‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 228 sur 384 · LIVRE LXV · texte numérisé non relu

LIVRE LXV

dirigés vers Utschdepc , pois s'étaient portés suxJcdieppe, et avaient pris position le long delà rivière de Bilhar; les ottomans n'étaient plus séparés d'eux que par une distance de quatre lieues, lorsque les Russes, qui se trouvaient dans le camp desSchasewens, prirent la résolution de les conduire à Salian. Dans la nuit même il les amenèrent sur les rives du Kur, qu'ils leur firent traverser à l'aide de quarante à cinquante barques; au moment où le reste des fugitifs allait franchir le fleuve, les ottomans les atteignirent , les taillèrent en pièces et enlevèrent un riche butin [ 14 janvier 1729 ]. Quand les vainqueurs furent arrivés au confluent du Kur et de l'Araxe , trois mille familles dTSnballus et d'Efschars, qui s'étaient séparées des Schasewens, demandèrent grâce, et Abdurrisak, enveloppant son cou d'un linceul, vint implorer un pardon qui lui fut accordé.

Au milieu du tumulte de la guerre et des opérations suivies avec vigueur pour comprimer les rebelles, le grand vesir Ibrahim poursuivait les bienfaits de la paix, qui furent toujours le principal but de son gouvernement. A la suite des traités, il s'était occupé de la démarcation des frontières avec l'Autriche, Venise , la Russie et la Perse. Il avait reculé les bornes de l'empire au sud- ouest parla conquête de la Morée, au sud- est par la reprise de tant de provinces persanes incorporées pour la première fois aux possessions ottomanes sous le grand Suleiman. J Pendant la guerre de Perse, il créa plusieurs établissements utiles. Pour remédier aux fréquents incendies qui éclataient de toutes parts, sur la proposition d'un renégat français , il institua une compagnie de pompiers, tirés des plus jeunes et des plus vigoureux des janitschares nouvellement recrutés. Le nombre de ces pompiers, fixé d'abord à cinquante , fut élevé à cent quatre. Un règlement nouveau remit en vigueur l'ordonnance relative aux bostandschis d'Andrinople , depuis quelque temps tombée en désuétude , et disposa que ceux d'entre eux qui recevaient une solde ne pourraient plus désormais séjourner hors d'Andrinople dans les villages environnants, et seraient tenus de faire acte de présence pour le service du nérail. Un ordre spécial et formel abolit un abus bien grave connu sous le nom de Jamak,

d'après lequel on employait au service des frontières des affiliés aux janitschares, et l'on inscrivait sur les rôles de cette milice des rajas et des fils de rajas. Pour mettre un frein au luxe que les femmes déployaient à Andrinople, on leur défendit de porter à l'avenir des collets de plus d'un ampan , des mouchoirs de plus de trois, et des rubans dont la largeur excéderait un pouce; l'usage des pelisses d'hermine fut interdit aux personnes des deux sexes appartenant à la classe moyenne [septembre 1727]. Une taie imposée sur les oignons de tulipes, réprima les excès de la passion pour les fleurs qu'avaient éveillée jadis les fêtes des parterres illuminés , sons le règne du sultan Ahmed III ; à cette occasion , le scheich Mohammed- La lésa ri dressa le catalogue déjà connu en Europe des oignons de tulipesque l'on cultivait de préférence à Constantinople. La prohibition de toute vente de bois, ailleurs que dans les chantiers publics , mit fin aux pro- Qts scandaleux de ceux qui trafiquaient du combustible, dont la rareté et la cherté se faisaient péniblement sentir à Constantinople ; ces marchands se faisaient livrer le bois à si bas prix par les habitants de Terkos et d'Achtebili, que les rajas avaient fini par renoncer à l'exploitation des forêts. Maintenant ces gens eurent la faculté de transporter leur bois sur leurs propres navires à Constantinople pour le vendre directement aux consommateurs. Afin de mettre à l'abri des tentatives des brigands le présent envoyé annuellement à la Mecque, il fut ordonné que les gouverneurs des provinces traversées par la caravane , ceux de Kodschaili , Akschehr, Konia , Adana, Hama, iraient andevant de la surre et adresseraient successivement à la Porte un bulletin de l'état où ils l'avaient trouvée , jusqu'à ce que le gouverneur de Damas la prit sous sa responsabilité en qualité d'émirol-hadsch. Un chattischérif abolit aussi les abus qui s'étaient glissés pendant la guerre dans la collation des dignités de la magistrature, en décidant qu'à l'avenir les places de juges seraient conférées pour deux années, que les commissions seraient délivrées gratuitement, que les emplois vacants seraient donnés, suivant les règles de la hiérarchie , aux candidats éprouvés par un examen spécial ; que

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les mollas, les kadis et les naïbs ne pourraient rien exiger au-delà de ce qui leur est attribué par la loi pour les contrats de mariage, de vente et de louage, les apurements de compte, les citations, les mises en liberté, les fondations, partages ; mais que d'un autre côté les gouverneurs ne pourraient leur imposer aucune charge , à titre d'impôt sur les maisons, de prestations en nature, de contributions de paix ou de guerre. A celte époque, quatre nouvelles mosquées, une à Galata , une à Skutari et deux à Constanlinople , ayant porté à douze le nombre des temples impériaux , on ajouta quatre scheichs aux huit prédicateurs de la cour.

Pour les constructions utiles, le règne d'Ahmed III put rivaliser avec ceux de ses prédécesseurs les plus glorieux. L'on répara la fonderie de canons et la salle du diwan de l'arsenal; un nouvel hôtel des monnaies s'éleva à Tébris, celui deConstantinople fut recouvert d'une magnifique coupole. Le grand vesir s'était occupé très-activement de règlements monétaires en Perse, dans la capitale de l'empire ottoman et en Égypte : en Perse , les abbasis , qui avaient le poids entier et valaient 16 paras, furent convertis en sultanis, ceux de huit et de quatra paras ; en demie s et en quarts de sultanis ; l'on frappa en outre de nouveaux ducats, dont 100 équivalaient à 110 dragmes d'or de vingt-quatre karats. Au Kaire, sous le gouvernement de Mohammed-Pascha en 17*25, les vieux ducats à chaîne furent démonétisés et remplacés par de nouveaux ( funduklts ) à vingtquatre karats. Dans le vieux sérail, les logements des baltadscliis qui avaient été brûlés furent reconstruits. La sultane Fatima, épouse du grand vesir, releva l'ancienne mosquée de Piri-Aga , située derrière son palais, et la décora d'un minaret en marbre ; le sultan en illustra la consécration par un chronogramme de son auguste main ( 2i octobre 1727 ]. Le lundi suivant , la sultane visita l'édifice et laissa des marques de sa munificence à toutes les personnes cousacrées au culte de ce saint lieu. Près de la porte d'Egrikapu, dans l'ancien palais de l'Hebdomon, aujourd'hui Tekfur -Sérail , fut établie une fabrique de faïence bleue de Perse ; les ouvriers en ce genre de production avaient été transportés d'abord par Sé-

lim I" sur le lac de Nicée , après la prise de Tébris, et la nouvelle conquête de cette dernière ville avait amené un renfort d'industriels persans dans les manufactures de l'empire, qui i pour les beaux carreaux de faïence aux brillantes couleurs , rivalisèrent avec lesproduitsde Kum et de Kaschan. Les travaux de construction ne s'arrêtaient pas à la capitale ; dans toutes les provinces s'élevaient des édifices. A la Mecque furent rebâtis le palais de pierres entre les portes du Prophète et de Siadet, appelé Tabtab, et la médrese du sultan Suleiman ; à Médine, furent réparés les aqueducs conduisant les eaux de Kubbetal-Islam à la sourcede Seki , les bassins formés près de là , ceux des sources de Munadscha, Suk et Saha, les réservoirs établis sur la partie supérieure du chemin de Medschidkaba à Médine , les trois arches de Kubbctol-lslam et le mur oriental du sanctuaire. Près du tombeau du Prophète la chaire fut renouvelée ; l'estrade de l'autel d'Omar se recouvrit de nouveaux tapis, et, pour mettre les marchands de Jenbun à l'abri de toute surprise contre les brigands arabes , un mur fut construit derrière le bazar. A Suez, on restaura les chantiers , les granges et les magasins, établis jadis par Suleiman dans l'intérêt de la navigation et du commerce de la mer Rouge. L'on construisit des vaisseaux; à Fajum on releva deux digues tombées en ruines : pour ces travaux furent prélevées 30 bourses sur les fermes des villages, et 10 sur la somme envoyée annuellement d'Egypte à Constantinoplc. Dans l'arsenal de la capitale furent construits des vaisseaux à trois ponts et des caravelles, et le sultan avec toute sa cour et son ministère vint les voir lancer à la mer. L'un de ces bâtiments, qui sortit contre les corsaires, s'échoua près de San-Stefano et no. fut dégagé qu'avec beaucoup de peine; deux autres furent assez heureux pour triompher du fameux corsaire Andronaki et l'amener prisonnier à Chios[13mars 1727], tandis que les gouverneurs de Négrepont et de Skutari tenaient en bride les marins de Dulcigno. La place de Novi en Bosnie , qui n'était à vrai dire qu'une palanque , fut entourée d'une muraille quadrangulaire de dix-huit mille cinquante aunes d'étendue, llauquée de cinq bastions et percée de deux

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