‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 255 sur 384 · LIVRE LXVII · texte numérisé non relu

LIVRE LXVII

fat récompensé par une queue de cheval. La délivrance de Banyaluka détermina de suite la levée fies sièges de Czetin et de Busin [ 10 août 1737 . Deux jours après la retraite de l'ennemi , le gouverneur de Bosnie se mit en route po ir Serai , capitale de la province , afin de presser les travaux, de la nouvelle citadelle ; arrivé à Serai , il ordonna au kiaja Jakub, au kiaji des tsrlrmschs , Mohammed, et au samischnkbeg d'il, rsek , d'aller délivrer Jenibazar. Le kapudan Mohammed-Beg, qui n'avait pu sauver Isidscha, surprit du moins la garnison qui se retirait sous la protection d'un corps allemand, l'enleva ainsi que l'escorte et amena Turcs et chrétiens devant le gouverneur. Le commandant Ismail- Kapudan et le naïb Mustafa , en punition de leur capitulation , furent exécutés sousles yeux des Allemands ; Hekkimsade renvoya les soldats de l'escorte en leur donnant à chacun un ducat. Mohammed-Kapudan ravagea le pays autour d'Usidscha , exerçant surtout ses fureurs sur les rajas révoltés. A lin de protéger Sokol sur la Dina, ou plutôt Swornik , que menaçait le colonel Grunc , le vesir gouverneur s'avança de la plaine d'0>zrnadscha sur Srebcrnik , à quatre lieues plus loin ; les troupes commandées par les deux begs sortis de Swornik atteignirent l'ennemi à Wallievo, dévastèrent le pays et entraînèrent trois mille prisonniers : Wallievo fut repris , et ce succès valut au begsade Mohammed-Aga de Swornik la dignité de beglerbeg. Le gouverneur ramena son armée à Serai. Cependant l'ancien kaimakam Ahmed-Kœprili, maintenant gouverneur de Ruraili, s'était avancé avec une armée de quatre-vingt mille hommes par Dragoman et Saribrod, et avait chassé facilement les impériaux de Schehrkoi et de Musa-Pascha-Palanka, parce que Seckendorf, occupé du siège d'Undscha, n'avait aucunement entravé ses opérations ni arrêté sa marche sur Nissa. Doxat, commandant de cette dernière ville, la rendit à la première sommation; il stipula le pardon et l'oubli du passé en faveur des Grecs et des Rasciens, et paya plus tard cette capitulation de sa téte. La reprise de Nissa est le dernier exploit glorieux du dernier Rœprili, le dixième de cette illustre famille dans laquelle s'était transmise la noblesse légitime

des hautes facultés de l'intelligence et des grandes actions.

Avant môme la nouvelle soumission de Nîssîi , la Porte avait adressé nu gouverneur de Widdin, Ans- Mohammed - Pascha , un chatti-schérif rempli d'éloges, auquel étaient joints un poignard garni de pierreries, quatre pelisses d'honneur et 50,000 écus à distribuer parmi les guerriers qui s'étaient le plus signalés. Il envoya son kiaja Husein- Aga, et le miralem Sulciman-Aga, sur Krajova, dont les Autrichiens s'étaient snisis dès le commencement de la campagne; car ils avaient franchi l'Ait et avaient poussé jusqu'à Bukarest. L'ennemi fut expulsé de Krajova et mené vivement quatre lieues plus loin [ 28 octobre ]. Le général Gilani , qui lit une nouvelle irruption en Valachie avec des hussards et des dragons , fut battu et put à grand'peine gagner la Transylvanie. Une troupe de huit cents hommes, sous la conduite du lieutenant-colonel l'rsetti , n'obtint pas plus de succès en Moldavie ; sur Tordre du pascha de Bender, elle fut chassée par le prince Grégoire Ghika. Mohammed, gouverneur de Widdin , laissant dans cette ville son kiaja Husein-Pascha pour le remplacer, se porta avec le vesir Memiseh-Pascha contre Orsowa, pour en chasser les ennemis, qui s'y étaient fortifiés après la bataille livrée sur le Timok [ 7 novembre ]. Comme il était à Radovidscha , il fut joint par un chambellan du sultan qui lui apportait des récompenses honorifiques et une lettre de félicitations. Les ennemis s'étaient établis et retram nés dans la palanque de Berese, à cinq lieues de Felhislam ; le corps d'armée principal était campé à une lieue et demie pins loin.àGrabovaz. Les Autrichiens se replièrent sur le vieux Orsova ; la palanque de Berese fut enlevée par les Turcs, qui poussèrent jusqu'en face du château de Sainte-Elisabeth , se saisirent de deux bâtiments de guerre et les incendièrent après en avoir enlevé l'artillerie. Maintenant la campagne se trouva glorieusement fermée, et le grand vesir quittaut la plaine de Kartal en face d'isakdschi se mit en marche pour Constantinople [ 16 novembre ] , afin de surveiller pendant l'hiver les préparatifs de la campagne prochaine. Le 23 novembre, on atteignit Hadschioglibasar, où parvint la

nouvelle de la prise de Fethislam ; on s'arrêta à Andrinople pour le paiement des troupes. Près de Daud-Pascha le sultan vint au devant de la sainte bannière [ 18 décembre 1737 ]. Le grand vesir, accompagné de tous les grands dignitaires de l'état et de la cour, entra dans le sérail , et, après qu'il se fut entretenu avec le kaimakam Jegen-Mohammed-Pascha, le silihdar impérial vint lui redemander le sceau pour le remettre au kaimakam : tel était le bon plaisir du kislaroga.

Jegen-Mohammed , homme ardent et orgueilleux, d'un esprit obstiné, résolu, avait hautement blâmé la faiblesse des grands Yesirs ses prédécesseurs qui s'étaient laissé jouer par de vaines espérances de paix. S'imaginant que l'offre de la médiation de la E.ance était un signe de l'impuissance des cours impériales, il refusa donc à l'ambassadeur français l'audience qu'il sollicitait pour remettre la lettre du cardinal Fleury,dont il a déjà été question. Afin de pénétrer les véritables intentions du grand vesir, Villeneuve s'entendit avec Rakoczy , qui avait été reçu en audience solennelle avec tous les honneurs dus au prince de Transylvanie.

N'ayant rien pu découvrir, le représentant de la France attribua le refus du grand vesir de le recevoir en audience à des projets de négociations séparées avec la Russie. En effet, Jahja-Pascha, le gouverneur d'Oczakow emmené à Pétersbourg, avait transmis au grand vesir des offres paciiiques du comte Ostermann.Jegen fit proposer au comte trois lignes de frontière; la première, le long du Bog jusqu'à l'embouchure du Dnieper ; la seconde , du Dnieper au Don ; la troisième , du Don au Kuban. Le diwan n'ayant point adhéré à ces négociations particulières avec la Russie, l'audience demandée fut accordée à l'ambassadeur français , et le grand vesir fit préparer un plan de négociation par l'entremise de la France. En attendant il conclut avec Rakoczy, sans faire aucune communication à Villeneuve, un traité en vertu duquel la Porte reconnaissait le premier comme prince de Transylvanie et chef des Hongrois [ 25 janvier 1738 ]. Toutefois la Transylvanie devait payer 40,000 piastres , non comme tribut, mais i titre de présent volontaire. Villeneuve , se conformant à l'esprit des in-

structions communiquées par l'archichaocelier de l'empire , comte Sinzendorf, déclara être prêt à une médiation active, pourvu que les négociations comprissent toutes les parties intéressées, et demanda qu'on éloignât les puissances maritimes dont la Russie avait tout récemment demandé l'intervention. D'après les instructions de sa cour, Villeneuve devait s'entremettre pour que l'on adoptât comme base des négociations la restitution de Kilburn et d'Oczakow aux Turcs , ainsi que la possession d'Awow; mais une note secrète , adressée de Vienne, jeta de l'incertitude sur les véritables vues de la Russie[10 février 1738]. Dans la première entrevue accordée ensuite par le grand vesir à l'ambassadeur, il lui déclara que le sultan ne déposerait point les armes qu'il n'eût reconquis Oczakow , Kilburn, Assow, Belgrad et Temeswar, et installé Rakoczy comme prince de Transylvanie. Cependant on entretien confidentiel avec Saïd-Efendi , fils du dernier ambassadeur en France, paraissait avoir conduit Villeneuve à penser que IV doption des articles de Paszarowicz et le consentement de la Porte i la destruction desouvragesd'Oczakowetde Kilburn seraient pris comme bases du traité , quand l'arrivée du secrétaire du gouverneur d'Oczakow vint arrêter l'action du représentant de la France, parce que les Russes promettaient la restitution d'Oczakow et de Kilburn, et quele grand vesir, se croyant assuré de ces conditions, pensa qu'il pouvait se passer de la médiation française. Toutefois on répondit eo terme» généraux et pleins d'amitié à la lettre do cardinal Fleury : car, si le grand vesir était bien résolu à n'user de la médiation française qu'à la dernière extrémité , il voulait encore moins entendre parler de celle des puissances maritimes.

Le secrétaire du pascha d'Oczakow, toujours retenu prisonnier par les Russes, avait apporté une lettre du comte Ostermann qui demandait plein pouvoir pour Jahja-Pascha et l'envoi du reis-efendi à Pétersbourg. Le grand vesir répondit qu'il ne pouvait prendre pour plénipotentiaires des prisonniers , mais qoe l'on était prêt à négocier avec toute personne que la czarine voudrait envoyer à Constani tinople. La démarche de U Russie était l'œuvre d'Ostermann, qui, après avoir pousse

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