de la Porte des ordres de bannissement contre trois des principaux commandants militaires : celui d'Or (Perecop), Selamet- Girai, l'aga des côtes maritimes, Ermirsa, et le gouverneur d'Adschi. Ermirsa revint en Krimée où sa présence provoqua de nouveaux troubles. Il disputa la main d'une jeune fille è un Ta tare de la tribu des fils
(1) Tsrhclebisadc. fol. 14t.
du Subhan-Ghasi, et le chan, pour les mettre d'accord , donna la belle a un troisième aspirant. De la sorte il s'attira l'inimitié des deux tribus auxquelles appartenaient les deux rivaux. Les Schirinbegs se rassemblèrent tumultueusement à Kialaralti ; les Subhan- Ghasi adressèrent une supplique à Constantinople pour demander la déposition du chan , qui eut lieu aussitôt. Mengli-Girai- Sultan , frère et ancien kalgha de Kaplan- Girai, qui, depuis la déposition de ce prince, vivait retiré dans le village de Kasikoi , près de Siliwri , fut revêtu de la dignité de chan ; Seadet-Girai fut exilé à sa métairie de ianboli [ 16 octobre 172i ]. Le nouveau chan reçut l'investiture selon l'usage , et l'année suivante il envoya dix mille Tatares grossir l'armée ottomane contre les Persans. Le kalgha Ssafi-Girai, auquel avait été adjoint Ahmed-Giraî, commandait cinq mille cavaliers; le nureddin Selamet-Girai en avait autant sous *es ordres, et avec lui se trouvait le fils du chan Tochatmtsch-Girai. lia prirent leur route par le Bosphore. Le kalgha se rendit de fiujukdere à Chunkariskelesi sans venir à Constantinople. Sous la direction du chambellan Mustafa-Aga il alla joindre le seraskerd' Ramadan. Les troupes du nureddin, ayant pour guide un autre chambellan, se portèrent vers Schirwan. A Begkos , sur le rivage du Bosphore , les chefs Tatares présentèrent leurs hommages au grand vesir , qui leur fit de riches présents. Bientôt après la dignité de kalgha fut conférée au fils de Selim-Girai, Aadil-Girai, parce que Ssafa-Girai se rattachait aux fils de Seadet-Girai [août 1725]. En attendant l'arrivée d' Aadil-Girai de Rhodes, Asmet- Girai fut investi du commandement général des Tatares à Tébris, et l'année suivante le nureddin Selamet-Girai et l'ancien kalgha Ssafi-Girai furent autorisés, le premier à regagner ses foyers, le second à se retirer dans sa métairie de Janboli. Bientôt Ssafi- Girai vit arriver auprès de lui son successeur Aadil-Girai , dont le chan avait obtenu la déposition , et qui fut remplacé dans la dignité de kalgha par le nureddin Selamet- Girai. Ensuite Aadil-Girai provoqua les Noghais de Bessarabie à la révolte ; il les excita à revenir dans leurs anciennes demeures en Moldavie, demander l'installation de Ka-
plan-Giraien qualité de chan. Mais des suppliques parties de Krimée contrarièrent ces manœuvres; là on attestait que la conduite du chan régnant était en tout point conforme à la loi , et l'on ne pouvait admettre l'idée que les Noghais se mêlassent du changement des princes de la presqu'île (1). Le chanat fut confirmé de nouveau à Mengli-Girai, et les gouverneurs d'Ocsakow, de Bender, Ismail, Kili , Akkerman , les woiwodes de Moldavie et de Valachie, reçurent ordre de le soutenir avec leurs troupes contre les Noghais. Alors Aadil-Girai eut recours au chan, par l'intercession duquel il implora son pardon auprès de la Porte; les provocateurs des troubles parmi les Noghais, Jusuf-Mirsa etTimur-Chan, s'enfuirent en Pologne. Le chan et le gouverneur d'Ocsakow se réunirent ensuite à Ismail pour régler les affaires des Noghais [ 28 février 1728] ; les mirsas des Noghais, des Kowais et de la tribu de Karalhalk, forent mandés devant leur tribunal ; on leur assigna de nouveau le territoire qui s'étend entre le Pruth et le Dniester, sur une longueur de trente-deux lieues et une largear de deux , et qui leur avait déjà été attribué dix-sept ans auparavant : ils promirent de vivre dans le repos et s'engagèrent, en cas d'infraction de cette obligation, à payer 1,000 bourses à la Porte (2). A peine les Noghais de Bessarabie étaient apaisés, que ceux du Kuban se soulevaient, excités par Dscbantireur et Bacht-Girai : Dschantimur , le poissant Schirinbeg dont l'indocilité avait caust la déposition du dernier chan , refusa encore obéissance au prince-actuel et fut pour cela déclaré rebelle par la Porte. Aussitôt les ordres nécessaires furent expédiés à tous les juges de la Krimée et des places sur le Danube; le chan se mit en marche d'Or avec son armée et les Cosaques Zaporogues, se dirigeant sur le Kuban; le kalgha se porta vers le même point à la tête des Tatares de Budschak ( Bessarabie). Dschantimur s'était ligué avec Bacht-Girai , fameux sous le noo» de Deli-Sultan , qui avait allumé chex les Noghais le feu de la guerre civile. Les Noghais du Kuban réunissaient quatre tribus
(1) Tscbelebisade, fol. 139.
(2) Le même, Toi. 440.