‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 252 sur 384 · LIVRE LXVIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE LXVIÏ

de Dschaoum, qui se vit déposé et condamné à fournir 1,000 bourses pour les frais de la guerre. Il eut pour successeur Ali-Pas cha. Aôn de délibérer sur les mesures de défense pendant l'hiver et sur les préparatifs de la campagne prochaine , Ton manda à Constantinople le nouveau cban FethGirai, le gouverneur de ChoCira, Koltschak-Pascha, et le woiwode de Moldavie, Grégoire Ghika, frère de l'interprète de la Porte , Aleiandre. Ghika , qui était monté pour la première fois, neuf ans auparavant, sur le trône princier de Moldavie , au bout de six années avait été trasnféré en Valachie , laissant sa place à Constantin Maurocnrdato, qui avait été déjà revêtu deux fois de la dignité d'hospodar de Valachie , mais pour très-peu de temps. La troisième fois, il acheta le rang suprême un million d'écus au lion (1). Ainsi, immédiatement avant l'ouverture des hostilités, Ghika dut retourner en Moldavie. Dans des temps si pleins de dangers il désirait être délivré du fardeau du pouvoir, et, par l'organe de son frère l'interprète, il offrit maintenant de l'argent pour être autorisé à céder le trône à Michel Rakowiza. Mais ses démarches furent inutiles (2) , parce que le kiaiabeg crut devoir le maintenir à la direction des affaires de la principauté. Ghika parait avoir mérité celte confiance, et son message au feld maréchal Mun it, pour le déterminer à venir assiéger Oczakow plutôt que Bender pourrait être considéré comme un acte de sollicitude pour détourner les maux de la guerre de la Moldavie (3). Le nouveau chan, après s'être concerté avec le grand vesir à Babataghi, retourna en Krimée. Son arrivée ramena la victoire et le butin dans le camp des Tatarcs [ 12 novembre 173G ]. Le sultan de ttudschak envahit Ukraine, battit cinq mille Russes qui voulaient lui barrer le chemin , porta partout le fer et la flamme pour venger les incendies de la Krimée, et entraîna trente mille esclaves

(1) Kngel , Ilisl. tic la Valachie. I. », p. 19.

(2) Awisi délia cononte novilà di tmiggio 1736, dans le rapport de Talinan.

(3) Souvenirs du comte de Dndich, dan? la bibliothèque historique, I. xiv. p. 270. Engel, Ilist. de Moldavie, p. 300.

(4) Ssubhi, fol. 95 ctLaugicr, Hist. delà paix de Belgrade,!. i,p. S S.

TOM. m.

La Porte hésitait entre la médiation que lui offrait l'empereur par son ambassadeur Talman , d'accord avec les puissances maritimes , et celle de la France et de la Suède , à l'acceptation de laquelle la poussaient Villeneuve et Bonnevel , de concert avec les ministres suédois, Hœpken et Carlson. Quelques jours après que Talinan fut parti pour le camp de Babataghi [ 10 janvier 1737], les envoyés de Suède eurent audience auprès du sultan, en conséquence du traité de commerce maintenant mené à conclusion avec leur pays. Par cet accord la Suède garantissait ses traités de navigation avec les Barbaresques , et dès-lors elle exerça une influence très-active sur la politique ottomane (1}. Le renégat hongrois Ibrahim, directeur^ l'imprimerie, fut envoyé auprès du palatin de Kiow à l'effet de renouveler les traités conclus avec les Polonais (i).

A la fin de l'année , Talman partit enfin de Constantinople pour le camp du graod vesir, à Babataghi , où il arriva vers le milieu de janvier; il remit une lettre du président du conseil aulique , comte de Kœnigsegg , qui exposait les griefs de la Russie, l'alliance de cette puissance avec l'Autriche et la nécessité de travailler pendant cet hiver au rétablissement de la paix (3). Le grand vesir répondit qu'il espérait que l'alliance n'avait pas été conclue au préjudice d'un tiers, que l'amitié des deux empires était un bien rare et précieux dont la Russie ne paraissait pas sentir toute la valeur; que néanmoins, par affection pour la cour impériale, la Porte était prête à accepter sa médiation pacifique. Le kiaja beg , qui dirigeait toutes les affaires au camp, aussitôt après l'expiration des fêtes du Baïram , demanda une entrevue à Talman, et le lendemain le grand vesir remit à cet ambassadeur la réponse ci-dessus rappelée. Au bout de quelques mois Talman eut une nouvelle conférence avec le kiaja, dans laquelle celui-ci , avec une franchise blâmée rudement par l'historiographe de

(i) Conlarini, fol. 4i3, 473, 491 et Lau-inr, fol i,p. 32.

(5) Rapport de Talman.

(S) La lettre, est dans Ssubhi, fol. 93, oinsi que dans l'ouvrage duMoscr sur la paix de Belgrade, u" 3,

l'empire, déclara sans détour que la Porte attachait le plus haut prix à ses bonnes relations avec l'Autriche, et que lors même que l'empereur, en vertu de son alliance avec la Russie , ferait marcher des troupes dans les états ottomans, la Porte ne considérerait pas encore un tel acte comme une déclaration de guerre [ 11 février 1737 ]. Le grand vesir et le kiaja annoncèrent tous deux que la Porte, selon les désirs de la Russie , était prête à renouveler la paix de Carlowicx, mais à la condition de la restitution d'Aszow (1) ; Talman déclara qu'il n'avait point d'autorisation de la Russie pour rendre Aszow , et qu'il lui faudrait demander de nouveaux ordres. La Porte proposa un cougrès à Soroka, sur le Dniester. Une nouvelle note adressée à Kœnigsegg revint sur ce point, en exprimant l'espérance qu'il suffirait à l'honneur de la Russie que la Porte renonçât à toute demande d'indemnité pour le ravage de la Krimée; de toute autre façon, ajoutait le grand vesir , la paix n'était pas possible. Kœnigsegg déclara d'abord de la manière la plus expresse que les intérêts de l'Autriche ne pouvaient daos aucun cas être séparés de ceux de son allié, que dès ce moment elle se présentait non plus simplement comme médiatrice , mais comme alliée de la Russie, avec laquelle elle partagerait toutes chances de paix et de guerre. Dans sa réponse à la seconde lettre du grand vesir, le ministre autrichien exprima son regret de voir la Porte insister sur la possession d'As- 30 w, ancienne propriété de la Russie, reprise par elle et qui ne devait pas être soumise à restitution. Les ambassadeurs des puissances maritimes, qui étaient restés si long-temps sans vouloir entendre parler de médiation, parce que la Porte seule avait demandé cette intervention , venaient pourtant de recevoir les pouvoirs nécessaires à cet effet et l'invitation expresse du grand vesir de se rendre dans le camp. Une lettre du résident russe Wiszniakoffà l'hospodar de Valachie insistait sur la prompte réunion des ministres au congrès. La Porte, voyant bien qu'il n'y avait plus de temps à perdre , nomma pour ses plénipotentiaires le reis-

M) Le protocole est dans Srabhi, fol. 94.

efendi Mustafa, le président de la chambre Rusnam Emini-Mohammed-Efendi, lesécretaire du cabinet du grand vesir, Mohammed- Raghib, et le secrétaire des sipahis, Mohammed-Said-Efeudi , ÛlsdeMohammed-Tscherkes, jadis envoyé en mission en France. Sept cents fusiliers et trois à quatre chambrées de janitschares furent destinés à composer la garde du congrès; le grand vesir transporta son camp de Babataghi à Isakdschi. Talman fit des objections contre le choix du lieu de la réunion sur le territoire turc ; les ottomans proposaient Soroka, Kodak, les Russes Bielotzerkow : Talman indiqua Niemirow sur le territoire polonais, à une distance convenable de la frontière torque, sur la rive gauche du Bog. Le grand vesir se rendit aux observations du représentant de l'empereur , et il écrivit en conséquence à l'betman Rzewuskî [ 9 janvier 1797 ]. Cependant entre l'Autriche et la Russie avait été arrêtée une nouvelle convention stipulant le concours immédiat de la première puissance dans la guerre , et en vertu de laquelle Kœnigsegg avait adressé une troisième note à la Porte pour fixer le 1" mai comme le terme fatal après lequel ne pourrait plus être fait d'accommodement pacifique. Talman, qui reçut cette dépêche 1 Babataghi avant le départ des ambassadeurs des puissances maritimes de Constantinople, prit sur lui d'en laisser ignorer le contenu au grand vesir; il lui dit seulement avoir reçu la réponse du président du conseil aulique, mais qu'un fragment de bougie enflammée l'avait brûlée avec d'autres papiers et qu'il avait écrit à sa cour pour avoir un duplicata. Cette conduite attira une sévère réprimande A l'ambassadeur autrichien, dont le gouvernement avait communiqué la dépêche en question à tous les cabinets européens. Les représentants des puissances maritimes ne quittèrent Constantinople que le 15 mai, deux jours après que Talman était arrivé à Soroka avec les plénipotentiaires turcs; au bout de dix jours ils eurent audience du grand vesir à Babataghi.

A peine le mois de mai était écoulé, Talman reçut de nouvelles instructions qui lai enjoignaient de réclamer la destruction des ouvrages de Widdin , le remboursement des frais des préparatifs de guerre , et d'autres

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