LXVII
cier la paix sous la médiation et la garantie de la France [fin de septembre 1738]. Le grand vesir ne répondit pas à cette lettre. Pendant que le grand vesir était en route pour revenir à Constantinople, le secrétaire Theylslui remit à Nissa une dépèche du duc de Lorraine qui proposait une entrevue pour négocier aussitôt directement avec Jegen ; le grand vesir répondit qu'il était prêt à s'aboucher avec le duc sans aucune intervention étrangère. Au bout de dix jours Theyls revint avec une lettre du feld-maréchal Kœnigsegg qui annonçait le départ du grand-duc de Toscane pour cause de maladie, mais donnait en même temps communication des pleins pouvoirs qui le mettaient à la place du grand-duc» et demandait à Jegen une entrevue; dans le cas où elle ne pourrait avoir lieu , Kœnigsegg proposait la réunion des plénipotentiaires impériaux à Jagodina, et celle des négociateurs turcs sur la Morava. L'orgueil de Jegen repoussa une entrevue avec le feld-maréchal comme contraire aux usages de la Porte; suivant lui, le grand vesir aurait dû s'aboucher avec le grand-duc. Quand il fut arrivé à Constantinople, des notes de Kœnigsegg et d'Ostermann lui furent remises en réponse aux dernières résolutions de la Porte. La Russie insistait sur l'abandon d'Assow, place qui lui était nécessaire pour tenir en bride les Tatares; l'Autriche demandait quelques modifications dans l'état actuel de possession. La Porte nomma quatre plénipotentiaires, Esaad-Efendi , juge du camp , le reis-efendi Mustafa,le sous-secrétaire Raghib-Efeudi, et Said-Efendi ; ils eurent six conférences avec Villeneuve à Dolmabagdsche. Ils se trouvèrent très-offensés de ce que , par une erreur de chancellerie, dans les pouvoirs des Autrichiens, au lieu du nom du sultan Mahmud se trouvait celui de son prédécesseur Ahmed. Ils parièrent du projet de la Porte de reconquérir Belgrad et Temeswar pour compenser la perte d'Oczakow et de Kilburn, et du maintien des libertés des Hongrois et des Transylvaniens; car quoique Hakoczy fût mort tout récemment et que Ctaki eût pris sa place , ils prétendirent que la Porte était plus liée avec les deux peuples qu'avec le prince. Bonneval ayant entravé les négociations en voulant faire adopter le traité de
subsides avec la Suède, tomba dans la disgrâce et fut condamné au bannissement [29 novembre 1738 ]. Les Turcs persistant obstinément à réclamer Assow, que Villeneuve n'était point autorisé par la Russie à leur abandonner, et ne voulant pas entendre parler de la restitution d'Orsova ou de la destruction de ses ouvrages que désirait la cour de Vienne, les négociations se rompirent [ 6 décembre], et le grand vesir écrivit à Ostermannet aKœnigsegg afin de demander des pouvoirs plus étendus pour les ambassadeurs chargés du rôle de médiateurs (l).En même temps il congédia l'ambassade persane en déclinant l'offre de la médiation du schah (2).
Tandis que les puissances maritimes et la Perse employaient leurs efforts pour arracher à la France l'honneur de ménager la paix entre les parties belligérantes, et que la Suède essayait d'entretenir le feu de la guerre , le roi Auguste de Pologne et la confédération polonaise travaillaient à combattre leur influence réciproque à Constantinopie. Dés le commencement des hostilités, l'internonce du roi et de la république, Srzeniawa Stadnicki qui résidait depuiscinq ans à Constantinople, après avoir notifié l'avénemcnt d'Auguste III, était retourné en Pologne ; mais en ce moment Joseph Zaluski arrivait sur h frontière avec mie lettre de rhetman Rzewuski qui protestait de son désir de maintenir la paix de Carlovvirz, et demandait une garantie contre les irruptions des Talares(:i;. Le commandant de Render, Nuuman-Paseha , reçut l'ordre de faire passer le messager à Constantinople; mais déjà Nuuman-Pascha l'avait congédié et renvoyé en Pologne. Cette mission de Zalmki avait réellement pour but de répondre à relie du directeur de l'imprimerie , le renégat hongrois Ibrahim, substitut de l'interprète de la Porte dans le camp, qui avait été envoyé en Pologne pour assurer que la Porte saurait bien faire jouir ses troupes des mômes facilités accordées par les Polonais à celles des Russes. Comme Ibrahim n'obtint pas le suc-
(tj Vojr* Ssnbhi , fol. 141.
(2) Langicr, 1. i, p. 22G.
{*) Cont. fol. 810.
cés que l'on espérait de ses talents, à son retour U était tombé dans la disgrâce et le grand vesir l'avait banni. A la lettre de Rzewuski apportée par Zaluski , la Porte répondit, au bout de huit mois , qu'elle avait bien voulu accepter l'excuse de la Pologne sur le passage forcé des troupes à travers le territoire polonais , mais qu'il fallait aussi ne pas condamner le zèle des Ta tares qui dans l'ardeur de la poursuite de l'ennemi avaient franchi les frontières polonaises; que si la Pologne continuait à fournir des vivres aux troupes ennemies ou à les assister de toute outre manière , elle devait ne pas trouver mauvais que les ottomans attaquassent l'ennemi la ou ils le trouvaient. Au même temps le roi Auguste uvoit adressé un de ses affidés au prince de Moldavie pour le charger d'offrir sa médiation dans l'intérêt de la paix avec la Russie [ 3 décembre 1738 ]. Le reis-efendi Muslafa et le sous - secrétaire d'état Raghib rédigèrent chacun un projet de réponse au roi de Pologne. Le premier exprimait la pensée que la médiation d'Auguste était suspecte a cause de bon alliance avec l'Autriche et la Russie; qu'il lui fallait d'abord rappeler ses troupes du service de l'empereur et détacher le» Polonais des intérêts russes. Raghib se bornait à énoncer que la Porte était engagée par son acceptation de la médiation français*. Le dernier projet fut adopté comme le plus modéré dans ses termes. Le graud vesir était plus disposé à prêter 1 oredie aux offres de la confédération polonaise qu'a celles du roi, et il aimait à se bercer de l'espoir d'une armée auxiliaire de cent mille hommes que la confédération lui promettait. L'envoyé de la confédération , tiorowski , vint demander l'assistance de la Porte [4 lévrier 17o9 ] pour obtenir à la Pologne la restitution det> territoires qui lui avaient été arrachés, et le rétablissement de ses anciennes libertés ; en même temps il mit sous les yeux des roiuistres ottomans le plan u'une alliance offensive et défensive en huit articles; les voici: 1° la Porte confirmera l'acte du traité d'alliance offensive et défensive, revêtu des signatures et des sceaux de tous les woio» odes et magnats de la Pologne; 2" la Porte et la Pologne Sont désormais unies d'une manière inséparable; 3° l'armée ottomane sur la