‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 249 sur 384 · LIVRE LXVI · texte numérisé non relu

LIVRE LXVI

et de l'imam de Nadir-Schah, AU-Ekber.

Ils se mirent en route après le couronnement , et arrivèrent à Constantinople an commencement de juillet [ 1736 ]. La Porte nomma pour conférer avec eux le reis-efendi Ismail , le chancelier d'état Mustafa-EfeDdi, et Raghib- Mohammed, déjà envoyé plusieurs fois en mission en Perse. Comme on devait agiter surtout des questions religieuses, on leur adjoignit quatre des premiers légistes , le grand juge effectif d'Aoatoli, Leili-Ahmed-Efendi , le titulaire de cette dignité, Mesihisade - Abdallah- Efendi, directeur des archives des fetwas, qui avait rang déjuge de la Mecque , Abdullah-Ëfendi , et l'aneien juge de Constantinople, Ahmed -Efendi. (^endsch-Ali-Pascha, arrivé avec l'ambassadeur persan, assista aussi aux conférences tenues dans le palais de Muhsinsade, près de la porte du jardin. Dans la première réunion des plénipotentiaires et des ulémas ottomans , l'on se contenta de lire les lettres du schah au sultan , au grand vesir et au mufti , et tous les assistants furent d'avis qu'il fallait délibérer jusqu'au lendemain [30 août 1736]. Le jour suivant l'on sépara dans les propositions du schah les points purement religieux , tels que la reconnaissance du nouveau rite et le choix d'un chef persan pour les caravanes de pèlerins, des questions essentiellement politiques, comme la délivrance des prisonniers et la résidence d'un chargé d'affaires. Ces derniers articles ne présentaient aucune difficulté, et l'on espérait s'entendre sur les autres. Dans la première conférence entre les plénipotentiaires des deux puissances, l'ambassadeur persan exalta les services de Nadir- Schah pour la destruction de l'hérésie des Schiites , exposa comment ce prince avait été porté sur le trône par la volonté de tous les peuples de Perse, et termina en exprimant sa confiance de voir la Porte accorder les quatre points ci-dessus mentionnés. Les plénipotentiaires ottomans établirent leurs distinctions entre les demandes politiques et les réclamations religieuses, puis ils accordèrent le voyage des caravanes persannes par les routes de Lahsa et d'Imam-Ali. Le lendemain ils rendirent visite à l'ambassadeur persan, avec lequel ils s'entretinrent d'affaires. A la deuxième conférence l'am-

bassadeur se fit long -temps attendre, se plaignit ensuite qu'on n'eût point pour lui toutes les prévenances convenables. Quand il eut reçu des explications satisfesantes, l'on convint que les deux cours entretiendraient réciproquement l'une auprès de l'autre un chargé d'affaires [ 4 septembre 1736 ]. Le 6 septembre, dans la troisième conférence, qui avait pour objet la délivrance des prisonniers persans, l'ambassadeur, étalant la richesse de son savoir et la délicatesse de son esprit, cita la tradition historique d'après laquelle le chalife Moteaassem n'aurait déclaré la guerre à l'empire de Byzance que pour délivrer une esclave qui, d'Amorium, avait invoqué son assistance. Le 7 septembre l'on s'occupa encore du même sujet; l'ambassadeur représenta la délivrance des prisonniers comme un point d'honneur pour le schah, et prétendit que si l'on ne pouvait les mettre tous en liberté, il fallait au moins briser les fers de quelques milliers de ces malheureux. Dans la cinquième conférence, tenue le 13 septembre, les ottomans entreprirent de déterminer l'ambassadeur & renoncer i la reconnaissance du cinquième rite, qui blessait leur conscience; mais il insista sur ce point. Quand ils allèrent lui rendre visite , ils lui représentèrent encore l'impossibilité pour la Porte d'admettre un cinquième rite orthodoxe. En conséquence, dans la sixième conférence du 17 septembre, on arrêta la rédaction des trois premiers articles ainsi que de la lettre du sultan , et l'on convint qu'une ambassade serait adressée au schah pour lui rendre compte de l'état des choses. Dans la septième conférence l'ambassadeur consentit à l'acceptation du traité ainsi modifié, sous la réserve de la confirmation par le schah , et dans la huitième l'acte fut entièrement mis au net [ 22 septembre ]. Alors le contenu du traité fut communiqué au diwan rassemblé , ainsi que l'ordre de mettre en liberté les prisonniers [24 septembre ]. Comme l'ambassadeur persan et les deux premiers dignitaires de l'ordre judiciaire de Perse insistèrent obstinément sur la nomination d'un ambassadeur du rang de vesir, et sur l'adjonction de deux légistes de première classe, Mustafa-Beg,fils de Kara-Mustafa-Pascha , choisi pour aller à Iszfahan, reçut les trois queues de cheval,

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et, pour l'assister dans sa mission, on lui adjoignit deux anciens gardes des fetwas , Abdullah et Chalil, que l'on éleva, le premier À la dignité de grand juge d'Anatoli , et le second h celle de molla d'Andrinople. Dixhuit jours après le conseil qui confirma la paix , l'ambassadeur persan et ses deux assesseurs furent invités à se rendre dans le diwan pour y recevoir officiellement l'acte du traité [ 17 octobre ]. Ils furent revêtus de pelisses d'honneur, et par une faveur signalée, Abdulbaki-Chan reçut un koran écrit de la main d'Osman : à Sid-Abdulkasira et à l'imam Ali-Ekber furent donnés d'autres livres où le sultan , qui avait une fort belle main , avait daigné écrire son nom et des vers formés avec de superbes caractères. A la suite d'un préambule orné de nombreux versets du koran et de la tradition , et dans lequel Nadir-Schah est reconnu en qualité de schah de l'Iran , la Porte s'oblige 1° à donner les ordres nécessaires pour l'escorte et la sécurité des caravanes de pèlerins persans sur les' routes de Lahsa et d'Imam-Ali, à la condition toutefois que le chef persan prendrait un autre titre que celui d'émirol-hadsch ; 2* un chambellan doit être entretenu auprès de la cour de Perse et changé tous les trois ans ; par réciprocité, un chargé d'affaires persan doit résider auprès de la Porte ; 3? les prisonniers doivent être mis en liberté et l'on prend l'engagement de les rechercher partout où ils se trouvent. L'article IV figurait comme annexe. Les frontières des deux empires restaient telles qu'elles avaient été filées au temps du sultan Murad IV. L'on abolit entièrement les

anciens usages offensants établis ou temps de la dynastie des Ssafewis, attendu que désormais les Persans étaient des Sunnites comme les ottomans. Les deux peuples citeront donc avec respect , avec éloge , les quatre premiers chalifes et les dix compagnons du Prophète. Ils reconnaîtront le premier hommage ( des disciples au Prophète ) sous l'arbre , ne parleront qu'en termes respectueux de la famille entière, si pure, du Prophète, et de tous ses compagnons, et se traiteront mutuellement en frères. Ces bons procédés réciproques devront surtout réjouir les marchands , qui , après l'acquittement des droits de douane, n'auront à subir aucune vexation. Les Persans qui se rendront en pèlerinage aux deux tombeaux d'Ali et de Husein, et aux sépulcres des saints à Bagdad , ne seront soumis à aucun droit s'ils ne portent point de marchandises avec eux. Les transfuges ne seront accueillis dans aucun des deux empires, on devra les livrer à la première demande. Le traité se termine par cette formule : « En confirmation du présent acte nous invoquons le nom de Dieu , nous mentionnons les miracles bénis du Prophète et la fin des temps, et nous promettons , suivant l'antique usage des souverains, d'exécuter ce traité. Tant que ces conditions et conventions , ces promesses et ces obligations seront observées par la partie opposée , rien ne sera entrepris contre leur teneur et leur esprit par nous , nos lieutenants et autres serviteurs. Si quelqu'un changeait quelque chose après avoir entendu cela , que celui-là sache que la faute retomberait sur lui. »

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