‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 233 sur 384 · LIVRE LXV · texte numérisé non relu

LIVRE LXV

ration et sa capacité politique sont attestées aussi par la lettre écrite de sa propre main et adressée au gouverneur de Bagdad (1), après la défaite subie près d'Hamadan devant Eschref ; là il donna d'excellents conseils et des encouragements au général vaincu.

Doué d'un regard doux et majestueux, d'un son de voix flatteur et insinuant , Ahmed possédait les qualités de l'homme qui attirent l'amour de l'autre sexe; passionné pour les femmes, grand amateur d'oiseaux, de ulipes et d'œillets, de miroirs et d'illuminations, père de trente-un enfants, il fut pour ses épouses l'objet de l'affection la plus tendre et la plus dévouée ; il passait son temps avec elles à broder et à coudre, et les récréait sans cesse en leur offrant de nouvelles illuminations, des combinaisons de fleurs de tulipes dans ses parterres et des collations de sucreries (2). Plus il se livrait à ces frivolités, plus la toute-puissance du grand vesir

(t; Tschelebisade, cinq pages in -folio, fol. 4 30 el suiv.

(*) Pclit Delacroix , Histoire de l'empire ottoman.

était assurée; l'exemple d'un souverain régnant par lui-même, qu'avait donné Murad IV, restait sans imitateur : sous les autres sultans , on avait vu la direction suprême des affaires entre les mains de femmes ou d'eunuques, de sultanes-mères ou de favoris; sous Ahmed au moins, le grand vesir tint seul les rênes de l'état avec un pouvoir illimité , ce qui est un éloge pour un monarque qui règne sans gouverner, car l'unité de l'autorité vaut mieux que le partage et la division. Le règne du sultan Ahmed III, porté au trône et renversé par la révolte , est l'un des plus mémorables conservé par les annales ottomanes : il est signalé par la paix de Paszarowicz et par celle du Pruth, par le traité de partage de la Perse avec la Russie , qui osa confirmer le schah illégitime, par des institutions utiles et des fêtes éclatantes, par la présence de deux rois chrétiens, Charles XII et Stanislas Lesczinski , comme hôtes de la Porte , par l'asile donné à Rakoczy et à Bonneval , par l'élévation de mosquées et de châteaux de plaisance, par l'établissement de quatre biblio thèques à Constantinople et par l'introduction de l'imprimerie.

UVKE LXVI

Il EN VERSEMENT DE LA DOMINATION DES REBELLES. — LES WOIWODES DE MOLDAVIE ET DF. VALACI1IE. — GRAND VÉSIRAT DB KABAKULAK. — REPRISE DE KERMANSCHAIIAN ET d'HA- MADAN. — BATAILLE DK KORIDSCHAN. — PAIX AVEC LA PERSE. — DÉPOSITION DU GRAND VESIR TOPAL-OSM AN , DIT R A P U DAN — P ASCII A . DU MUFTI ET D'AUTRES DIGNITAIRES. LOIS SOMPTUAIRES. — AUDIENCES D'AMBASSADEURS CHRETIENS. — LA KABARTA. — ARRI- VÉE DU GRAND VESIR A CONSTANTINOPLE. — MONNAIES. — AQUEDUC DK BACDSCIIEKOÏ. — GUERRE CONTRE LA PERSE. — DÉLIVRANCE DE BAGDAD. — DESTINÉE ET CARACTÈRE DE TOPAL-OSM AN. — PROMOTIONS, EXÉCUTIONS, INSTITUTIONS ET GOUVERNEMENT d'ISMAÏL. — MAISONS DE PLAISANCE. — FIXATION DB LA FÊTE DB LA NAISSANCE DU PROPHÈTE.— EXPÉDITION DE FBTH-GIRAI AU CAUCASE. — NÉGOCIATIONS DE MINISTRES EUROPÉENS AUPRÈS DE LA PORTE. — DÉCLARATION DB GUERRE. — MARCHE DBS CORPORATIONS. — DÉPART DE L'ARMÉE. — OPÉRATIONS MILITAIRKS EN PERSE. — BATAILLE DB L'ARPAT- SCUAI. — NÉGOCIATIONS ET CONCLUSION DE LA PAIX AVEC LA PERSE.

Le sultan Mahmud était assis sur le tronc . mais les passions révolutionnaires grondaient encore , excitées par les simples janitscharcs Patrona-Chalil etMuszli; le sultan désirait connaître le premier, qui parut devant le souverain sous le costume de janitschare et les jambes nues. « Que puis-je faire pour toi ? demanda Mahmud. — Le but «le mes désirs se trouve atteint puisque je te vois sur le trône ; maintenaot je sais bien qu'une mort ignominieuse m'est réservée. — Je te jure par mes ancêtres qu'il ne te sera fait aucun mal; demande une récompense, d'avance elle t'est accordée (1). « Patrona demanda la suppression des baux à vic( Malikiane ) qui opprimaient le peuple , et aussitôt ils furent abolis (2). Les ministres furent remplacés, tous les protégés et amis d'Ibrahim-Pascha éloignés, le grand vésirat confirmé au silihdarMohammed-Pascha, gendre du dernier sultan , qui lui avait conféré le

Cl) Histoire de deux n'bo'lions, p. 4t. cl h rola '2) i'jiihhi. fol. 19.

sceau après le supplice d'Ibrahim. Sur la place du marché à la viande continuait toujours d'affluer la plus vile populace qui voulait grossir les Ilots des révoltés, pour avoir part a la solde des janitscharcs. Le premier lieutenant-général, quoique créature des rebelles, ayant voulu s'opposer à cet avilissement des rôles de la milice privilégiée, fut aussitôt sabré par Patrona et déchiré en mille pièces par la canaille (1). Le vendredi suivant [ G octobre 1730 ], le chef des émirs ceignit le sabre au sultan , suivant l'antique usage, dans la mosquée d'Ejub; Mahmud, en se rendant au temple , était précédé de Patrona et de Mnszli , les deux chefs de la révolte , coiffés de petits turbans , les jambes nues, jetant de l'or au peuple. Au lieu clos douze bourses d'or données ordinairement en pareille circonstance, le sultan en 0t di«tribuer cinquante (2). Maintenant les rebelle* demandèrent la permission de mettre le fe;i

(I) Histoire des deux rébellion*, p. 31; S>ul\ù fui. ?.

T) Hisl. dr< deux r^l>cllion« . p. 55.

Page 1