LIVRE LXVI
de Tenir à Constantinople; on lni assigna en outre un revenu de 6,000 piastres, dont il alla jouir dans sa maison de campagne du Bosphore. D'après l'esprit de douceur de l'administration d'Ali, fils du docteur, attesté par toutes ces faveurs, on devine aisément qu'il y eut bien peu d'exécutions sous son grand vésirat. Toutefois le fameux pirate Janaki-lc-Juif, saisi à Milo, fut pendu. L'ex-général des armuriers, qui , durant l'insurrection militaire, avait toujours excusé les rebelles , et n'avail cessé de leur distribuer des présents , ce qui l'avait fait éloigner d'abord dans le commandement des Dardanelles, puis bannir à Rhodes, finit par être mis à mort en cette Ile, en vertu d'une sentence légalement prononcée. Un fetwa légitima également l'exécution d'Osman, gouverneur de Karsz, dont les propos imprudents ou coupables avaient semé l'inquiétude dans le pays. Osman-Pascha , gouverneur de Tscherman, admonesté vivement à la suite d'accusations élevées contre sa cruauté, ayant soulevé les mêmes plaintes par des actes de même nature , fut décapité. Abdollah-Pascha, coupable de semblables faits, auquel oo reprochait en outre d'avoir détourné les troupes de marcher contre les Persans, eut la tête tranchée. Le scheich d'Aja-Sofia ayant osé , du haut de la chaire, lancer le blâme contre le gouvernement , s'étant permis d'ailleurs d'agrandir son jardin aux dépens d'un cimetière voisin , et de détourner pour arroser ce même jardin les eaux appartenant à la fondation de Mesih- PaM*ia, fut relégué au lieu de sa naissance, et son remplacement donna lieu à un avancement par tous les anneaux de la chaloe des scheichs. Ali-Pascha, protecteur de tous les Français et particulièrement de Bonne val, conféra les deux queues de cheval à ce général des bombardiers, et lui eût donné la troisième si Bonne val eût connu la langue turque et se fût trouvé en état de parler dans le diwan. Le corps des bombardiers fut distribué en trois chambrées, chacune de cent hommes, et l'on régla la solde des officiers. Jusqu'alors 4'Égypte n'avait pas avruitté bien réellement la capitation, ce qui portait une grave atteinte aux finances publiques , <>„ ras9jmiia aux trois résidences de 1 empire , «y-, y ^oya des quittances Tcm. m.
de l'impôt personnel, que le gouverneur dut faire passer à la Porte (1). Des bâtiments furent lancés à la mer, et à cette occasion l'historiographe Ssubhi composa quelques vers comme il en avait écrit pour célébrer l'achèvement de la mosquée du grand vesir, appelée mosquée de la Lumière. L'administration si douce et si bienfaisante d'Ali, fils du docteur, ne put le maintenir h la direction des affaires. Le tout-puissant kislaraga l'éloigna parce que, dans le conseil tenu sur les moyens de poursuivre la guerre de Perse [ H juillet 1735], Ali exprima le désir de marcher en personne contre l'ennemi , ce qui déplut au sultan , ou plutôt au kislaraga.
Le dispensateur des emplois nomma pour grand vesir le Géorgien Ismaïl , ancien esclave du lieutenant-général des janitschares Scbaaban. Valet de justice sous Ibrahim, nommé second lieutenant-général des janitschares par les rebelles, Ismaïl s'était caché , et par un tel refus avait mérité d'obtenir cette place du sultan. Devenu successivement premier lieutenant-général , aga des janitschares , vesir, gouverneur de Rumili, de Trébizonde, de Bagdad, il fut appelé par le kislaraga à la première dignité de l'empire, et deux mois après fit son entrée dans Constantinople au milieu de la pompe accoutumée [ 29 septembre ]. Il arrêta de suite les règlements sur les postes et sur les monnaies : le nombre des chevaux à fournir aux divers fonctionnaires de l'état fut rigoureusement fixé , afin de préserver le pays de toute vexation à cet égard ; le cours des trois espèces de monnaie d'or, ducat fort, ducat à la chaîne et ducat au chiffre du sultan , fut abaissé ; la piastre fut de nouveau frappée au titre de 40 aspres. Sur les réclamations des habitants de Damas, auxquels les gouverneurs demandaient deux cents chameaux de plus qu'autrefois pour la caravane de pèlerins , cette innovation fut abolie. L'on fit au schérif Saad de la Mecque remise du présent qui était adressé ordinairement au sultan. Les brodeurs attirèrent aussi l'attention
(1) Le ferman tout entier se trouve dan* Ssubhi, roi. 61.
du nouveau grand vesir. Ceux de Constantinople, au nombre de quarante, avaient tons leurs boutiques contre la mosquée de Bajesid; de nouveaux dessins de broderie, de nouvelles modes avaient fourni aux femmes de la capitale matière i beaucoup de propos frivoles , et les gardiens des harems considéraient la broderie comme un moyen de perdition pour les têtes faibles , dénomination sous laquelle les musulmans comprennent toutes les femmes en général , d'après l'expression même du prophète qui désigne cette partie du genre humain par les mots êtres à intelligence bornée (i) : on chassa donc tous les ouvriers en broderie pour femmes.
Cependant Nadir-Schah adressa par une lettre particulière des félicitations au grand vesir, en faisant des propositions de paix ; & la suite d'un conseil tenu à ce sujet, Ton résolut d'attendre le rapport du serasker. Le chan de Krimée, vivement pressé d'entrer en campagne contre la Perse , s'était dirigé vers Jinikalaa [l"août 1735] afin de se transporter de là sur Temruk. Comme on voulait en son absence tenir en bride les Noghais autour d'Ocsakow, de Bender et en Bessarabie, Chahin-Mohammed-Pascha , gouverneur d'Ocsakow , reçut ordre de se porter avec quelques milliers de cavaliers à Baba taghi , ce qui était d'autant plus nécessaire que le kalgha laissé en Krimée venait de mourir. Le mufti Durrisade , ayant représenté que son état de santé ne lui permettait pas de souscrire les actes relatifs à l'avancement des ulémas età d'autres , on lui permît jusqu'à son rétablissement d'apposer simplement son sceau sur toutes les pièces. Le grand vesir, auquel on reprochait de se laisser trop fréquemment corrompre, fut déposé après six semaines d'administration , et l'on confisqua au profit du trésor public 4,000 bourses amassées par lui au moyen de nombreuses exécutions , quand il était aga des janitschares. Pour le moment il ne fut pas remplacé, et l'on se contenta de nommer au poste de kaimakam lesilihdar Esseid- Mohammed; mais au bout de seize jours
(i) NakisEalol-Aakl, Ssobhi, fol. 67.
celui-ci reçut les insignes de grand vesir, en laissant néanmoins la réalité de la toutepuissance au kislaraga. Le sultan , an lieu de régner par lui-même , passait son temps à visiter ses châteaux de plaisance ou bien i ordonner les constructions nouvelles; ainsi, en compagnie du grand vesir, du kapudanpascha et du mufti , il alla voir le tombeau du Géant, situé au pied d'une montagne de ce nom , où les Turcs pensent que reposent les dépouilles de Josué. Dans le voisinage d'istawros, sur la rive asiatique du Bosphore, il construisit un nouveau palais qui fut nommé jardin de la Joie, et non loin de là, en face de Tschengelkoi , la Validé fît élever un kœschk qu'elle appela la maison du Désir , afin que ce nom fût en harmonie avec ceux des six autres kœschks, appelés maisons du Bonheur, de l'Empereur, de la Gaîté, de la Sécurité, de Chosroès, du Printemps. Dans le sérail impérial même, contre la porte des Canons, le sultan fit bâtir un nouveau kœschk soutenu sur des colonnes de marbre , dont la couleur était celle de l'aurore. Les nombreuses fêtes instituées sous le règne du sultan Ahmed avaient été supprimées ; néanmoins celle de la naissance du Prophète fut célébrée avec d'autant plus d'éclat que, dans cette circonstance seule, le kislaraga paraît en grande pompe ; ce jour-là , il sort du sérail avec une suite nombreuse d'eunuques et de gardes-du-corps de l'intérieur, une demi-heure avant le sultan. JLe grand vesir et le mufti siègent à droite et à gauche de l'autel sur des coussins élevés ; du côté «lu grand vesir sont les vesirs de la coupole , l'aga des janitschares et les chodschagians ; à la suite du mufti se rangent les grands juges, les mollas, les muderris, sur des petits tapis barbaresques comme en ont les pèlerins. Entre ces deux lignes se placent les seigneurs des chambres et les membres des tribunaux , le reis-efendi et le tschauch-baschi, le visage tourné non pas vers l'autel, mais vers la tribune du sultan. Le chef des émirs se tient sous une tente verte , en face de la chaire du prédicateur; derrière lui et le dos tourné à l'autel, se trouve le maître des cérémonies et capitaine des gardes -ducorps du grand vesir; les lieutena«*»BÛnéraux des janitschares sont r»***58 Pres de la chaire où sont r"*«vuces les sermons du