LIVRE LXY
princi pales, les Jeditschekis, les Kassaioghlis, les Dschemboiliks et les Jedisans ; parmi les premiers , la famille Kataikipdschak seule se rattachait à Bacht-Girai ; la famille Newrusogli, appartenant aux Kassaioghlis, avait seule adopté le plan délivrer les Jedisans aux Kalmuks(l). Pour étouffer ces redoutables mouvements, la Porte ordonna aux commandants d'Ocsakow et de Kaffa d'appuyer le chan dans son expédition contre le Kubao et les Tscherkesses; les Jedisans et les Dschemboiliks, transportés du Wolga sur le Knhan, qui redoutaient les Kalmuks et ne vivaient pas d'ailleurs en bonne intelligence avec les anciens habitants de leur nouvelle patrie , sollicitèrent l'autorisation de passer en Kriraéc, et elle leur fut accordée ; ils furent suivis par les Kataikipdschaks, quand ceux-ci eurent obtenu le pardon de leur révolte. La Porte se montra clémente môme envers Bacht-Girai-Dcli , qui implora sa grâce et promit de laisser en paix les Noghais et les Tscherkesses (2). D'autres Noghais s'étaient établis plus anciennement en Bessarabie, dans le canton de Chalil-Pascha, d'où ils inquiétaient la Moldavie ; sur les plaintes des Moldaves, ces voisins incommodes furent éloignés, transplantés vers Ismail et Akkerman, et on leur fixa des frontières qui les séparaient bien distinctement des habitants du Budschak [juillet 1728]. Trois ans après , fut signée entre les Moldaves et les Noghais une convention en vertu de laquelle une bande de territoire longue de trente lieues sur deux de profondeur , le long de la frontière de la Moldavie et de la Bessarabie, fut abandonnée à ces derniers, qui renoncèrent à toute prétention ultérieure sur toute portion de la Moldavie. Dschantimur, qui s'était réfugié chez les Abasesde Schapzagha, grâce à l'assistance de Ssain-Sultan , frère de Bacht- Girai , s'enfuit au-delà du Kuban.
Sur un autre point, Daud , chan de Schamachi, agita les habitants de Schirwan par son refus de respecter la frontière russe, nouvellement tracée ; il fut destitué , et le nouveau chanat de Schirwan fat conféré au prince des Kumuks , Surchai-Chan. En Moldavie , Michel Rakoviza avait été remplacé
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;2; Lf» rm-tne. fol. i>,a.
par l'interprète de la Porte Grégoire Ghika ; le gouvernement de Kacheti avait été conféré au fils d'Héraclius, Mohammed -Kuli- Chan, élevé au rang de pascha à deuxqueues, et celui de Kermanschahan au fils d'Hasan- Pascha, créé beglerbeg. Le chan de Woghan, SsaQ-Kuli-Chan , s'était soumis volontairement.
Outre ces grandes agitations sur le Nil et sur le Kuban , il y avait encore des soulèvements partiels et des mutineries de soldats dans diverses provinces : à Eriwan , les janitschares s'insurgèrent contre le serasker Ahmed-Pascha et le maltraitèrent ainsi que le defterdar ; le serasker ne dut son salut qu'à la présence d'esprit de Miralem-Derwisch-Moharamed, commissaire pour la démarcation des frontières avec la Russie. Il fit porter du trésor 100 bourses à la porte de l'aga pour en faire la distribution : les mutins accoururent. Le serasker respira et eut le temps de s'enfuir hors de la ville ; il rassembla des forces , et le lendemain il réduisit les rebelles, auxquels il reprit 95 bourses sur les 100 qui leur avaient été jetées comme une proie.
A Aszow, l'esprit de rébellion de Dschantimur et de Deli-Sultan gagna aussi les janitschares, qui se soulevèrent contre les mesures prises pour empêcher toute communication avec les insurgés. Des instructions, enjoignant tour-à-tour les menaces et les flatteries, furent adressées aux lieutenants-généraux des janitschares de ce lieu, aux tschauschs , aux chefs d'escadrons, aux capitaines, aux chefs de manœuvre et aux vétérans, aux commandants de Jenikalaa, Taman , Or, KafTa, Ocsakow, Kilburn.
Teraruk et Atschu, pour qu'ils empêchassent les janitschares de se mêler des affaires des Tatares. Le souffle de l'insurrection avait frappé aussi la garnison de Kaffa, qui, excitée par le mufti de ce lieu , Abdulasis , chassa de la place les principaux habitants et se jeta dans le parti des Abascs révoltés et de Bacht- Girai. Le gouverneur fut changé, le mufti fut renfermé à Tuldscha. Le gouverneur de Baszra, Abdurrahman, marcha contre lesarabes rebelles, à la tête desquels Maanoghli et son frère ravageaient les villages de G haras, Himar et Manszurjé; il les défit et les repoussa ' 27 avril 1728 |. En compensation de
ces troubles , les tribus arabes de Huweise , qui reconnaissaient la souveraineté des Persans, se soumirent volontairement à la Porte [ octobre 1726 ].
Tandis que la guerre se poursuivait sur la frontière de Perse, les milices à cheval, les lewendset les segbans recommençaient leurs anciens brigandages en Asie-Mineure; le gouvernement les mit hors la loi et enjoignit aux habitants de leur courir sus et de les exterminer. Le sandschakbeg de Karasi , Deli - Orner -Pascha, était tombé sous les coups de malfaiteurs, dans le village de Ssuszigherlighi. A Smyrne , deux meneurs d'insurrection , Derwish-Efendi et Hadschi- Seferogli , avaient réduit la Porte à déposer le woiwode et à se rendre en apparence à leurs demandes ; mais le pascha d'Aidin les attira dans un piège par de fausses démonstrations d'amitié et les anéantit. Les Abases avaient tué ou pris les bûcherons et les chauffourniers occupés aux travaux préparatoires des fortifications de Sochum , ils avaient même osé assiéger la place; les ordres partis de Constantinople pressèrent les paschas de Tiflis et de Tschildirde châtier ces attentats. Le dadian et l'adschekbasch, ou princes de Mingrélie et d'Imirette, allèrent trouver le chambellan Ibrahim , investi par la Porte du pouvoir nécessaire pour régler les affaires en ce pays , sollicitèrent leur pardon à cause de l'appui prêté aux Abases , restituèrent les prisonniers et promirent de rompre toute relation avec Bacht-Girai , qui alors était en révolte contre le sultan.
Ismaïl-Kalender, capitaine des gardes-ducorps du prince Tahmasip, avait pillé avec un ramassis de misérables tirés de la Perse diverses localités appartenant à la Russie; repoussé par les soldats du czar, il appela les tribus de Schasewen et de Schikaki sous sa bannière, et médita des expéditions destructives contre Chalchal et Ardebil. Le pascha de Chalchal, Mohammed-Kuli , dut d'abord se retirer précipitamment; mais ensuite il rassembla des troupes, livra pendant quatre heures un combat acharné à Ismaïl-Kalender , et le contraignit à se réfugier dans les montagnes de Masula, près de la tribu de Schikaki. Le cheval d'Ismaïl , ses étriers d'argent, sa tente écarlate, trois cents chameaux et quatre cents mulets tom-
bèrent entre les mains des vainqueurs! juin 1728]. Mais ce Persan reparut bientôt après plus redoutable encore , comme allié d'Abdurrisak, beglerbeg de Karabagh, qui, s'étant révolté et réuni aux Schahsewens, avait battu les troupes d'Ali , pascha de Tébris, et rais le siège pendant quatorze jours devant Ardebil ; au bout de ce temps , forcé de décamper et poursuivi jusqu'à Mahmud-Beg-Keduki, Abdurrisak répara sesperteset vit grossir ses rangs par l'arrivée d'Ismaîl-Kalender dans son camp et par les secours des tribus de Schahsewen, Moghanlu et Killihedschan, qui portèrent ses forces à vingt mille hommes. Néanmoins il fut battu par Rustem-Beg qui abattit quatre mille deux cents têtes, prit huit cents chevaux , s'empara d'un riche butin où se trouvèrent les queues de cheval d'Ismaîl-Kalender et les trompettes de bataille d'Abdurrisak. En même temps, le gouverneur de Tébris, Ali-Pascha, avait détaché le commandant de Karabagh, Mohammed-Émir, contre un autre rebelle persan, Kasim-Sultan. Ce dernier, à la tête de huit mille cavaliers , fut battu en face de Dschewsin et laissa six cents morts sur le champ de bataille, ainsi que de nombreux prisonniers entre les mains des ottomans. Malgré les succès de Rustem-Beg , qui avait été nommé beglerbeg de Kaiszarije, les entreprises d'Abdurrisak déterminèrent la Porte à renforcer la garnison de Tébris et à charger de cette opération le chan de Schirwan, Surchai, le beglerbeg d' Ardebil, Mohammed-Pascha, le gouverneur de Gendsché, Tiflis , Erivan, Mekri, et le gouverneur de Diarbekr, Gurdlbrahim ; ce dernier battit les Persans , pénétra jusqu'à Meschgin , siège de la tribu de Schikaki, aux dernières limites de Karabagh , détruisit mille tentes et emmena en captivité une multitude de femmes et d'enfants à Tébris. Le pascha d'Ardelan, Chan- Mohamraed-Beg, avait défait plusieurs sultans des Abdalbenlis et des Efschars, et Surchai-Chan s'était avancé avec une armée de vingt mille hommes [ octobre 1728]. En trois jours il aurait pu atteindre la résidence des Schasewenlis, mais pour ne pas violer la frontière russe , il fit un long détour et n'arriva qu'au bout de vingt-neuf jours à Ungure. où il fit sa jonction avec les gouverneurs de Tébri et de Diarbekr. Les Schasewens s'étaient